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mardi 9 juin 2015

Évaluer la 'scolarisation à domicile' comme on voit une étoile filante : découvrir un nouveau milieu




Je viens de voir deux étoiles filantes ! Attendez, je vous raconte. Je viens de vivre non pas un mais deux de ces ''aha moments'' comme les appellent les anglophones.

Évaluer ? Observer, d'abord.
Je suis à faire la révision d'un document à propos d'ententes et de modalités pour «évaluer la scolarisation à domicile», où nous parlons de voir à ce que les intervenants (scolaires, pour le moment) reçoivent une formation/information juste, ceci étant essentiel afin de ne pas confondre ou comparer le vécu de ce choix éducatif avec un vécu scolaire.

Il faut savoir que la scolarisation est souvent l'unique lieu-et-mode d'apprentissage que ces gens - et la majorité de nos concitoyens - voient et, donc, connaissent.

Prendre le temps d'apprendre à (re)connaître d'autres lieux et modes d'apprentissages est pourtant fascinant, et tout simple puisque l'apprentissage se vit constamment. C'est ce que Stéphane et moi avons fait, comme bien d'autres parents. C'est ainsi qu'on (re)découvre ce qu'est l'enfant. De plus en plus souvent aujourd'hui, la science démontre ce que nous sommes très nombreux à avoir observé.

Par l'observation, on apprend à voir ce que l'enfant apprend, ce qu'il aime et veut connaître, de quelle façon et selon quels rythmes propres il le fait. On observe l'utilisation et l'utilité de ces apprentissages, dans sa vie, à court et à long terme. On en voit aussi l'effet en lui, en soi, et autour de nous.

Pour ce document, donc, je fais plusieurs suggestions dont celle d'apporter cette précision que la communication repose sur la confiance. 
« Pour communiquer, il faut s'aimer. » disait un auteur dont j'ai oublié la signature. (Était-ce Fotinas?)
Attitude, confiance
C'est alors que je réalise (1er aha moment)  que cette attitude de confiance dont on parle avec l'écologie de l'enfance est la même ici. Oh! je le savais déjà, bien sûr, mais parfois, on réalise de nouveau et l'effet est plus vivace, plus fort, plus net, bref, vous savez de quoi je parle.

L'attitude de confiance que peuvent choisir d'adopter les intervenants scolaires lors d'une demande d'évaluation de l'expérience éducative hors milieu scolaire leur permettra d'en apprendre plus sur ce choix éducatif différent que font des parents, québécois dans le cas qui nous intéresse. Et mieux comprendre ce choix éducatif différent permettra de même d'observer ce qu'il apporte à l'enfant, dans ses apprentissages et dans sa vie, à court, moyen et long terme. Et de là à toute la société.

C'est déjà le cas, parfois. Il y a des parents qui ont de bonnes communications avec des intervenants 'scolaires'. Bien sûr, certains n'en sentent pas le besoin et c'est très bien ainsi. Mais d'autres souffrent que ce ne soit pas le cas.

Les parents qui assument leur droit et devoir d'éducation sont des parents engagés. Si certains choisissent ensuite de témoigner de leur vécu, cela relève d'une bien grande générosité. Il s'agit de don de soi. Et pour que cela demeure un 'don', on ne saurait l'exiger, n'est-ce pas ?

Arrêtons-nous un moment.

Devant l'inconnu, confiance ou méfiance ?
Regardons comme il nous semble une évidence que la très grande majorité des gens ne témoigne pas publiquement et/ou constamment de son vécu, de ses choix, de son quotidien, de ses apprentissages ou de ses travaux ou activités. Et c'est très bien ainsi. Personne ne nous le doit et nous n'oserions imaginer la taille colossale des bibliothèques et le nombre astronomique de conférences auxquels on aurait droit sinon ! :-)
Il arrive pourtant que certaines personnes imaginent demander à qui fait un choix différent - pourtant légal, légitime, et respectueux - d'expliquer, de justifier.
Crainte ? Méfiance ? Peur de l'inconnu ? 
Le petit humain va plutôt naturellement vers l'autre, confiant... Faire de même est à la portée de chacun. Ce mouvement ne naît-il pas de la curiosité naturelle de l'humain de vouloir explorer, découvrir et comprendre le monde dans lequel il vit ?

Être témoin d'un apprentissage, comme voir une étoile filante
Maintenant, revenons à cette 'évaluation' dont nous parlons ici, et qui devient un témoignage de vie que choisissent de faire certains parent.
En être témoin, c'est avoir la chance, inouïe, d'avoir accès au vécu de l'autre. Comme lors de ce moment où l'enfant comprend quelque chose de nouveau, là, devant nous, live

L'enfant ne nous doit pas ce témoignage, qui se produit pourtant à l'occasion. Lorsque j'ai eu la chance de l'observer, à quelques reprises, je me suis sentie d'un coup emplie de gratitude, je dirais même d'une certaine grâce. Comme lorsque j'ai eu la chance de voir une étoile filante, en roulant sur l'autoroute, un soir d'été. Moment magique, qui plus est avec mon fils à mes côtés ! Magique et banal tout à la fois. 

Pour l'apprentissage, c'est pareil. C'est naturel, ça arrive, c'est normal. Une connexion de plus entre nos neurones, un moment comme il s'en vit des centaines au quotidien dans le cerveau de chacun, le mien, le vôtre. Mais en être témoin, pour moi, est comme partager la connexion qui vient de se faire dans le cerveau de mon enfant et du même coup ressentir une connexion entre lui et moi. 
Comme une étincelle qui jaillit de mon cœur. 
Comme une étoile filante.
Cadeau du ciel.

