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mardi 28 mars 2017

Le unschooling est-il une méthode? - petit lexique du unschooling



28 mars 2017 - Hier, sur une liste de discussion, la question de "ce qu'est le unschooling" a été soulevée. À toute fin utile, je copie ici le petit lexique que j'y ai partagé.
Un peu partout, et de plus en plus depuis au moins une dizaine d'années, on confond unschooling avec homeschooling ou relaxed homeschooling, sans parler de unparenting...

Ci-dessous, j'essaie d'éclairer un peu les choses.

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Je me sens indéfectiblement interpellée par les diverses définitions (parfois erronées) que donnent des parents et parfois aussi des journalistes ou des chercheurs, à ce mot. N'y a-t-il pas un certain danger qui puisse perdurer à amalgamer le mot unschooling avec homeschooling ou en faire un cocktail avec le respect des dispositions spontanées de l'enfant? Et quid de la confusion avec unparenting ? Aux yeux du grand public, mais aussi sur les lieux de rencontre avec des parents en recherche (ou pas), cette confusion peut conduire à croire – puis à affirmer, publiquement – que cette attitude serait la même que le vécu école à la maison (version unschooling ou pas), ou encore que le vécu serait exactement le même à temps plein ou à temps partiel. Difficile ici de ne pas voir un certain parallèle avec le végétarisme, l'allaitement ou un accouchement naturel... j'y reviendrai à la fin de ce billet.

Le problème soulevé ici n'est pas celui de l'implication lorsqu'on adopte une attitude ou une autre face à l'enfant, ou que l'on choisisse de respecter ses dispositions spontanées quand on se sent de le faire, mais bien de définir les mots de façon juste, afin de les utiliser pour ce qu'ils représentent, sans apposer d'étiquettes sur les personnes, et sans plus d'affect. Comme on l'a fait avec tant d'autres mots (récemment : végétarisme, végétalisme, véganisme, …) et qu'on le fera certainement avec bien d'autres dans le futur.

Suit un post qui attendait en file depuis 3 ans : « Le unschooling est-il une méthode ? »
Enfin quelques parallèles, et une conclusion / retour à soi et au début de la vie. ;-)
 

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petit lexique
  • homeschooling / école à la maison, scolarisation à domicile : apprentissage à la maison avec une approche ou une pédagogie particulière ou à l'aide d'un programme scolaire (généralement choisi par un adulte) ;
  • relaxed homeschooling : apprentissage à la maison avec ou sans méthode particulière ou programme scolaire sauf pour certaines 'matières' jugées plus importantes par l'adulte (ex. : maths, langues...);
  • unschooling / apprentissage autonome (aussi appelé apprentissage libre ou informel) : apprentissage selon les enthousiasmes de l'enfant, toujours librement, avec la confiance et le respect, l'attention et la disponibilité constante d'au moins un adulte de référence;
  • radical unschooling: comme le unschooling, avec la même confiance et le même respect envers l'enfant concernant les autres aspects du quotidien (ex.: alimentation, sommeil, vie du foyer...);
  • attachment parenting / parentage de proximité : parentage biologique/naturel fondé sur l'attachement, un lien affectif fort et sécurisant entre l'enfant et ses personnes de référence primaire;
  • écologie de l'enfance: attachment parenting + unschooling radical élargi pour englober toutes les étapes de la vie. L'écologie de l'enfance est, en fait, le respect des dispositions spontanées de l'enfant;
  • deschooling / déscolarisation: période de vie, de changements de paradigmes, principalement pour les parents, et qui s'étend généralement sur quelques années avant d'en arriver au unschooling;
  • le mot unschooling se dit de la période de vie qui correspond à l'âge de la scolarisation obligatoire dans la province/pays/état où l'on vit, donc de 6 à 16 ans au Québec;
  • le mot unschooler se dirait de l'enfant qui vit le unschooling, mais pas du parent.
 
Enfin, je le répète, je le partage aux fins de recherche et nullement dans le but de créer des catégories de personne - ce qui n'existe pas. D'ailleurs, je n'ai que rarement vu/lu ces mots utilisés pour qualifier des personnes, mais bien pour nommer des expériences, des vécus, ce qui est pertinent en sciences. Les personnes, elles, restent... des personnes. :-) Comme je l'expliquais ici à propos de la différence entre le végétalisme et 'être végétalien/ne'.
Ce petit lexique sera plus ou moins utile pour chacune/chacun au quotidien, mais comme pour tout autre sujet, il l'est particulièrement pour la recherche ou la diffusion d'information.

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 Le unschooling est-il une méthode ?
On peut penser que le unschooling est une méthode différente, une autre façon de faire l'école à la maison.
Ça ne l'est pas.

On peut penser que le unschooling est une approche éducative équivalente mais différente des autres approches.
Ça ne l'est pas.

Un peu partout, on a vu décrit plusieurs 'approches', le plus souvent classées hiérarchiquement, de la scolarisation à domicile (qu'on dit structurée...) jusqu'au unschooling (qu'on dit non-structuré...).
Ce n'est pas la réalité.

Et c'est bien dommage car cette présentation induit parfois des gens en erreur. De là, certains croient que le unschooling c'est :
  • ne rien faire et espérer/rêver que les enfants apprennent;
  • unparenting: négligence envers (l'éducation de) l'enfant;
  • le chaos (dont semble-t-il l'univers serait issu, soit dit en passant... :-)
De là, certains continuent de craindre les unschoolers, de supposés 'extrémistes' qui ne voudraient pas éduquer leurs enfants ! De là encore, certains croient que le unschooling ne marche que si on tombe, par hasard, sur des enfants exceptionnels, ou exceptionnellement 'doués' et sérieux qui, on-ne-sait-pas-pourquoi-eux, ont toujours envie d'apprendre, mangent sainement et rangent leur jouets, même si on ne les force pas.

Mal servis en matière d'information - parfois aussi de soutien - certains ne comprennent pas pourquoi le unschooling ne 'marche' pas chez eux. Les fausses idées et préjugés comportent un risque important, celui de l'incompréhension donc du jugement erroné. Alors, essayons de clarifier un peu les choses : 
  • Le unschooling n'est pas une méthode, ce n'est pas une approche pédagogique;

  • Le unschooling est un choix:
    • fait par les parents;
    • face à l'accueil qu'ils font à leurs enfants;
    • à propos du 'comment' ils choisissent de vivre AVEC leurs enfants;
     
En matière d'apprentissage/éducation, notre famille a reconnu au fil du temps trois points de vue qui peuvent influencer les parents à faire un choix ou un autre. Parfois, et souvent temporairement, on va osciller de l'un à l'autre.


