vendredi 14 octobre 2011

En colère ?

En colère ?, par Wendy Priestnitz
Traduction: Les Éditions JOSE

texte original en anglais: Angry? - 13 Octobre 2011



flou ou...
Êtes-vous en colère aujourd'hui? La personne qui attendait derrière moi dans la ligne à la banque l'était. La caissière l'était. La personne qui m'a coupé parce que je ne conduisais pas assez au-dessus de la limite de vitesse l'était. La jeune maman qui traînait sa fille en sanglots par le bras sur la rue l'était. Le volume de colère mal dirigée dans ma boîte de courriels me donne envie de ramper sous le lit. Le voisin de palier a eu un air renfrogné sur son visage pendant des semaines.

J'ai une théorie sur le fait que nous sommes nombreux à sentir une mauvaise humeur générale née de l'inquiétude et qui se transforme en colère floue contre tout et n'importe quoi sur notre chemin. Ce sont des moments d'anxiété et la peur de l'avenir peut sembler écrasante. Nous devenons alors un peu trop vite à émettre des jugements, un peu plus impatient, plus facilement frustré. En plus de cela, beaucoup d'entre nous vivons la vie à une vitesse folle, essayant de caser trop de choses dans des journées frénétiques à l'horaire trop serré pour laisser du temps si quelque chose allait mal ou si on tient à notre façon de faire, encore moins pour respirer.



plus clair
«La colère est un signal qu'il vaut la peine d'écouter», écrit Harriet Lerner dans « The Dance of Anger ». Dans tout, de nos relations personnelles et des transactions commerciales à l'état du monde, la colère peut être un signe utile que quelque chose cloche. Et ce quelque chose est souvent l'injustice. Malheureusement, beaucoup d'entre nous sommes trop occupés et trop en colère pour rechercher la véritable cause de notre colère et ensuite faire quelque chose pour que ça change. Plus souvent qu'autrement, nous refoulons la rage à l'intérieur de nous ou nous nous en prenons à quiconque est sur notre chemin (et l'un conduit parfois à l'autre).



«Ceux d'entre nous qui sont enfermés dans des expressions inefficaces de la colère souffrent aussi profondément que ceux d'entre nous qui n'osons pas nous mettre en colère du tout», nous rappelle Lerner. Donc, l'astuce est de trouver la vraie cause de notre colère, et ce qui est une expression efficace de celle-ci. Il est plus facile de rager derrière un pare-brise ou un avatar web que de ralentir et de confronter les vrais problèmes. Comme nous l'avons vu dans de nombreux pays cette année - et regardez aujourd'hui à Wall Street - la colère peut être utilisée comme un outil efficace et puissant de changement. Mais pendant que nous faisons cela (que ce soit dans le royaume* public ou privé), s'il vous plaît n'oublions pas de prendre une profonde respiration, de sourire, et de rester calme et concentré. -Wendy Priestnitz

*NdT Nous utilisons "royaume" plutôt que l'habituel "sphère", espérant ainsi mieux refléter l'esprit du texte original.

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Récemment, quelqu'un m'a expliqué la colère comme la réaction physiologique qui suit la pensée. Une énergie (puissante) qui naît dans le corps à la suite d'une pensée. Il s'agit vraisemblablement de l'explication biologique. Elle me disait qu'elle déplorait le fait que trop souvent, depuis trop longtemps, on présente la colère comme une émotion qui doit être exprimée à tout prix, rapidement. Il est plus approprié de conserver cette énergie pour agir plutôt que de la disperser à tout va, et ainsi la perdre. Mais, pas par la répression, surtout pas. J'ai vérifié lorsque des pensées ont fait surgir cette émotion en moi et effectivement, si je prends le temps de la reconnaître et de la conserver pour agir, je crois que mes actions sont plus appropriées. Bon, je ne dis pas que j'ai atteint l'illumination mais je vais mieux ainsi.


C'est différent des façons de "vivre" la colère auxquelles nous avons été exposés par le passé. Nous avons vécu la répression: se faire dire (avec ou sans mots) de se taire, de ne pas exprimer sa colère, réprimer les émotions ressenties pour ne pas "dé-ranger", taire tous les sujets sur lesquels on n'arrive pas à trouver de solutions car ce n'est pas politiquement correct, nous a-t-on dit souvent, de parler d'une problématique si on n'a pas, au préalable, trouvé de solution... !  Ça nous a toujours paru suspect comme idée, pire encore s'il s'agit d'un idéal de vie, et particulièrement erroné en ce sens que si personne n'ose parler de ce qui ne va pas, comment quelqu'un pourra-t-il se pencher sur le sujet pour tenter d'émettre des pistes de solution et les essayer ? Cette répression des émotions, c'est la rage refoulée dont Wendy parle. 


L'autre approche - en fait c'est souvent la suite de la précédente - que nous avons rencontrée fréquemment dans les plus ou moins dix dernières années, c'est le fameux "positivisme", que certaines personne appellent aussi "pensée magique". C'est de ça qu'on parle lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il porte des lunettes roses. Et cette approche tout en faux semblant est celle de, justement, faire semblant. Voir le beau côté des choses (oui, bien sûr, on est tous d'accord) ... et fermer les yeux sur le reste (là, par contre...), faire semblant que ça va bien quand ça va mal, quand on se sent mal, même - ou surtout - devant le mal-être et l'injustice. Il s'agit d'un jeu mais d'un jeu dangereux, à notre avis. 


Ça me rappelle "La vie est belle", le film de Roberto Benigni. J'aime ce comédien et je respecte son cinéma mais, lorsque j'ai vu son film (il y a bien longtemps) j'ai ressenti une profonde douleur. Bien que l'humour qu'utilise le père devant son fils à certains moments puisse avoir un noble but, cette mascarade m'a laissé avec un goût amer devant le mensonge et le subterfuge utilisé par un pauvre parent opprimé et sans aucun soutien social - et assassiné à la fin, comme le furent de nombreuses personnes par les sous-fifres d'un dictateur fou. :-( Je ne juge pas le message qu'a voulu passé ce cinéaste, et jamais je ne voudrais avoir à vivre, comme parent (ou pas) ce genre de situation sociale d'une existence où l'horreur côtoie la non-vie partout. 


Dans notre famille, nous ne voulons pas de ce positivisme ambiant de faux-semblant, celui que nos fils ont rejeté avant nous - eux qui sont depuis toujours assoiffés de justice et de vie - alors que 1% des humains sur notre planète gère les ressources, l'existence et l'air respiré par 99% de leurs semblables. (Bon, pour les chiffres, c'est plutôt symbolique, hein !) Et nous sommes certains que nous ne sommes pas les seuls...


La suite, dans un instant !


Edith

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