Découvrir un nouveau milieu
Alors vient mon second aha moment de la soirée ! Je rédige, relis, révise. Je songe à ces gens des milieux scolaires qui apprennent, apprendront, ce qu'est ce vécu différent, petit à petit, en (r)établissant, en choisissant, une communication basée sur la confiance et le respect. Et tout à coup, les mots me parlent :  ce sera, pour eux, comme découvrir un nouveau milieu. Constater la différence entre milieu scolaire et milieu familial et social.
Le mot milieu est venu. Une étincelle qui jaillit. Comme l'étoile filante... file.

Apprendre à découvrir un nouveau milieu. Voilà où se situe le choix à faire en matière d'«évaluation de l'apprentissage hors école». L'enfant vit (et, forcément, vit ses apprentissages) en milieu scolaire et/ou en milieu familial et social. Le milieu fait la différence.

Un vécu différent, une séquence personnelle
Et cette nuit, en travaillant, je pense que ce mot pourra être utile au parent qui voudra témoigner, exprimer en quoi, pourquoi, comment, l'apprentissage de son enfant est vécu différemment du vécu scolaire. Il est différent sans pour autant être moindre ou pouvoir être amoindri par l'idée que voudrait s'en faire qui ne connaîtrait par un rythme distinct, une séquence étrangère, une fréquence inconnue, propre à chaque enfant, et porteuse de ce qu'il est, aime, fait. Et fera.

Avec une attitude de confiance et de respect envers l'enfant, moi, le parent, j'apprends beaucoup. Cela m'apporte bonheur, et de là reconnaissance, gratitude, envers la vie et ceux que nous avons appelés à la vie.

Avec cette même attitude de confiance et de respect envers le parent, l'autre  - employé du milieu scolaire, ami, voisin, collègue, etc. - apprendra beaucoup aussi, j'en suis convaincue. Et il aura alors devant lui, en lui, le potentiel d'être heureux et reconnaissant de ce don de soi, de cette générosité que lui aura offerte ce parent.
Mon espoir est que chacune, chacun, voit cette étoile filante en roulant sur l'autoroute un soir d'été. Et, comme ça a été le cas pour moi et pour bien d'autres parents, je souhaite que la magie de ce moment banal le ramène à sa propre enfance, à ses apprentissages, à ce qu'il aime, à faire les choix qu'il veut faire, de vrais choix. Avec confiance, et respect.
 J'OSE la vie ! - journaljose.blogspot.com

C'est le vœu que je fais ce soir, et deux fois plutôt qu'une, car, ce soir, j'ai vu deux étoiles filantes. J'y mets toute mon énergie et j'ose espérer que, bientôt, le Québec devienne un modèle en ce sens. 


Édith

mercredi 25 septembre 2013

L'école est une prison


L'école est une prison
- et elle abîme nos enfants
De plus longues années scolaires ne sont pas la réponse. Le problème, c'est l'école elle-même. La méthode obligatoire « enseignement-et-test » ne fonctionne tout simplement pas.

Traduction : Édith Chabot, J'OSE la vie !
Révision : Stéphanie Meloche

Les parents envoient leurs enfants à l'école avec les meilleures intentions, croyant que c'est ce dont ils ont besoin pour devenir des adultes productifs et heureux. Plusieurs ont des doutes concernant les performances de l'école, mais la sagesse conventionnelle dit que ces problèmes peuvent être résolus avec plus d'argent, de meilleurs enseignants, des programmes comportant plus de défis et/ou des tests plus rigoureux.

Mais que faire si le vrai problème, c'est l'école elle-même ? La triste réalité est que l'une de nos institutions les plus chères met en échec, par sa nature même, nos enfants et notre société.
L'école est un lieu que les enfants sont obligés de fréquenter, et où leur liberté est fortement restreinte - encore plus restreinte que la plupart des adultes ne saurait le tolérer dans leur lieu de travail. Au cours des dernières décennies, nous avons obligé nos enfants à passer de plus en plus de temps dans ce genre de configuration, et il y a des preuves solides (résumées dans mon dernier livre) que cela cause des dommages psychologiques graves à beaucoup d'entre eux. En outre, plus les scientifiques ont compris la façon dont les enfants apprennent naturellement, plus nous nous sommes rendu compte que les enfants apprennent plus à fond et entièrement, et avec plus d'enthousiasme, dans des conditions qui sont presque opposées à celles de l'école.

La scolarité obligatoire a été une partie intégrante de notre culture depuis plusieurs générations. Il est difficile aujourd'hui, pour la plupart des gens, d'imaginer comment les enfants pourraient apprendre sans elle à réussir dans notre culture. Le président Obama et le secrétaire à l'éducation Arne Duncan sont tellement épris de scolarité qu'ils veulent même encore plus de jours d'école et d'années scolaires. La plupart des gens supposent que la conception de base des écoles, comme nous les connaissons aujourd'hui, ont émergé de preuves scientifiques sur la façon dont les enfants apprennent le mieux. Mais, en fait, rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité.

Les écoles comme nous les connaissons aujourd'hui sont le produit de l'histoire, pas de la recherche sur la façon dont les enfants apprennent. Le plan encore utilisé pour les écoles d'aujourd'hui a été développé au cours de la Réforme protestante, quand les écoles ont été créées pour enseigner aux enfants à lire la Bible, à croire l'Écriture sans la questionner, et à obéir à des figures d'autorité sans les remettre en cause. Les premiers fondateurs d'écoles ont été très clairs à ce sujet dans leurs écrits. L'idée que les écoles soient des foyers pour nourrir la pensée critique, la créativité, l'initiative personnelle ou la capacité à apprendre par soi-même - les types de compétences des plus importantes pour réussir dans l'économie d'aujourd'hui - était la chose la plus éloignée de leur esprit. Pour eux, la volonté était un péché, qu'on devait casser chez l'enfant et non encourager.