Trois points de départ :
- la société
Comme nous, avant '99, bien souvent les parents croient que l'école est obligatoire. C'est faux pour presque tous les pays. Aussi, des parents craignent que leurs enfants ne soient un fardeau (financier, d'habitude), pour eux ou pour leur communauté/société plus tard, s'ils n'ont pas été scolarisés, et diplômés. Ce qui n'est pourtant pas une garantie. Sans parler de tous les autres aspects que financier.

- les parents 
Comme moi, avant que je ne regarde mon enfant comme une vraie personne différente de moi, avec son rythme propre et ses enthousiasmes bien personnels, des parents partent de leurs besoins à eux comme point de vue lorsqu'ils accueillent un enfant. Besoins affectifs, émotionnels, sociaux, financiers, etc. Le parent qui a toujours voulu voyager, 'réussir', jouer du violon ou au hockey. Le parent qui veut bien paraître dans son réseau familial ou social, pour ne pas en être exclu.
À l'âge adulte, s'il nous reste des besoins non-comblés, ou s'il reste des traces d'émotions qui ont été réprimées, on peut agir et changer cet état de fait. N'ayant pas vécu l'attachment parenting, dans cette culture qu'est la nôtre, nos besoins n'ont pas tous été comblés. C'est un fait, une réalité avec laquelle on compose tous. Heureusement, le cerveau humain fonctionne bien. Les émotions réprimées dans l'enfance resurgissent lors de situations semblables, pour être vécues (je dirais même 'respirées'). Naturellement, lorsqu'on choisit de vivre AVEC l'enfant au quotidien, des tas de situations semblables vont se produire. Une impulsion vitale et naturelle nous pousse à vouloir combler nos besoins. Ce qui peut nous conduire à tenter de le faire de la façon apprise culturellement : en réprimant les émotions ou les besoins de nos enfants pour exprimer les nôtres, par exemple. 
Pourtant, satisfaire nos besoins en premier ne satisfait pas ceux de l'enfant. Et le petit humain étant dépendant - c'est sa nature - en prendre soin est notre engagement de parent. Le contraire, en revanche, fonctionne ! Commencer par l'enfant, respecter ses dispositions spontanées, satisfaire ses besoins, a un effet secondaire qui est de combler les nôtres, celles de notre enfant intérieur du passé. Et plus on le fait, plus on en voit l'effet rapidement. Essayez pour voir ! :-) 

- l'enfant
Ici, on part de l'enthousiasme naturel de l'enfant pour ceux et ce qui l'entoure. Souvent, cette attitude nous re-vient parce qu'on est conscient d'un mal-être, et qu'à chercher, on trouve de l'information - et du soutien - sur le sujet. Ou elle nous vient tout naturellement en vivant AVEC l'enfant. Par l'observation, et l'attention - l'attentivité - on voit, on sent, ce que l'enfant, la relation, nous indique. La communication dont il est capable, les réactions de son corps ou son comportement, par exemple, témoignent du tissu relationnel, et de là, de ses apprentissages. 
Satisfaire les besoins de l'enfant comblent aussi les nôtres. Pour peu qu'on le fasse de façon assidue, engagée, volontaire, avec tout l'amour qu'on lui porte, qu'on se porte, qu'on porte à chacune, chacun. Cela a un effet boule de neige dont témoignent de plus en plus de parents au fil des ans. Toutes nos relations en sont transformées, pour le meilleur.  
 
Édith
23 juillet 2014 
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Back to the future, retour en 2017 !

Parallèles 
et pourquoi s'imposer soi-même une étiquette ?

Végétarisme, végétalisme, véganisme
À un moment, il a été souhaité de se dire végéta*ien sans vivre le végéta*isme, ou de se dire végane sans connaître le véganisme. Pourquoi vouloir s'imposer une telle étiquette? Parce qu'on se juge et se condamne soi-même? De quoi s'accuse-t-on ainsi? D'être moins-que? Dans quel but? Si on veut changer de choix, on le fait. Si on ne se sent pas de le faire ou que ce soit impossible – pour un milliard de raisons possibles – soit! C'est aussi un choix. Cela signifie-t-il pour autant que les personnes qui ne vivent pas le végétalisme ou le véganisme soient méchantes? Non. Seront-elles exclues de la société? Sûrement pas. Nous vivons tous ensemble, dans le même monde, en même temps. Et puis, ce choix est tout-à-fait légal. Alors pourquoi souhaiter s'imposer une étiquette dont on ne veut pas?
Certains soulèveront ici un dilemme moral. Peut-être, et alors à chacun/e de regarder le sien.

Allaitement 
À un moment, il a été souhaité de pouvoir dire « allaiter au biberon ». Allaiter signifiant un enfant qui boit au sein, la suggestion n'a pas été retenue. Cela signifie-t-il pour autant que les mamans qui n'allaitent pas (ou pas exclusivement) soient de mauvaises mères? Non. Seront-elles exclues de la société? Sûrement pas, leur choix, ici aussi, est légal. Encore une fois, on peut se questionner : pourquoi s'imposer une étiquette dont on ne veut pas?
Resterait-il ici aussi un certain dilemme moral ? Si c'était le cas, ce serait, là aussi, à chacun/e d'y regarder, n'est-ce pas ?

Accouchement naturel et conclusion
Il semble que de ne pas avoir baigné dans la confiance et le respect de nos dispositions spontanées tout au long de la vie puisse nous conduire à tenter de bypasser un cheminement pourtant essentiel de retour à soi. En tentant de réprimer nos questionnements personnels, ou d'apaiser quelqu'angoisses de notre enfant intérieur, on pourrait avoir envie d'utiliser à tort des mots qui ne sont pas notre vécu, notre expérience. À quoi bon?
Peut-on dire d'un accouchement qu'il est naturel lorsqu'on nous fait une péridurale, ou si on a dû vivre une césarienne d'urgence? Non. Ce ne sont pas les 'attributs' d'un accouchement naturel. Cela fait-il de nous - ou de nos enfants - de mauvaises personnes? Pas plus.

