jeudi 3 janvier 2013

La dignité des faibles

« Rappelez-vous toujours de ça : les grands chefs n'ont qu'un point commun, ils ne se battent que pour la dignité des faibles. »  Le Roi Arthur (Alexandre Astier) à Lancelot, Kaamelott, Livre VI, dernier épisode, partie 2.
La semaine dernière, nous avons terminé le visionnement de la série Kaamelott. Je partage ici ces mots du Roi Arthur car ils se reflètent dans plusieurs de nos choix de vie. (Et non pas parce que nous aurions eu l'idée de nous prendre pour des chefs, petits ou grands. ;-))
Lorsque nos enfants étaient petits, nous les avons respectés de plus en plus à mesure que nous sommes devenus plus attentifs à eux qu'à qui ou quoi que ce soit d'autre. Respect pour leur rythme, leurs besoins, leurs enthousiasmes, leurs choix. Nous avons réalisé qu'ils avaient cet élan naturel pour respecter les autres: les autres enfants, les gens, les animaux aussi, les fleurs, les plantes, les arbres, bref, leur environnement. Ils sont tout naturellement emplis de respect pour la vie. En étant attentifs et connectés à eux, et à notre relation, nous avons retrouvé en nous ce respect. Celui qui nous fait nous émouvoir devant une fleur qui s'épanouit ou se ferme, un bourdon qui butine ou qu'on retrouve mort, une vache qui allaite son petit ou celle à qui on l'enlève. J'avais de moins en moins cette réaction de peur qui m'avait déjà portée à vouloir écraser une araignée ou cet agacement qui m'avait déjà conduit à tuer une mouche. Nous voyons quelques pierres fondatrices à ce retour au respect et à l'élan inné que nous avons tous de protéger la dignité des faibles.
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Une habitude bien connue des voisins
Notre fils aîné, à deux ans, demandait souvent un minou. Je ne voulais pas trop adopter, j'étais allergique, et j'avais peur des chats. Mais, nous étions sensibles à son désir, et cherchions activement comment le combler. Un jour d'été, une jeune chatte est venue nous visiter. Dans notre petite cour arrière, ma sœur et moi avions rempli la pataugeoire pour nos enfants. Avec la cousine, les enfants ont partagé leur crème glacée... Chouchoune s'est installée. Quelques jours avant de mettre ses quatre petits au monde, sur notre lit, alors que j'étais endormie. Quelle confiance elle m'accordait. Et quelle joie de la découvrir ainsi nettoyant amoureusement ses petits. C'est Stéphane qui m'a réveillée doucement, me chuchotant de ne pas bouger car les chatons naissants étaient sur mes pieds. Elle n'a laissé qu'une toute petite tache rosée sur le couvre-lit. Impeccable !
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Lamzou (N. Chabot)
En 2003, la marraine de notre plus jeune lui offrait d'adopter leur perruche car elle avait pris un emploi qui ne lui permettrait plus d'être disponible pour elle. Il était encore très jeune, l'idée lui souriait, nous avons accepté. Elle s'appelait Lamzou. 
Nos enfants ne leur ont jamais fait de mal. Notre petit garçon est né dans un foyer où une chatte vivait déjà. Il a bien tenté de lui toucher les vibrisses à un moment, par curiosité, tout simplement. Ils ont été attentifs à leurs besoins. Ils posaient des questions sur leur alimentation, leur mode de vie, comparaient avec les animaux sauvages, observaient. Ils vivaient en harmonie avec elles. Lorsque, parfois, j'ai montré un peu d'impatience de me faire réveiller par des miaulements tôt le matin, il arrivait que l'un d'eux me rappelle qu'elle ne pouvait pas ouvrir la porte elle-même, et que c'était bien notre responsabilité de le faire puisque nous l'avions apprivoisée et que, du coup, elle ne vivait pas en totale liberté sa vie de chat dans la nature. C'était un fait.