Lorsque les écoles ont été prises en charge par l'État et rendues obligatoires, dirigées vers des fins profanes, la structure et les méthodes d'enseignement de base sont restées inchangées. Les tentatives ultérieures de réforme ont échoué parce que, si certaines ont bricolé autour de la structure, elles n'ont pas modifié le modèle fondamental. La méthode « enseignement-et-test » et la relation hiérarchique, dans lequel l'apprentissage est motivé par un système de récompenses et de punitions - plutôt que par la curiosité ou par quelque réalité, ou par le désir de savoir - est bien conçu pour l'endoctrinement et l'entraînement à l'obéissance, mais pas pour grand-chose d'autre. Il n'est pas étonnant que plusieurs des plus grands entrepreneurs et innovateurs au monde aient abandonné précocement l'école (comme Thomas Edison), ou qu’ils aient dit qu'ils détestaient l'école et qu’ils ont appris malgré elle et non grâce à elle (comme Albert Einstein).
Il n'est pas étonnant qu'aujourd'hui, même les « meilleurs élèves » (peut-être surtout eux) déclarent souvent qu'ils sont « brûlés » par le processus de scolarisation. Un récent diplômé supérieur, expliquant à un journaliste pourquoi il reportait l'université à plus tard, a affirmé ceci : « J'étais accablé à force de vouloir bien faire et je n'ai pas beaucoup dormi ces deux dernières années. J'avais cinq ou six heures de devoir chaque soir. Plus d'école était bien la dernière chose dont je voulais. »

La plupart des étudiants – qu'ils soient notés A ou C, ou qu'ils soient en échec - ont perdu le goût d'apprendre avant d'atteindre le milieu du cours primaire ou le secondaire (ndt : collège ou lycée, en France). Dans une étude récente, Mihaly Czikszentmihalyl et Jeremy Hunter ont équipé plus de 800 élèves de la sixième à la 12e année du primaire, de 33 écoles différentes à travers le pays (États-Unis), de montres-bracelets spéciales qui envoyaient un signal à des moments aléatoires de la journée. Chaque fois que le signal apparaissait, ils devaient mentionner où ils étaient, ce qu'ils faisaient, et combien heureux ou malheureux ils étaient à ce moment-là. Les niveaux les plus bas de bonheur, de loin, se sont produits quand ils étaient à l'école et les niveaux les plus élevés lorsqu'ils étaient en-dehors de l'école à jouer ou à parler à des amis. À l'école, souvent, ils s'ennuyaient, se sentaient anxieux ou les deux. D'autres chercheurs ont montré que, au fur et à mesure de leur progression dans le système scolaire, les étudiants développent des attitudes négatives envers les matières enseignées, surtout envers les mathématiques et les sciences.

Nous avons tendance à ignorer ces conclusions. Nous ne sommes pas surpris qu’apprendre à l’école soit désagréable. Nous pensons qu'il s'agit d'un médicament au goût mauvais, difficile à avaler, mais bon pour les enfants à long terme. Certaines personnes pensent même que le désagrément de l'école est bon pour les enfants, afin qu'ils apprennent à tolérer ce qui est désagréable, parce que la vie après l'école est désagréable. Peut-être que cette triste vision de la vie découle de la scolarité. Bien sûr, la vie a ses hauts et ses bas, à l'âge adulte et pendant l'enfance. Mais il y a bien des opportunités pour apprendre à tolérer les désagréments sans ajouter de la scolarité désagréable à la recette. La recherche a démontré que les personnes de tous âges apprennent mieux quand elles sont motivées de l'intérieur, qu'elles approfondissent des questions qui sont leurs propres questions réelles, et qu’elles poursuivent leurs propres buts, bien concrets. Dans ces conditions, l'apprentissage est généralement joyeux.

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J'ai passé une grande partie de ma carrière de chercheur à étudier comment les enfants apprennent. Les enfants viennent au monde magnifiquement conçu pour diriger leur propre apprendre. Ils sont dotés par la nature de puissants instincts, incluant la curiosité, l'espièglerie, la socialité, l'attention aux activités autour d'eux, le désir de grandir et le désir de faire ce que les enfants plus âgés et les adultes peuvent faire.

La preuve de tout ceci se trouve devant les yeux de quiconque a regardé un enfant grandir, de la naissance jusqu'à l'âge scolaire. Grâce à leurs propres efforts, les enfants apprennent à marcher, à courir, à sauter et à grimper. Ils apprennent, à partir de zéro, leur langue maternelle, et de là, ils apprennent à affirmer leur volonté, à argumenter, à s’amuser, à s’ennuyer, à se lier d'amitié, à charmer et à poser des questions. En posant des questions et en explorant, ils acquièrent une énorme quantité de connaissances sur le monde physique et social autour d'eux, et à travers le jeu, ils pratiquent des compétences qui favorisent leur développement physique, intellectuel, social et affectif. Ils font tout cela avant que quiconque, de quelque manière systématique que ce soit, tente de leur enseigner quoi que ce soit.

Cet étonnant mécanisme et cette capacité d'apprendre ne s'éteignent pas lorsque les enfants atteignent cinq ou six ans. Nous l'éteignons avec notre système coercitif de scolarité. La plus grande leçon, la plus durable, de notre système d'enseignement est que l'apprentissage est un travail, qui doit être évité autant que possible.

L'objectif de mes propres recherches a été mis sur l'apprentissage chez les enfants qui sont d'« âge scolaire », mais qui ne sont pas envoyés à l'école, ou pas à l'école telle qu'on l'entend d'habitude. J'ai examiné comment les enfants apprennent dans les cultures qui n'ont pas d'école, en particulier les cultures de chasseurs-cueilleurs, les types de cultures dans lesquelles notre espèce a évolué. J'ai aussi étudié l'apprentissage dans notre culture par les enfants qui ont la confiance de prendre en charge leur propre apprentissage et auxquels est offerte la possibilité et les moyens d’apprendre eux-mêmes. Dans ces contextes, la curiosité et la joie naturelles de l'apprentissage des enfants persistent tout au long de l'enfance et de l'adolescence, et à l'âge adulte.