Témoignage 
Nos enfants n'ont pas vécu une naissance respectée. Ce n'était pas mon choix. Cela ne change rien aux faits. Je ne peux pas dire que j'ai vécu un accouchement naturel. Ça ne change rien à la valeur de la personne que je suis. En revanche, tout ce que j'ai appris, compris, vécu, fait peut-être de moi une personne un peu différente, ou plutôt n'est-ce pas que je re-deviens la personne que j'étais ? Si je pouvais retourner dans le temps et changer les faits, peut-être le ferais-je? Mais on ne peut vivre autre chose que le moment présent. J'y vois une certaine justice entre les tous les vivants : impossible de vivre il y a 5 secondes, ni dans 5 secondes. 
 
Ma vie est ma vie. Mon cheminement est le mien. Je ne m'étiquette pas. Cela dit, tenir simplement à une utilisation juste des mots pour définir un objet, une pratique, une expérience, ne relève d'aucun étiquette, d'aucune barrière. Et il y a une volonté, un engagement, personnel et social, à y tenir. Sans quoi - on le voit beaucoup autour des politiques, de nos jours - on finit par essayer de nous passer toute autre chose pour étancher notre soif de confiance et de respect. Et de justice. 
 
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En terminant, je vous dis à toutes et tous : « tel que tu es, tu es parfait/e. »
(ajout 3 avril 2017 : dites-le à vos enfants, sincèrement. Vous verrez !)
Chaleureusement,
Édith

mardi 9 juin 2015

Évaluer la 'scolarisation à domicile' comme on voit une étoile filante : découvrir un nouveau milieu




Je viens de voir deux étoiles filantes ! Attendez, je vous raconte. Je viens de vivre non pas un mais deux de ces ''aha moments'' comme les appellent les anglophones.

Évaluer ? Observer, d'abord.
Je suis à faire la révision d'un document à propos d'ententes et de modalités pour «évaluer la scolarisation à domicile», où nous parlons de voir à ce que les intervenants (scolaires, pour le moment) reçoivent une formation/information juste, ceci étant essentiel afin de ne pas confondre ou comparer le vécu de ce choix éducatif avec un vécu scolaire.

Il faut savoir que la scolarisation est souvent l'unique lieu-et-mode d'apprentissage que ces gens - et la majorité de nos concitoyens - voient et, donc, connaissent.

Prendre le temps d'apprendre à (re)connaître d'autres lieux et modes d'apprentissages est pourtant fascinant, et tout simple puisque l'apprentissage se vit constamment. C'est ce que Stéphane et moi avons fait, comme bien d'autres parents. C'est ainsi qu'on (re)découvre ce qu'est l'enfant. De plus en plus souvent aujourd'hui, la science démontre ce que nous sommes très nombreux à avoir observé.

Par l'observation, on apprend à voir ce que l'enfant apprend, ce qu'il aime et veut connaître, de quelle façon et selon quels rythmes propres il le fait. On observe l'utilisation et l'utilité de ces apprentissages, dans sa vie, à court et à long terme. On en voit aussi l'effet en lui, en soi, et autour de nous.

Pour ce document, donc, je fais plusieurs suggestions dont celle d'apporter cette précision que la communication repose sur la confiance. 
« Pour communiquer, il faut s'aimer. » disait un auteur dont j'ai oublié la signature. (Était-ce Fotinas?)
Attitude, confiance
C'est alors que je réalise (1er aha moment)  que cette attitude de confiance dont on parle avec l'écologie de l'enfance est la même ici. Oh! je le savais déjà, bien sûr, mais parfois, on réalise de nouveau et l'effet est plus vivace, plus fort, plus net, bref, vous savez de quoi je parle.

L'attitude de confiance que peuvent choisir d'adopter les intervenants scolaires lors d'une demande d'évaluation de l'expérience éducative hors milieu scolaire leur permettra d'en apprendre plus sur ce choix éducatif différent que font des parents, québécois dans le cas qui nous intéresse. Et mieux comprendre ce choix éducatif différent permettra de même d'observer ce qu'il apporte à l'enfant, dans ses apprentissages et dans sa vie, à court, moyen et long terme. Et de là à toute la société.

C'est déjà le cas, parfois. Il y a des parents qui ont de bonnes communications avec des intervenants 'scolaires'. Bien sûr, certains n'en sentent pas le besoin et c'est très bien ainsi. Mais d'autres souffrent que ce ne soit pas le cas.

Les parents qui assument leur droit et devoir d'éducation sont des parents engagés. Si certains choisissent ensuite de témoigner de leur vécu, cela relève d'une bien grande générosité. Il s'agit de don de soi. Et pour que cela demeure un 'don', on ne saurait l'exiger, n'est-ce pas ?

Arrêtons-nous un moment.

Devant l'inconnu, confiance ou méfiance ?
Regardons comme il nous semble une évidence que la très grande majorité des gens ne témoigne pas publiquement et/ou constamment de son vécu, de ses choix, de son quotidien, de ses apprentissages ou de ses travaux ou activités. Et c'est très bien ainsi. Personne ne nous le doit et nous n'oserions imaginer la taille colossale des bibliothèques et le nombre astronomique de conférences auxquels on aurait droit sinon ! :-)
Il arrive pourtant que certaines personnes imaginent demander à qui fait un choix différent - pourtant légal, légitime, et respectueux - d'expliquer, de justifier.
Crainte ? Méfiance ? Peur de l'inconnu ? 
Le petit humain va plutôt naturellement vers l'autre, confiant... Faire de même est à la portée de chacun. Ce mouvement ne naît-il pas de la curiosité naturelle de l'humain de vouloir explorer, découvrir et comprendre le monde dans lequel il vit ?

Être témoin d'un apprentissage, comme voir une étoile filante
Maintenant, revenons à cette 'évaluation' dont nous parlons ici, et qui devient un témoignage de vie que choisissent de faire certains parent.
En être témoin, c'est avoir la chance, inouïe, d'avoir accès au vécu de l'autre. Comme lors de ce moment où l'enfant comprend quelque chose de nouveau, là, devant nous, live

L'enfant ne nous doit pas ce témoignage, qui se produit pourtant à l'occasion. Lorsque j'ai eu la chance de l'observer, à quelques reprises, je me suis sentie d'un coup emplie de gratitude, je dirais même d'une certaine grâce. Comme lorsque j'ai eu la chance de voir une étoile filante, en roulant sur l'autoroute, un soir d'été. Moment magique, qui plus est avec mon fils à mes côtés ! Magique et banal tout à la fois. 

Pour l'apprentissage, c'est pareil. C'est naturel, ça arrive, c'est normal. Une connexion de plus entre nos neurones, un moment comme il s'en vit des centaines au quotidien dans le cerveau de chacun, le mien, le vôtre. Mais en être témoin, pour moi, est comme partager la connexion qui vient de se faire dans le cerveau de mon enfant et du même coup ressentir une connexion entre lui et moi. 
Comme une étincelle qui jaillit de mon cœur. 
Comme une étoile filante.
Cadeau du ciel.

Découvrir un nouveau milieu
Alors vient mon second aha moment de la soirée ! Je rédige, relis, révise. Je songe à ces gens des milieux scolaires qui apprennent, apprendront, ce qu'est ce vécu différent, petit à petit, en (r)établissant, en choisissant, une communication basée sur la confiance et le respect. Et tout à coup, les mots me parlent :  ce sera, pour eux, comme découvrir un nouveau milieu. Constater la différence entre milieu scolaire et milieu familial et social.
Le mot milieu est venu. Une étincelle qui jaillit. Comme l'étoile filante... file.

Apprendre à découvrir un nouveau milieu. Voilà où se situe le choix à faire en matière d'«évaluation de l'apprentissage hors école». L'enfant vit (et, forcément, vit ses apprentissages) en milieu scolaire et/ou en milieu familial et social. Le milieu fait la différence.

Un vécu différent, une séquence personnelle
Et cette nuit, en travaillant, je pense que ce mot pourra être utile au parent qui voudra témoigner, exprimer en quoi, pourquoi, comment, l'apprentissage de son enfant est vécu différemment du vécu scolaire. Il est différent sans pour autant être moindre ou pouvoir être amoindri par l'idée que voudrait s'en faire qui ne connaîtrait par un rythme distinct, une séquence étrangère, une fréquence inconnue, propre à chaque enfant, et porteuse de ce qu'il est, aime, fait. Et fera.

Avec une attitude de confiance et de respect envers l'enfant, moi, le parent, j'apprends beaucoup. Cela m'apporte bonheur, et de là reconnaissance, gratitude, envers la vie et ceux que nous avons appelés à la vie.

Avec cette même attitude de confiance et de respect envers le parent, l'autre  - employé du milieu scolaire, ami, voisin, collègue, etc. - apprendra beaucoup aussi, j'en suis convaincue. Et il aura alors devant lui, en lui, le potentiel d'être heureux et reconnaissant de ce don de soi, de cette générosité que lui aura offerte ce parent.
Mon espoir est que chacune, chacun, voit cette étoile filante en roulant sur l'autoroute un soir d'été. Et, comme ça a été le cas pour moi et pour bien d'autres parents, je souhaite que la magie de ce moment banal le ramène à sa propre enfance, à ses apprentissages, à ce qu'il aime, à faire les choix qu'il veut faire, de vrais choix. Avec confiance, et respect.
 J'OSE la vie ! - journaljose.blogspot.com

C'est le vœu que je fais ce soir, et deux fois plutôt qu'une, car, ce soir, j'ai vu deux étoiles filantes. J'y mets toute mon énergie et j'ose espérer que, bientôt, le Québec devienne un modèle en ce sens. 


Édith

lundi 11 mai 2015

Réflexion sur l'aspect légal - Partie 6 : l'éducation maison et notre réflexion sur la légitimité d'une loi. Antigone. Instrument international des Nations Unies

Réflexion sur l'Aspect Légal - Partie 6

Suite et fin : republication du dernier de la série de 6 articles intitulée Réflexion sur l'aspect légal, tel qu'annoncé ici, en préambule.

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vendredi 11 mai 2007

À NOTER: Il est important de garder à l'esprit que cette série d’articles sur la légalité de l'école maison ne constitue pas un avis légal provenant d'un professionnel du droit. Le contenu de ces articles se veut uniquement un outil de réflexion et d'information générale sur le thème de la légalité.


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Les articles précédents ont démontré que l'école maison est une pratique légale au Québec. Cependant, dans la vie quotidienne, bien des parents ne sont pas au courant de cette possibilité. Il en est de même pour bien des enseignants et autres intervenants scolaires mais la tendance semble aller à une meilleure information auprès de ces professionnels. 

L'éducation à la maison n'est pas seulement le fait de familles qui désirent avant tout que leur enfant intègre le système scolaire un jour. Ce n’est pas seulement le fait de familles qui optent temporairement pour l'éducation à domicile. Ce ne sont pas toutes les familles qui désirent que leur commission scolaire s'implique dans la reconnaissance et le soutien de ce qu'elles vivent. Pour certaines familles, l'intervention de leur commission scolaire est une ingérence et un non-sens. Des familles en viennent à choisir l'école maison par défaut, parce qu'il n'y a pas d'autres solutions pour protéger le développement de leur enfant. Malheureusement, l'école n'est pas toujours le beau milieu de vie que la société souhaite pour les enfants québécois. Pour ces familles, une coupure franche et nette avec le système scolaire est la seule façon de faire cesser une agression morale sur leur enfant. 

Enfin, il y a d'autres familles qui intègrent l'école maison comme un mode de vie. Ce mode de vie peut être modelé par des convictions profondes qui sont difficiles à arrimer avec une intervention gouvernementale dans leur vie comme il peut être en harmonie avec la culture ambiante. Ainsi, des familles désirent faire évaluer régulièrement leur enfant, montrant en cela un certain conformisme envers les normes sociales en éducation. Mais d'autres jugent absolument inacceptable de rendre des comptes à une commission scolaire ou à un professionnel pouvant être porteur de valeurs sociales différentes, voire même incompatibles avec les convictions dans lesquelles leur famille s'investit. Ces relations possiblement conflictuelles entre une famille et une commission scolaire peuvent aspirer à devenir harmonieuse si la loi sur l'instruction publique est interprétée avec souplesse et avec un sens éthique. Nous avons proposé une alternative mais nous ne sommes pas juristes et ne pouvons pas par conséquent trancher la question. Dans l'optique où la souplesse nécessaire pour vivre une école maison pleinement maison n'est pas consistante avec la loi, nous sommes dans l'obligation de soulever la question de la légitimité de la loi sur l'instruction publique