Un autre chercheur qui a documenté la puissance de l'apprentissage autonome est Sugata Mitra1. Il a mis en place des ordinateurs d'extérieur dans des quartiers très pauvres en Inde, où la plupart des enfants ne vont pas à l'école et où plusieurs étaient illettrés. Partout où il a placé un tel ordinateur, des douzaines d'enfants se rassemblent autour et, sans l'aide des adultes, comprennent comment l'utiliser. Ceux qui ne savaient pas lire ont commencé à le faire à travers l'interaction avec l'ordinateur et avec d'autres enfants autour. Les ordinateurs ont donné aux enfants l'accès à la connaissance du vaste monde. Dans un village éloigné, les enfants qui ne connaissaient rien des micro-organismes ont appris des choses au sujet des bactéries et des virus par le biais de leurs interactions avec l'ordinateur et ont commencé à utiliser ces nouvelles connaissances de manière appropriée dans les conversations.

Les expériences de Mitra illustrent comment trois aspects fondamentaux de la nature humaine - la curiosité, l'espièglerie et la sociabilité - peuvent se combiner à merveille pour servir l'objectif d’apprendre. La curiosité a attiré les enfants à l'ordinateur et les a motivés à l'explorer ; l'enjouement les a motivés à pratiquer de nombreuses compétences en informatique ; et la sociabilité a permis à l'apprentissage de chaque enfant de se répandre comme une traînée de poudre à des douzaines d'autres enfants.

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Dans notre culture, de nos jours, il existe de nombreuses voies par lesquelles les enfants peuvent utiliser leurs pulsions et instincts naturels pour apprendre tout ce qu'ils doivent savoir pour une vie adulte réussie. Plus de deux millions d'enfants aux États-Unis fondent maintenant leur apprendre à la maison et dans la collectivité plutôt qu'à l'école, et une proportion toujours croissante de leurs familles ont abandonné les approches pédagogiques en faveur de l'apprentissage autodirigé. Ces parents ne donnent pas de leçons ou de tests, mais fournissent un milieu de vie qui facilite l'apprentissage, et ils aident à relier leurs enfants à des activités communautaires dans lesquelles ils apprennent également. Certaines de ces familles ont initié cette démarche il y a longtemps et ont des enfants adultes qui, aujourd'hui, réussissent des études supérieures ou une carrière.

Ma collègue Gina Riley et moi avons récemment interrogé 232 de ces familles. Selon les rapports de ces familles, les principaux avantages de cette approche se trouvent dans la curiosité, la créativité et le goût permanents de l'apprentissage chez les enfants. Et dans la liberté et l'harmonie que toute la famille vit une fois soulagée des pressions et des horaires de l'école et du fardeau de manipuler les enfants à faire des devoirs qui ne les intéressent pas. Un parent a dit : « Nos vies sont essentiellement sans stress ... Nous avons une relation très étroite construite sur l'amour, la confiance mutuelle et le respect mutuel. » Elle a continué à écrire : « En tant qu'enseignante, je vois que ma fille a d'étonnantes aptitudes à la pensée critique qui manque à plusieurs de mes élèves adultes au collège ... ma fille vit et apprend dans le monde réel et elle aime ça. Que pouvais-je demander de plus ? »

Riley et moi sommes en train de terminer une étude avec environ 80 adultes qui eux-mêmes ont été scolarisés à domicile, en autonomie, quand ils étaient « d'âge scolaire ». Les résultats complets ne sont pas encore connus, mais il est clair, d’ores et déjà, que ceux qui ont pris cette approche provenaient de milieux socio-économiques variés et qu’ils ont, dans l'ensemble, poursuivi avec beaucoup de succès à l'âge adulte.

Alors que l'approche autogérée de l'apprentissage à domicile a gagné en popularité, de plus en plus de centres et de réseaux ont surgi pour offrir des ressources, des liens sociaux et des opportunités éducatives supplémentaires pour les enfants et les familles qui suivent cette approche (plusieurs sont répertoriées sur un nouveau site de collecte, AlternativesToSchool.com). Avec celles-ci – de même qu'avec les bibliothèques et autres ressources communautaires qui ont toujours été disponibles et, bien sûr, l'Internet –, les possibilités d'apprendre sont sans limites.

Mais ce ne sont pas toutes les familles qui ont les moyens ou le désir de faciliter l'apprentissage autogérée des enfants à la maison. Pour plusieurs, la meilleure option est une école dite démocratique, où les enfants sont en charge de leur propre éducation dans un cadre qui permet d'optimiser leurs opportunités d'apprendre et où il y a beaucoup d'autres enfants avec qui se socialiser et apprendre. (Ces écoles ne doivent pas être confondues avec les écoles Montessori ou d'autres types d'écoles « progressistes » qui permettent plus de jeu et offrent plus de choix que ne le font les écoles classiques, mais qui maintiennent néanmoins un système d'autorité maître-élève hiérarchisé et un programme relativement uniforme que tous les élèves sont censés suivre.)

Depuis de nombreuses années, j'ai observé l'apprentissage dans un tel lieu, à l'école Sudbury Valley School, à Framingham, Massachusetts. Elle est appelée école, mais elle est aussi différente que vous pouvez l'imaginer de ce que nous appelons généralement une « école. » Les élèves, qui sont âgés de 4 à environ 18 ans, sont libres toute la journée de faire ce qu'ils veulent, tant qu'ils n'enfreignent pas l'une des règles de l'école. Les règles, qui sont créées démocratiquement en Assemblée d'École par les élèves et le personnel, n'ont rien à voir avec l'apprentissage ; elles concernent le maintien de la paix et de l'ordre et sont appliquées par un système judiciaire modelé sur celui de notre société au sens large. L'école compte actuellement environ 150 étudiants et 10 membres du personnel, et elle fonctionne avec un budget par élève qui est moitié moindre que celui des écoles publiques environnantes. On y accepte essentiellement tous les étudiants qui le demandent et dont les parents acceptent de les inscrire.