Les lois doivent nous aider à vivre en société. Le rapport entre lois et sociétés en est un d'interdépendance. Il n'y a pas de lois sans société ni sociétés sans loi (qu'une loi soit tacite ou explicite). Les lois peuvent modeler l'évolution d'une société mais la société peut aussi modifier ces lois lorsqu'elles ne répondent plus à ses aspirations, à ses valeurs, à son développement, à ses problématiques. Ainsi, la loi sur l'instruction publique a été entérinée par notre société avant que le mouvement de l'école maison y ait une expression. La question qui se profile est de déterminer si la loi est suffisamment souple pour englober l'école maison en tant que mouvement et non en tant que choix éducatif à la remorque d'une technocratie éducative ou d'un socialisme. Chaque être humain se confronte à la loi des hommes de sa société par le contrôle de soi plus ou moins développé qu'il met en œuvre. Mais cette confrontation atteint sa pleine expression lorsqu'il y a affrontement entre la loi humaine et la loi du cœur, cette loi que la dignité humaine, dans tout ce qu'elle comporte de noblesse, lui dicte. Certains parleront même de loi divine. L'histoire d'Antigone que nous a laissé le poète grec Sophocle il y a environ 2500 ans illustre bien cette opposition possible entre les lois d'une société et les lois que notre compétence personnelle nous somment d'obéir. Antigone ira enterrer son frère Polynice malgré l'interdiction de sépulture que sa société a fait tomber sur lui. Elle est prête à affronter la colère, le mépris et la sanction (ici la mort) de sa société pour agir selon sa conscience. L'école maison peut s'inscrire comme une action relevant de la désobéissance civile, de la non-violence, de la résistance politique. 

Le point est que la diversité des pratiques de l'école maison ne trouve pas un arrimage parfait avec la loi sur l'instruction publique. Le mouvement de l'école maison est une démonstration de la vitalité de la réponse des parents envers leur rôle de citoyen ainsi qu'envers les lacunes du système d'éducation publique ou privé concernant les besoins de leurs familles. La loi sur l'instruction publique a de forte chance d'être interprétée selon la culture dominante dans la société québécoise, culture dont les divers intervenants des services publics dédiés aux enfants risquent fort d'en être imprégnés. Cette culture dominante est certes concernée par le bien-être des enfants. Cependant, ce bien-être est conçu selon un ensemble de valeurs dominées par le matérialisme. Ainsi, parce que la grande majorité des deux parents continuent de travailler tout en fondant une famille, la société valorise des programmes, des lois, des mesures qui favorisent le retour au travail. Si une mère use par contre de sa liberté d'allaiter son enfant plus de 2 ans, elle a peu de soutien social pour vivre selon ses convictions marginales. Elle rencontre même un corpus de préjugés : problèmes de sommeil, de comportement, d'autonomie et d'épuisement maternel. Notre société met tellement d'argent dans le développement de services de garde à temps plein que le maternage par l'allaitement prolongé s'y insère difficilement. Le développement des services de gardes à temps plein a comme tendance lourde d'établir des normes sociales qui encadrent le parentage selon un modèle unique. Envers l'école maison, cette culture ambiante demeure. La société en vient donc à considérer la fréquentation scolaire non pas comme un modèle possible d'éducation mais comme le modèle de référence puisqu'il répond adéquatement aux besoins et aspirations sociales : développement de l'enfant tout en libérant les parents. Cette culture influence forcément les divers intervenants dans leur interprétation de la loi et son application. Sauf, évidemment, s'ils ont fait l'effort d'acquérir une culture qui accepte dans son fondement l'éthique comme outil de gestion des rapports humains. 

Le mouvement de l'école maison est une réponse saine des parents sur des questions touchant leurs responsabilités. Il s'inscrit dans une volonté de progrès et de développement social. Ces parents sont conscients que leurs enfants seront des citoyens à leur tour. Ces parents travaillent à bâtir leur société par l'éducation de leurs enfants et les éduquent aussi dans l'idée d'une société à bâtir. Nous léguons à nos enfants de hautes aspirations pour la magnification (émancipation) de la dignité humaine. Nous leur léguons aussi une boîte de Pandore regorgeant de problèmes sociaux, environnementaux et économiques. Pour ces parents, l'école maison devient un moyen d'accompagner ce legs d'une boîte à outil : une éducation sur mesure. L'école est un engagement tacitement social des parents qui accomplissent ainsi leur devoir à contribuer au progrès social.  Selon l'article 4 de la Déclaration sur le progrès et le développement dans le domaine social :
« La famille, en tant qu'élément de base de la société et que milieu naturel pour la croissance et le bien-être de tous ses membres, et en particulier des enfants et des jeunes, doit être aidée et protégée afin qu'elle puisse assumer pleinement ses responsabilités au sein de la communauté. ... »
L'école maison est un choix éducatif marginal qui va à l'encontre de la culture ambiante comme nous l'avons déjà dit. Les parents qui entreprennent cette voie sont forcément conscients de cette marginalité et n'y ont pas tous sauté le cœur léger. De plus, la décision d'assumer complètement l'éducation de leurs enfants n'est pas irréfléchie. Elle est le résultat d'un processus de réflexion pour parvenir à une opinion éclairée sur la question. Cette démarche éducative est une initiative créatrice sollicitant pleinement les ressources humaines des parents et de leur environnement dont le but est d'améliorer les services éducatifs offerts à leurs enfants. Cette approche s'inscrit tout à fait dans l'esprit de l'article 5 de la même déclaration aux alinéas a), c) et d). De plus, l'article 22 demande à ce qu'il y ait élaboration et coordination de politiques et de mesures visant à renforcer les fonctions essentielles de la famille en tant que cellule de base de la société. Plusieurs familles qui font l'école maison en contexte québécois n'en demande pas tant de la part de leur gouvernement. Nous croyons même, ce n'est que notre opinion d'auteur(e)s, que notre société n'a pas encore assez développé sa maturité sur le plan de la vie démocratique pour que le gouvernement offre un soutien matériel et professionnel aux familles d'école maison sans ingérence dans les libertés fondamentales. Quelques familles auraient besoin d'un minimum de soutien parce que leurs enfants ont des besoins particuliers ou qu'elles sont à faible revenu. Mais la majorité des familles souhaitent en général qu'on les laisse jouir en paix de leurs libertés fondamentales. Elles font un peu cavalier seul, chargées de lourdes responsabilités mais fières de leur mission et braves dans l'adversité.

© LEMAQ 2003-2007
Publié par à

dimanche 3 mai 2015

Réflexion sur l'aspect légal - Partie 5 : l'éducation maison et la Loi sur l’instruction publique : une autre interprétation

Réflexion sur l'Aspect Légal - Partie 5

Republication d'un article auparavant publié ici, tel qu'annoncé en avril, sur ce blog. 

J'OSE la vie ! - journaljose.blogspot.com

Jeudi 3 mai 2007

À NOTER: Il est important de garder à l'esprit que cette série d’articles sur la légalité de l'école maison ne constitue pas un avis légal provenant d'un professionnel du droit. Le contenu de ces articles se veut uniquement un outil de réflexion et d'information générale sur le thème de la légalité.

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Dans la quatrième partie de notre série d’articles sur l’aspect légal, nous avons vu la loi sur l’instruction publique et nous aimerions maintenant y accorder un peu plus d’attention.

Un rappel : Loi sur l’instruction publique

« 15. Est dispensé de fréquenter une école l'enfant qui :
1. en est exempté par la commission scolaire en raison de maladie ou pour recevoir des soins ou des traitements médicaux requis par son état de santé;
2. en est exempté par la commission scolaire, à la demande de ses parents et après consultation du comité consultatif des services aux élèves handicapés et aux élèves en difficultés d'adaptation ou d'apprentissage établi en application de l'article 185, en raison d'un handicap physique ou mental qui l'empêche de fréquenter l'école;
3. est expulsé de l'école par la commission scolaire en application de l'article 242;
4. reçoit à la maison un enseignement et y vit une expérience éducative qui, d'après une évaluation faite par la commission scolaire ou à sa demande, sont équivalents à ce qui est dispensé ou vécu à l'école. »
L'interprétation courante la plus coercitive de cet article 15, 4e alinéa, est qu'une famille qui désire faire l'école maison est tenue d'aviser par écrit la commission scolaire de son choix. La commission scolaire lui soumet alors une procédure d'évaluation, propre à chaque commission scolaire, afin de s'assurer que l'enfant reçoit bien une éducation adéquate. Couramment, l'évaluation consiste en la présentation d'un portfolio d'apprentissage de l'enfant préparé par le parent (et l'enfant selon sa capacité) ou un ensemble d'évaluations sommatives imposées par la commission scolaire ou encore un jumelage des deux approches. Précisons dès maintenant que nous n'endossons absolument pas cette interprétation. Nous jugeons nécessaire de discuter des implications de cette procédure.

Aux premières considérations superficielles, cette façon de procéder semble raisonnable. Bon nombre de familles sont satisfaites de l'entente qu'elles ont avec leur commission scolaire. Toutefois, le caractère raisonnable d'une interprétation n'en fait pas pour autant une interprétation juste. Nous entendons «juste» dans le sens de ce qui reflète la justice comme valeur humaine.* Notre société se veut une société libre et démocratique. Une éthique des rapports humains cherche continuellement à y maintenir sa place. C'est de cette aspiration à une profonde éthique des relations entre les personnes, tant morales que physiques, que nous voulons orienter la réflexion sur une interprétation alternative du corpus légal touchant l'école maison. Rappelons que ce chapitre n'est pas un avis juridique. Il propose une réflexion sur les textes légaux qui permettra peut-être un raffinement des concepts qui y sont en jeu. Les lois modifient rapidement une société mais une société change plus lentement l'interprétation d'une loi. Cette série d’articles n'est qu'une modeste contribution sociale pour progresser vers une société meilleure.

La formulation de la loi sur l'instruction publique comporte des zones grises qui permettent de concevoir des scénarios différents de celui présenté deux paragraphes plus haut. Le premier point qui peut être remis en question est l'obligation pour une famille d'aviser la commission scolaire de son choix de faire l'école maison. La formulation des 3 premiers alinéas de l'article 15 indique clairement le rôle décisionnel de la commission scolaire: l'enfant est soit exempté, soit expulsé par la commission scolaire. Le 4e alinéa ne comporte pas cette formulation alors qu'il aurait été très facile pour le législateur de continuer avec la même logique syntaxique. On comprend donc que, dans le cas de l'école maison, ce n'est pas la commission scolaire qui exempte l'enfant de la fréquentation obligatoire d'une école, c'est le parent lui-même comme lui en donne le droit son autorité parentale. La lettre d'information du choix de faire l'école maison serait donc facultative et soumise plutôt au contexte particulier à l'enfant.
Ainsi, une famille qui désire retirer son enfant de l'école qu'il fréquente, devrait en aviser la commission scolaire pour deux raisons :

La première, est une simple question de courtoisie : vous ne désirez plus avoir recours aux services éducatifs offerts par la commission solaire, il est juste de l'informer qu'elle est dégagée de cette responsabilité que vous ne voulez plus déléguer.

La deuxième raison est que la commission scolaire est une personne morale de droit public, ses fonctions, responsabilités et pouvoirs sont donc encadrés par des lois. Or la loi sur l'instruction publique exige d'elle qu'elle signale au directeur de la protection de la jeunesse toute famille dont l'enfant s'absente fréquemment de l'école sans justification (a.18). Alors, si vous n'avisez pas la commission scolaire, celle-ci, ignorant votre décision, ne fait qu'accomplir son devoir en communiquant avec la direction de la protection de la jeunesse.

Cependant, si vous êtes dans la situation où votre enfant n'a jamais fréquenté une école et n'a jamais été inscrit à la commission scolaire, vous auriez le choix (selon cette interprétation alternative) d'aviser la commission scolaire ou non de votre décision de faire l'école maison. Rappelons que selon l'interprétation que nous proposons, la loi n'a pas formulé de pouvoir décisionnel concernant le choix premier d'une famille de faire l'école maison à ses enfants. Il serait donc tout à fait inutile pour une famille incognito devant une commission scolaire de communiquer avec cette institution sauf si cette famille y voit quelque utilité.

Nous croyons qu'il y a une distinction à faire entre les familles qui ont inscrit leur enfant à la commission scolaire et les familles qui ne l'ont pas inscrit. L'article 447 de la loi sur l'instruction publique prévoit la création d'un régime pédagogique. Dans le Régime pédagogique de l'éducation préscolaire, de l'enseignement primaire et de l'enseignement secondaire, il est clairement indiqué à l'article 9 que pour pouvoir bénéficier des services éducatifs dispensés par la commission scolaire, le parent doit en faire la demande. C'est à dire qu'il y a une demande de contrat pour lier la famille et la commission scolaire au sujet de services éducatifs. Une famille qui n'inscrit pas son enfant à la commission scolaire manifeste son refus de l'offre de contracter que lui fait la commission scolaire en tant que personne morale de droit public. Une telle famille n'a donc aucune obligation d'informer la commission scolaire de son choix de faire l'école maison car elle n'a aucun contrat qui la lie à celle-ci.