Aujourd'hui, environ deux douzaines d'écoles existent aux États-Unis qui sont explicitement calquées sur le modèle de Sudbury Valley ; il en existe d'autres qui ont la plupart de ses caractéristiques de base. Comparés à d'autres écoles privées, ces établissements demandent de faibles frais de scolarité, et certaines ont des échelles de frais variables en fonction des ressources. Les étudiants proviennent de milieux très variés et ont des personnalités tout aussi variées.

Pour ceux qui n'en ont pas été témoins de visu, il est difficile d'imaginer comment une telle école pourrait fonctionner. Pourtant, Sudbury Valley existe depuis 45 ans maintenant et a « fourni » des centaines de diplômés qui se portent très bien dans le monde actuel.

Il y a plusieurs années, mon collègue David Chanoff et moi avons mené une étude de suivi des diplômés de cette école. Nous avons constaté que ceux qui avaient suivi des études supérieures (environ 75 pour cent) n'avaient signalé aucune difficulté particulière à entrer dans les écoles de leur choix et à y réussir une fois admis. Certains, y compris quelques-uns qui n'avaient jamais suivi un cours formel, étaient allés avec succès dans les universités les plus prestigieuses. En tant que groupe, indépendamment de s’ils avaient suivi ou non des études supérieures, ils ont remarquablement réussi à trouver un emploi. Ils ont accédé à un large éventail de professions, parmi lesquelles : les affaires, les arts, la science, la médecine, les services et les métiers spécialisés. La plupart ont dit qu'un des principaux avantages de leur éducation [à l'école] Sudbury Valley était qu'ils avaient acquis un sens de la responsabilité personnelle et une capacité d'autocontrôle qui leur servait dans tous les aspects de leur vie. Plusieurs commentaient également l'importance des valeurs démocratiques qu'ils avaient acquises, par la pratique, à l'école. Plus récemment, deux plus vastes études sur les diplômés, menées par l'école elle-même, ont révélé des résultats similaires et ont été publiés sous forme de livres.

Les élèves de cet établissement apprennent à lire, calculer et utiliser l'ordinateur de la même façon ludique que les enfants dans les cultures de chasseurs-cueilleurs apprennent à chasser et à cueillir. Ils développent également des intérêts et des passions plus spécialisés qui peuvent conduire directement ou indirectement à des carrières. Par exemple, un machiniste et inventeur à succès a passé son enfance à s'amuser à construire des appareils et à en démonter pour voir comment ils fonctionnaient. Un autre diplômé, qui est devenu professeur de mathématiques, avait joué intensément et de manière créative avec les mathématiques. Et encore une autre qui fait de la haute couture avait joué à la confection de vêtements de poupée, puis de vêtements pour elle-même et ses amis.

Je suis convaincu que si Sudbury Valley fonctionne aussi bien en tant que lieu pour apprendre, c’est qu'elle fournit les conditions qui optimisent les capacités naturelles des enfants à apprendre. Ces conditions comprennent :
a) des possibilités illimitées de jouer et d'explorer (ce qui leur permet de découvrir et de poursuivre leurs intérêts);
b) l'accès à une variété d'adultes bienveillants et compétents qui sont leurs assistants et pas des juges;
c) un libre mélange d'âge chez les enfants et les adolescents (le jeu multi-âge est beaucoup plus propice à l'apprentissage que le jeu avec ceux qui sont tous au même niveau); et
d) la participation directe dans une communauté stable, morale et démocratique, dans laquelle ils acquièrent un sens de la responsabilité pour les autres, pas seulement pour eux-mêmes. Remarque : Aucune de ces conditions n'est présente dans les écoles classiques.

Je ne veux pas peindre l'éducation autogérée comme une panacée. La vie n'est pas toujours douce, quelles que soient les conditions. Mais mes recherches et les recherches des autres dans ces milieux m'ont convaincu, sans plus aucun doute, que les pulsions naturelles et les capacités des jeunes à apprendre sont entièrement suffisantes pour motiver l'ensemble de leurs apprentissages. Quand ils veulent ou ont besoin de l'aide des autres, ils la demandent. Nous n'avons pas à forcer les gens à apprendre, tout ce que nous devons faire, c'est leur reconnaître la liberté et la possibilité de le faire. Bien sûr, tout le monde ne va pas apprendre les mêmes choses, de la même façon ou en même temps. Mais c'est une bonne chose. Notre société se nourrit de la diversité. Notre culture a besoin de gens ayant différents types de compétence, d’intérêt et de personnalité. Par-dessus tout, nous avons besoin de personnes qui vivent la vie avec passion et qui sont responsables d'elles-mêmes tout au long de la vie. Ce sont les dénominateurs communs de celles et ceux qui ont pris en charge leur propre apprendre.

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PeterGray est professeur émérite de psychologie au Boston College. Son livre le plus récent est "Free to Learn: Why Unleashing the Instinct to Play Will Make Our Children Happier, More Self Reliant, and Better Prepared for Life"  (Libre d'apprendre : Pourquoi libérer l'instinct du Jeu rendra nos enfants plus heureux, plus autonomes, et mieux préparés pour la vie'), Basic Books, 2013. Il est également l'auteur d'un manuel d'introduction à la psychologie, Psychology, Worth Publishers, maintenant à sa sixième édition, d’un blog régulier pour le magazine Psychology Today qui s'appelle Freedom to Learn (Liberté d'apprendre), et de nombreux articles scientifiques traitant des moyens naturels d'apprentissage de l'enfant. Avec un certain nombre de ses collègues, il a récemment lancé un site web, AlternativesToSchool.com, conçu pour aider les familles à trouver ou à créer un contexte pour l'apprentissage autonome des enfants.