Nous entendons déjà les protestations de ceux qui expriment la crainte que l'enfant ne reçoive pas une éducation adéquate du fait d'une incompétence parentale ou qu'il soit même abusé moralement ou physiquement. Pour ces gens, la connaissance qu’aurait la commission scolaire de sa clientèle de famille d'école maison est la seule façon de gérer ce risque. C'est-à-dire qu'ils jugent que toute famille faisant l'école maison doit aviser sa commission scolaire. À cela, nous apportons quelques éléments de réponses.

Tout d'abord, bien des enfants abusés ont fréquenté et fréquentent en ce moment même le système scolaire sans que jamais un professionnel de ces services publics ne détecte ces cas d'abus. Aussi, bien des enfants qui bénéficient des services éducatifs de la commission scolaire n'en sortent pas avec une éducation adéquate (analphabétisme, décrochage scolaire par exemple).

Deuxièmement, le Code civil du Québec demande à chaque personne d'exercer ses droits civils selon les exigences de la bonne foi (article 6), c'est-à-dire sans intention de nuire à autrui. Dans nos rapports humains, nous prenons pour acquis que chacun d'entre nous agit de bonne foi (présomption d'innocence...). Le Code civil reconnaît aux parents, non déchus de leur autorité parentale, le droit et le devoir d'éduquer leurs enfants. Un parent qui use de ce droit et accomplit son devoir civil doit donc être présumé le faire de bonne foi. Par conséquent, l'idée de contrôler les possibilités d'abus au moyen d'une lettre d'information ne tient pas la route. Maintenant, nous reconnaissons qu'il y a effectivement une possibilité pour qu'une famille n'agisse pas pour le meilleur intérêt de son enfant et cache ses manques sous l'image de l'école maison. Cela rend-il la lettre d'information à la commission scolaire nécessaire pour autant ? Non, car notre société a déjà une loi pour gérer ces déficiences parentales. Il s'agit de la loi sur la protection de la jeunesse. Nous l'avons présentée dans une section précédente. Nous avons vu que le fait qu'un enfant d'âge scolaire ne fréquente pas une école suffit pour faire un signalement au directeur de la protection de la jeunesse et pour que celui-ci ouvre un dossier. Notre société a donc une autre procédure de contrôle social que de «faire rapport» à la commission scolaire. Nous conseillons donc l'envoi d'une lettre à la commission scolaire seulement pour les familles dont l'enfant y est inscrit, et ce, pour des raisons de politesse et pour éviter d'avoir immédiatement un intervenant de la D.P.J. à votre porte.

Certains argueront que, de toute manière, toute famille faisant l'école maison doit se faire connaître à la commission scolaire desservant son territoire afin que celle-ci puisse procéder à l'évaluation de l'enseignement et de l'expérience éducative vécu par l'enfant. Cette opinion ne tient pas compte de deux zones grises additionnelles dans la formulation de la loi.

En premier lieu, il y a méprise sur l'obligation de procéder de facto à une évaluation faite par la commission scolaire. En effet, la loi affirme dans un premier temps que l'évaluation est faite «par la commission scolaire» mais dans un deuxième temps «ou à sa demande». L'un des modes n'est pas mis en priorité sur l'autre. L'expression «ou à sa demande» implique une possibilité, et non une certitude, que la commission scolaire demande une évaluation dont, en plus, elle n'est pas nécessairement l'auteure.
Il est aussi nécessaire de discuter davantage de «qui» est en autorité de produire une évaluation. La loi formule clairement dans un premier temps que la commission scolaire est habileté à faire une évaluation de l'enseignement et de l'expérience éducative vécue par une famille. Mais il n'y a pas que la commission scolaire qui a la compétence de soumettre une évaluation. Dans la situation où la commission scolaire demande une évaluation, la loi ne spécifie pas qui peut répondre à cette demande. Les parents peuvent donc y répondre à en fournissant leur propre évaluation ou celle d'un professionnel choisi par eux. Certaines commissions scolaires commettent un abus en tentant d'imposer unilatéralement la procédure d'évaluation aux parents. La formulation de la loi ne lui donne pas un tel pouvoir. C'est le parent-éducateur en premier lieu qui doit choisir le mode d'évaluation qui convient à sa famille. Il peut choisir une évaluation faite par la commission scolaire comme il peut la refuser. S'il la refuse, la commission scolaire doit accepter le dossier d'évaluation soumis par le parent pour répondre à sa demande.

Nous poursuivrons bientôt avec notre réflexion sur la légitimité d’une loi. Nous espérons que vous serez des nôtres.

© LEMAQ 2003-2007
* "justice morale qui respecte les droits et libertés humaines"
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dimanche 26 avril 2015

Réflexion sur l'aspect légal - Partie 4 : l'éducation maison, la Loi sur la protection de la jeunesse et la Loi sur l'instruction publique

Réflexion sur l'aspect Légal - Partie 4

Suite : republication du quatrième de cette série de 6 articles intitulée Réflexion sur l'aspect légal, d'abord publié ici, il y a 8 ans.

J'OSE la vie ! - journaljose.blogspot.com


Jeudi 26 avril 2007


À NOTER : Il est important de garder à l'esprit que cette série d’articles sur la légalité de l'école maison ne constitue pas un avis légal provenant d'un professionnel du droit. Le contenu de ces articles se veut uniquement un outil de réflexion et d'information générale sur le thème de la légalité.