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Article traduit et publié avec l'aimable autorisation de Peter Gray.
Merci à Jean-Pierre Lepri, du CREA, pour la relecture finale.
Une version au format pdf a également été publiée dans les documents complémentaires du CREA, ici.
Édith
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Texte original en anglais :
"School is a prison", la vidéo:  
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mardi 13 décembre 2011

Anatomie d'une éducation réfléchie



Entrevue-vidéo avec Thierry Pardo, père et doctorant en éducation, incluant une brève entrevue avec la charmante Marike Reid-Gaudet, mère et finissante à la maîtrise en sociologie de l'éducation, fondatrice de l'École Radicale Libre de Montréal, que certains d'entre nous ont rencontré en octobre dernier.

samedi 10 décembre 2011

Histoire d'enfants - La paix, par Christiane Singer


Cette histoire vraie m'a émue aux larmes la première fois que je l'ai lue, il y a quelques années, déjà. Elle me parle de paix. Pas de celle qu'on se souhaite au Jour de l'An ou qu'on mentionne dans l'air ou dans nos prières parfois pour ensuite l'oublier vite fait. Pas de la paix dans le monde qu'on veut tous mais pour laquelle on ne fait rien ou pas grand chose... car on ne voit pas du tout ce qu'on pourrait faire. 


La paix dont parle Christiane Singer dans cette Histoire d'enfants est celle qui nous habite, au plus profond du cœur, de l'âme, ou de l'esprit, dès notre naissance. C'est cette paix, cet amour qui nous inonde et nous nourrit. Parce que c'est notre essence même. Je me souvenais d'elle mais je l'avais perdue, égarée, ou peut-être plutôt cachée ? Pour qu'elle ne soit plus abîmée ?


L'instruction obligatoire tente de remplacer cette essence par une leçon de grammaire, l'enseignement d'une compétence mathématique, un devoir de géographie, une démonstration d'expérience scientifique, un cours d'éducation physique. Par la fréquentation imposée et assidue de dizaines d'autres enfants du même âge et de centaines d'autres nés dans la même décennie, tous sans parents au quotidien. En manque d'attachement et d'affection parentales, ces pairs se livrent souvent bien des luttes. Comment ne pas compétitionner quand il faut démontrer sa valeur - ou en avoir plus que l'autre - si on veut recevoir un petit peu de reconnaissance?

L'école, l'éducation, porte ce fardeau de tendre à nous effacer de nous-mêmes, car ceux qui la soutiennent essaient de se convaincre que c'est bien faire, convaincus du vide (ou de l'inutile) que l'humain porte en lui. Ce « trou » existerait afin d'être rempli - fatalement - par des connaissances qui sont essentielles à tous, nous répète-t-on. Pourtant, la seule utilité qu'on peut voir dans ce remplissage forcé est de combler les exigences de ce qu'on considère la "vie" humaine: se nourrir, s'abriter... et attendre la fin ? L'école est le praticien qui effectue la transfusion: elle nous retire notre essence « de paix » pour la remplacer par une scolarisation obligatoire que l'on nomme « éducation » afin de rendre difficile, voire impossible, un refus.

Quand Christiane Singer parle de rivalité, de compétition, de maillot de corps et de baskets, d'obsession d'évincer l'autre et de gagner, je me revois petite fille qui doit se déshabiller et se changer dans la classe, vulnérable, fragile, seule parmi 25 étrangers. Je me revois enfant, forcée de participer à ces jeux de ballon, ces jeux qu'on dit d'équipe, où l'acteur principal bien connu «Compétition» jouera le rôle de «Santé-mise-en-forme» dans la pièce intitulée : «Un esprit sain dans un corps sain». Je connais bien le rôle et la pièce mais je refuse, aussi obstinément que le permet mon silence et mon effort inouï d'invisibilité, d'en être, moi aussi, une actrice. Alors, le chef de l'équipe des bleus m'attribuera le dernier rôle — par dépit et sous la contrainte de ... l'esprit d'équipe. Ma tentative d'évasion est vaine. 
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Histoire d'enfants, par Christiane Singer
La paix ?
Les adultes standards veulent seulement qu'on la leur fiche — et, le plus tard possible, reposer en elle.
Aussi qui l'inventerait, la paix, sinon les enfants ?
Du moins aussi longtemps que les écrans mornes et lugubres n'ont pas vomi dans leurs yeux de lumière toute la hideur du monde !
Les enfants dont je vais conter l'histoire avaient — j'en mets ma main à couper — ce tison toujours avivé au fond de leurs prunelles, cet éclat de joie qui vous incendie le cœur en moins de deux quand vous n'en avez pas blindé les portes.
Pourquoi étaient-ils joyeux ?
Je crois que tous les enfants le sont jusqu'à ce que vous leur demandiez pourquoi. Objectivement, en effet, ces enfants-là n'avaient pas de « raison » d'être dans la joie: pieds nus, mal vêtus, mangeant sans doute à la sauvette dans du fer-blanc, souvent la morve au nez et les cils collés. Mais leur « raison » — en était-ce une ? — était superbe: ils étaient vivants !
Pour les nantis, à l'autre bout du monde, être vivant, c'est comme être repu, nourri, abreuvé, épouillé, vêtu, cela ne mérite pas qu'on s'y attarde. Mais pour ces enfants, cela n'allait pas de soi !
Ils n'en revenaient pas d'être vivants, de sauter, de bondir, de s'accroupir, de chanter à tue-tête, de voir au sol en plein midi onduler la chaleur comme un insaisissable serpent aux mille anneaux... d'être là, seulement là, dans la généreuse et brûlante poussière de l'Afrique, là, là, témoins de la Vie !
Oui, mon histoire se passe en Afrique. Je la dois à un merveilleux jeune homme de quatre-vingts ans: le philosophe et mystique Raimund Panikkar.
Marc, un jeune ami américain, décide d'éviter le service militaire et s'engage dans le service social pour une année. Il se retrouve moniteur de sport dans un village africain. Grâce au sport, il ne sera pas contraint de faire passer des modes de vie, des dogmes, des idéologies. Il pourra rencontrer des jeunes dans le seul plaisir du mouvement et les inviter à se dépasser dans l'effort. C'est du moins ce qu'il pense.
Il n'y a qu'une chose qu'il n'ait pas remarquée: combien ce produit d'exportation — le «sport» — transpire la rivalité et la compétition et combien sous le déguisement sympathique — maillot de corps et baskets — transparaît l'obsession d'évincer l'autre et de gagner. Gagner envers et contre tous. Contre la vie, s'il le faut. En somme: toutes les options guerrières du cynisme économique.
Pour l'instant, notre jeune Américain, encore « inclus » dans son système d'origine et frappé par là même de cécité, ne décèle rien. Le « sport » permet d'être ensemble, voilà tout, et de jouer et de vibrer et d'oublier le supplice des méninges, l'horreur qu'il y a à ingurgiter tant de réponses à tant de questions qu'on ne s'est jamais posées ! Ah oui, comparé à la souffrance de l' « école assise », le sport est clément !
Voilà notre jeune homme devant les enfants. Il croit en dénombrer plus qu'ils ne sont. Du moins, il voit beaucoup plus de paires de jambes, beaucoup plus de paires de bras que le chiffre annoncé laisse prévoir, et il entend beaucoup plus de rires qu'il ne compte de rangées de dents ! Pourtant ils sont douze à peine — du vif-argent !
La spécialité de Marc dans les écoles américaines où il fait du bon travail est de secouer l'inertie des jeunes et surtout celle de leurs derrières habitués à peser, morts et lourds, sur des sofas. Il voit bien que la situation ici est différente, mais son potentiel de ressources apprises ne la prévoit pas. Un court instant, comme une brise, l'effleure l'idée d'apprendre d'abord de ces jeunes à jouer aux osselets, aux toupies, à ces jeux qu'il observait tantôt sur la place du village. Mais tandis qu'une instance en lui, lucide et perspicace, hésite et soupçonne l'absurdité de son entreprise, comme bien souvent, c'est la part « experte » de sa personne qui s'enfle et triomphe. Il réunit donc la petite troupe autour de lui, explique les règles de la course, montre les jalons de la piste, son chronomètre incorruptible et son sifflet.
Même le podium est dressé pour le vainqueur: deux caisses superposées, flanquées de deux plus petites où prendront place par ordre d'arrivée le second et le troisième.
Les pris sont disposés sur une feuille de bananier: trois sacs de pop-corn —un très gros et deux moyens.
Voilà. Tout est en place. Les enfants sont, après maintes contorsions acrobatiques, alignés en position de départ.
L'ordre règne.
Et à l'instant où retentit le coup de siffler, les enfants bondissent en avant comme propulsés par des ressorts et détalent. Mais dans l'élan même du départ, leurs bras se sont grand ouverts et ils se sont saisi les mains !
Ils courent ensemble.
Dans un vent de poussière d'or.
Ils courent ensemble.

Cette histoire vraie contient en germe d'autres histoires vraies et toutes celles qui ne le sont pas encore mais qui attendent d'éclore.
Les dieux de cendre et de sang, de mort et de fers croisés, les dieux de la compétition, de la rivalité, de la domination et de la guerre, qui peut nous obliger de les honorer ?
Partout où des mains se joignent et se rejoignent continue la plus vieille histoire de la nature et de l'humanité, la saga de la solidarité. De nouvelles mailles se nouent au filet qui nous retient de tomber dans l'abîme de l'inhumanité.
Extrait de : «Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? », Christiane Singer, Éditions Albin Michel, 2001

***
On peut se demander pourquoi les enfants d'ici n'osent pas, n'osent plus, se tenir la main et courir ensemble? Et on risque d'entendre rapidement la réponse, émanant de notre propre enfance confrontée à une scolarisation "obligatoire", séparation parent-enfant, frère-soeur, coeur-intellect. On risque d'avoir à se demander ensuite pourquoi les oreilles adultes n'entendent pas (ou plus) ce désir de paix de l'enfance qui n'en n'a jamais voulu de cette compétition ? De cette culture qui encense la non-vie ? 


Terminons sur cette image, de paix et d'harmonie, trouvée par hasard sur le web alors que je cherchais toute autre chose et que j'avais gardée au cas où... Voilà qui me remets instantanément en mode espoir et... action !

Edith

mercredi 7 décembre 2011

Petit, je voulais être boulanger, mais j'étais bon en maths

Nous partageons ici une histoire pas très différente de la mienne, de celle de plusieurs personnes autour de nous, de celle que nos enfants dénoncent tous les jours... sans être écoutés la plupart du temps.

Cette histoire est peut-être aussi la vôtre...

C'est, en tout cas, ce que nous essayons de partager avec notre entourage depuis longtemps, longtemps. 

Merci à Matthieu Stelvio de l'avoir écrite et publiée.