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La loi sur la protection de la jeunesse, L.R.Q., chapitre P-34.1
Cette loi s'applique dans le cas où la sécurité ou le développement d'un enfant est ou peut être considéré comme compromis. Le chapitre II de cette loi mentionne les droits des enfants et le premier en liste est défini à l'article 2.2. :
« La responsabilité d'assumer le soin, l'entretien et l'éducation d'un enfant et d'en assurer la surveillance incombe en premier lieu à ses parents. »
Dans le cas où une famille a à interagir avec les représentants de la loi sur la protection de la jeunesse, c'est l'intérêt de l'enfant qui est l'élément rassembleur et le maintien dans la famille qui est favorisé :
« 3. Les décisions prises en vertu de la présente loi doivent l'être dans l'intérêt de l'enfant et dans le respect de ses droits. Sont pris en considération, outre les besoins moraux, intellectuels, affectifs et physiques de l'enfant, son âge, sa santé, son caractère, son milieu familial et les autres aspects de sa situation.
4. Toute décision prise en vertu de la présente loi doit tendre à maintenir
l'enfant dans son milieu familial... »
La loi sur la protection de la jeunesse ne fait pas que décrire toutes les dispositions pour traiter les cas d'enfants voyant leurs droits bafoués par leurs parents, bien que cela occupe une large partie du texte. Des droits généraux y sont aussi définis. Ainsi, l'article 8 décrit les services auxquels l'enfant a droit :
« L'enfant a droit de recevoir des services de santé, des services sociaux ainsi que des services d'éducation adéquats sur les plans à la fois scientifique, humain et social, avec continuité et de façon personnalisée, compte tenu des dispositions législatives et réglementaires relatives à l'organisation et au fonctionnement de l'établissement ou de l'organisme du milieu scolaire qui dispense ces services ainsi que des ressources humaines, matérielles et financières dont il dispose. »
La loi sur la protection de la jeunesse s'étend sur le droit de recevoir des services éducatifs donnés par des établissements ou des organismes scolaires. Ce droit sous-entend tout d'abord le droit à l'éducation qui était au départ défini à l'article 2.2. où la responsabilité première des parents y était affirmée. Dans le cas où les parents délèguent cette responsabilité au système scolaire ou autre, comme le permet le Code civil du Québec à l'article 601, l'enfant doit alors, comme l'énonce l'article 8, recevoir des services éducatifs. Ces services éducatifs sont soumis aux lois qui gèrent ces organismes et ces établissements. Dans le cadre de cette loi, il semble qu'il y ait peu de place pour insérer le choix éducatif d'un parent qui confie l'éducation de son enfant à une autre famille...
Au chapitre IV, l'article 38.1 énumère les situations où la sécurité ou le développement de l'enfant sont considérés comme compromis. Les parents qui font l'école maison sont des parents concernés par le bien-être de leurs enfants et sont profondément engagés dans le développement harmonieux et sain de ceux-ci. Par conséquent, nous nous contenterons de mentionner le seul point de cet article dans lequel certains intervenants de la loi sur la protection de la jeunesse croient voir un lien avec la pratique de l'école maison :
« b) s'il est d'âge scolaire et ne fréquente pas l'école ou s'en absente fréquemment sans raison; »
Nous croyons que si certains intervenants font ce lien, celui-ci part d'une interprétation erronée car cet article de loi se réfère à des cas d'absentéisme scolaire et non pas à des cas d'école maison.

La loi sur l'instruction publique, L.R.Q., chapitre I-13.3
Le texte de cette loi vise à assurer le respect du droit à l'éducation scolaire et sert surtout à constituer les commissions scolaires et autres institutions et à gérer leurs fonctions et pouvoirs. Le moyen utilisé pour rendre l'exercice de ce droit à l'éducation scolaire accessible à tous est de rendre la fréquentation scolaire obligatoire par l'article 14:
« Tout enfant qui est résident du Québec doit fréquenter une école à compter du premier jour du calendrier scolaire de l'année scolaire suivant celle où il a atteint l'âge de 6 ans jusqu'au dernier jour du calendrier scolaire de l'année scolaire au cours de laquelle il atteint l'âge de 16 ans ou au terme de laquelle il obtient un diplôme décerné par le ministre, selon la première éventualité. »
L'esprit de la loi est de permettre un accès aisé à l'éducation pour tous les membres de notre société et c'est pour cela que le droit défini dans cette loi est un droit à l'«éducation scolaire» et non un droit à «l'éducation». Pour ne pas faire de ce droit une coercition pour ses membres, la loi prévoit des situations où l'enfant n'a pas à fréquenter une école. Outre les cas d'expulsion et l'état de santé incapacitant l'enfant à fréquenter l'école, une dispense est énoncée pour l'enfant éduqué à la maison:
« 15. Est dispensé de fréquenter une école l'enfant qui:
1. en est exempté par la commission scolaire en raison de maladie ou pour recevoir des soins ou des traitements médicaux requis par son état de santé;
2. en est exempté par la commission scolaire, à la demande de ses parents et après consultation du comité consultatif des services aux élèves handicapés et aux élèves en difficultés d'adaptation ou d'apprentissage établi en application de l'article 185, en raison d'un handicap physique ou mental qui l'empêche de fréquenter l'école;
3. est expulsé de l'école par la commission scolaire en application de l'article 242;
4. reçoit à la maison un enseignement et y vit une expérience éducative qui, d'après une évaluation faite par la commission scolaire ou à sa demande, sont équivalents à ce qui est dispensé ou vécu à l'école. »
Avant de discuter de l'interprétation de cette loi, notons une dernière dispense, faisant suite toujours à l'article 15, qui est utilisée par certaines familles fréquentant la communauté d'école maison:
« Est dispensé de fréquenter l'école publique l'enfant qui fréquente un établissement régi par la loi sur l'enseignement privé (chapitre E-9.1) ou un établissement dont le régime d'enseignement est l'objet d'une entente internationale au sens de la loi sur le ministère des Relations internationales (chapitre M-25.1.1) qui dispensent tout ou partie des services éducatifs visés par la présente loi. »
Vous n'êtes pas considérés comme faisant l'école maison, au sens de la loi, lorsque votre enfant est inscrit à un établissement offrant des cours par correspondance faisant l'objet d'une entente internationale. L’inscription au CNED en est l'exemple le plus courant. Aussi, le domicile familial ne constitue pas une école privée. La loi sur l'enseignement privé (chapitre E-9.1, a.4, 3e alinéa) stipule clairement qu'une famille ne peut pas revendiquer le statut d'école privée.
Il est maintenant clair que l'école maison est légale dans la société québécoise. Mais comment la loi est-elle interprétée ? Les pratiques d'école maison sont fort nombreuses. Ont-elles toutes la même reconnaissance légale ? Nous avons pris connaissance de quelques textes légaux québécois. D'un côté on y pose les parents comme premiers responsables de l'éducation de leurs enfants et le discours légal semble s'ancrer davantage ici sur le droit à l'éducation de l'enfant. D'un autre côté, notre société a voté des lois qui ont comme objectif de permettre l'exercice du droit à l'«éducation scolaire» ou du droit de «recevoir des services éducatifs» (sous-entendus prodigués par des établissements ou des organismes scolaires). Or, ce sont précisément dans ces lois qu'on traite d'éducation à la maison, considérée parente pauvre de l'éducation publique. Depuis quelques années au Québec, nous sommes témoins de l'émergence d'un mouvement de l'école maison. Son épanouissement risque-t-il d'être étouffé par un encadrement légal inadéquat à sa nature ?

Dans notre prochaine publication, nous poursuivons la réflexion en nous questionnant sur la légitimité de la loi sur l'instruction publique envers les problématiques soulevées par le mouvement de l'école maison en contexte québécois. C'est un rendez-vous à ne pas manquer !

© LEMAQ 2003-2007
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