L'article original est ici : http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-education/20111015.RUE4978/petit-je-voulais-etre-boulanger-mais-j-etais-bon-en-maths.html

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Matthieu Stelvio

Riverain
Une miche de pain (Sander van der Wel/Flickr/CC)
Petit, je voulais être boulanger, puis facteur, puis berger. On m'a poussé à faire des études. On m'a expliqué que c'était le seul moyen de réussir ma vie, de gagner de l'argent, de m'épanouir dans un métier. J'ai enduré de longues heures, de longues années de cours. Je me suis ennuyé, ennuyé et encore ennuyé sur des dizaines, des centaines, de milliers de chaises.
Et maintenant que j'ai cinq années d'étude en poche, que je travaille - je suis ingénieur, je passe mes journées à concevoir des cuillères en plastique à moindre coût, pour environ 1700 euros par mois- je continue à m'ennuyer, et regrette profondément de n'avoir pas écouté le petit enfant qui voulait élever ses moutons en Ardèche.
Et autour de moi, lorsque je tends l'oreille, voici ce qui tombe dedans :
  • « J'ai fait cinq ans d'étude, je passe mes journées à faire des additions. Tout ce que j'ai appris ne me sert finalement à rien. »
  • « J'aurais bien fait des études littéraires ou sociales, mais on m'a martelé qu'il n'y avait pas de débouchés. Je me suis fatigué à bosser des matières ennuyeuses pendant des années en espérant que j'aurais un travail solide au bout ; et maintenant que j'ai mon diplôme, j'enchaîne les CDD à temps partiel payés au smic... »
  • « J'en ai marre de tout donner, de partir tous les matins à 7 heures et de rentrer tous les soirs à 20 heures, et de continuer à galérer pour manger des casseroles de pâtes et pour me payer un 20 m2 tout miteux »…

Des agents économiquement productifs ou des ratés

Soumise aux pressions des marchés, l'école, de plus en plus délaissée par l'Etat, tend à aspirer les enfants dans une machine scolaire infernale, pour ensuite recracher vingt ans plus tard soit des agents économiquement productifs, soit des ratés.
Ainsi, tant qu'un élève aura de bonnes notes, on lui conseillera vivement de suivre la voie royale : seconde générale, première scientifique, option mathématiques, maths sup, etc.
On ne cherchera pas à savoir ce que l'élève veut faire de sa vie. De toute façon, lui-même n'en sait rien, car bien souvent ni l'école ni la vie de tous les jours ne lui donnent les moyens de savoir ce qu'est un métier, ou tout du moins un métier différent de celui de ses parents.

Pour maintenir l'ordre : l'angoisse

En série scientifique, plein de jeunes se battent pour devenir ingénieurs, car on leur dit que c'est le seul moyen d'avoir une situation stable et confortable, mais la grande majorité ne sait même pas expliquer ce qu'est au juste un ingénieur. C'est du formatage : la France veut des ingénieurs, car statistiquement, ils font plus grimper le produit intérieur brut que les agriculteurs ou que les poètes.
On abuse de l'indécision pour les pousser dans des voies qu'ils choisissent rarement en connaissance de cause et qui engagent toute leur vie.
Pour maintenir l'ordre, pour que les élèves filent sagement dans l'entonnoir, on utilise une arme redoutable : l'angoisse. Les télés, les radios, les politiques, les profs, les parents, toute la société dans son ensemble angoisse la jeunesse :
  • « La situation est grave, nous sommes en crise ». Il faut entrer dans la « guerre économique » ;
  • « Les plus faibles sombreront dans le chômage, et finiront à la rue » ;
  • « De toute façon, il n'y a plus d'argent dans les caisses ; et on ne va pas taxer les riches, les spéculateurs et les capitaux, car sinon tout partira à l'étranger… » ;
  • « Tremblez, enfants de la cinquième puissance mondiale : si vous ne voulez pas crever de faim, travaillez, étudiez vos mathématiques, devenez ingénieurs, faites-nous des plans d'avions de chasse et de centrales nucléaires. »

Premières victimes : les enfants des classes modestes

Ce sont généralement les enfants des familles les plus modestes qui sont le plus sensibles à ce stress, à ce chantage, car leur échec ne peut que très difficilement être financièrement amorti par la famille. Et encore moins par un Etat de moins en moins soucieux des questions d'équité sociale (car ne l'oublions pas : dans un monde où l'on donne des centaines de milliards aux banques, l'équité, ça coûte trop cher).
Pour ces enfants modestes, tout tâtonnement est proscrit, il faut foncer tête baissée dans l'entonnoir. Je n'oublierai jamais ces heures d'angoisse qui précédaient les contrôles de mathématiques – coefficient 9 –, de physique – coefficient 6 –, ces heures à faire et à refaire toujours les mêmes exercices, ces heures où ma place en classe préparatoire, où tout mon avenir se jouait. Ces heures et ces années où l'école abrutit plus qu'elle n'élève.
Le lycée est, pour certains, un véritable enfer dans lequel la moindre mauvaise note est susceptible de faire chuter lourdement une moyenne ; et une mauvaise
moyenne dans une discipline clé peut, à son tour, considérablement réduire les chances d'un élève d'être pris en classe préparatoire, BTS, etc.
Avoir de bonnes notes ne suffit pas, il faut aussi être bien classé ; et la compétition commence dès le collège et s'intensifie avec les années d'études. Elle peut devenir terrible lorsqu'il s'agit des concours de médecine ou d'entrée aux grandes écoles. Bien souvent, la soif de la réussite prend le dessus sur le désir d'apprendre.

Matheux = génies, philosophes = inutiles

L'art, la philosophie et la poésie sont des disciplines pleines de sens qui peuvent orienter une vie. Le système scolaire les néglige de plus en plus. L'histoire et la géographie sont désormais en option en terminale S ; disciplines évidemment inutiles pour former, à titre d'exemple, nos futurs ingénieurs nucléaires.
Il me semble qu'assez tôt dans le cursus, les « matheux » sont assimilés à des génies, les économistes à des prophètes, les poètes à des cancres et les philosophes à des choses inutiles. Il serait vraiment triste qu'au lieu d'aider les élèves à donner du sens à leur vie, l'école se contente de les transformer en
machines à calculer.
A force de négliger les aspirations de la jeunesse, la société donne naissance à des générations en souffrance, à des adultes qui doutent de plus en plus du sens de leur travail, et il ne faut pas s'étonner qu'un jour ou l'autre, une génération se réveille subitement pour refuser un monde qu'elle n'a jamais eu l'occasion de choisir.
La force et l'énergie des révoltés, des indignés sont, pour moi et pour beaucoup, une grande espérance. (par Matthieu Stelvio - Rue89)