Nos fils ont créé des liens avec elles de la même façon qu'ils en ont créé entre eux, avec nous, avec tous. Chouchoune et Lamzou étaient des membres de notre famille.
Quand il a été plus grand, notre fils était si triste de réaliser que notre amie oiseau passerait toute sa vie en cage. Il aurait aimé la libérer si elle avait pu survivre dans les bois québécois sans se faire aussitôt attraper par un prédateur, ou mourir de froid. Assumer une telle responsabilité n'était pas le rôle d'un enfant. C'était donc le nôtre. 
Choisir entre une vie en cage, avec le plus d'amour et les meilleurs soins possibles - nourriture, eau de source, moments de jeux et de partage ensemble - ou la mort prématurée quasi-assurée d'un animal né captif  hors de son environnement climatique naturel a été un choix difficile... un non-choix en fait. Comment un enfant aurait-il pu choisir? 
Nous sommes allés avec les meilleurs soins possibles. Nous ressentions parfois un malaise intérieur. Nous avions conscience de continuer une action initiée par des inconnus qui avaient fait ce choix de capturer des animaux et de les 'faire se reproduire' en captivité. Nous avons choisi ce qui, selon nous, rapprochait le plus la douce perruche du bien-être. Mais, il nous est apparu clairement que nous ne voudrions plus adopter un animal en cage. Nous ne voulions plus prendre la responsabilité des suites des actions de ceux qui font le choix de les y mettre. 
À un moment, nos enfants ont cherché dans quels pays une perruche pourrait vivre librement. Puis, ils ont demandé si nous pouvions faire un voyage en Amérique du Sud pour la ramener dans son habitat naturel. Nous sommes désolés que ça n'ait pas été possible. La cage de Lamzou était près de Benjamin, le Ficus Benjamina que nous avons adopté il y a fort longtemps. Certaines de ses branches lui étaient accessibles si elle le voulait. Nos enfants ont pensé à offrir des périodes de vols libres en sécurité, hors de portée du félin. Le grand frère a ajouté des douches tièdes pour simuler l'humidité de la forêt tropicale. Ils ont toujours fait tout ce qu'ils pouvaient pour offrir à leurs sœurs la vie la plus agréable qui soit. Et comme c'était bon à vivre pour nous tous!
Toutes les deux nous ont quittés, à quelques semaines d'intervalle, à l'été 2010. Lamzou a essayé de pondre un œuf, le 3è de sa vie, elle n'y est pas arrivée... Nous nous en doutions un peu la veille car elle émettait ce son caractéristique de l'oiseau qui pond mais sans cesser cette fois... Un copain avait récemment observé semblable comportement chez la perruche qu'il avait adoptée. 
Quelques semaines plus tard, Chouchoune a été heurtée par une voiture. Ses derniers jours, souffrants pour elle, ont été intenses en émotions. Les circonstances nous auront permis de lui offrir quelques soins, beaucoup d'amour, une attention de tous les instants, jour et nuit. Des voisins et des amis ont vécu certains de ces moments difficiles avec nous. Une voisine et amie, 'grande sœur' de nos enfants, a voulu assisté aux funérailles.
Nous nous rappellerons toujours toutes ces années aux côtés de Chouchoune et Lamzou. Elles ont été remplies de tant d'apprentissages, de bons moments, de découvertes, de joie, de musique. Oui, une chatte qui miaule et un petite perruche qui chante gaiement au quotidien, c'est une musique qui nourrit la vie!
Pendant ces années, et toujours depuis, nous honorons ce désir de communion avec les êtres vivants. Ce sont tous les animaux rencontrés dans notre vie avec qui nous nous sentons amis. Un écureuil dans un arbre crie sa peur de notre présence ? Nous lui répondons et nous éloignons doucement de son territoire. Un chien jappe en nous voyant passer devant chez lui ? Nous le saluons, essayant de communiquer que nous comprenons son désir de venir faire connaissance, et sa difficulté d'être enchaîné. Dans la forêt, c'est plus facile, nous pouvons souvent donner libre cours aux câlins qui permettent tellement plus simplement de se connaître, et de s'aimer. Un canard qui s'approche ? Nous essayons de communiquer de cœur à cœur, en étant juste là, aimants. Une taupe dans notre mur un soir de novembre ? Stéphane ouvre doucement le mur, et, calmement, pour ne pas l'affoler plus qu'elle ne l'est déjà, lui parle, attend, patiente, la prend, et nous la ramenons rapidement dans le boisé.

Notre cœur est resté le même. Aimer un être vivant est facile, naturel.  C'est pour moi une évidence que cet attachement que nous éprouvons les uns pour les autres, la pratique de l'attachment parenting et du unschooling, nous ont conduits à ces réflexions, à nos choix de vie. Le végétarisme, puis le végétalisme et le véganisme sont venus comme ça. Je crois que ça peut aussi être cela, se battre pour la dignité des faibles. D'abord refuser de porter atteinte à leur dignité, à leur vie. 
Je ne pensais pas écrire tout ça quand j'ai commencé ce billet dans les derniers jours de 2012.  
Quand on vit de tels moments de vie et de joie aux côtés de nos enfants, il arrive qu'on éprouve une grande envie de partager nos observations, nos découvertes, un témoignage. Nous l'avons fait, et le faisons encore, ici et ailleurs. En grandissant, nos enfants, comme tous les enfants, ont cherché à toujours mieux connaître et comprendre leur environnement, le monde dans lequel ils sont nés. Ils ont aussi voulu connaître les faits entourant la vie des animaux qu'on appelle 'de ferme'. Ils ont demandé, cherché. Et trouvé. Si on pouvait demander aux gens de ne pas fermer les yeux sur les maltraitances que subissent les animaux dans les élevages industriels, on le ferait. Car il s'agit de faits, de la réalité. Si vous le désirez, si vous le sentez, prenez une minute pour agir, aujourd'hui, en signant cette pétition. Ou posez une autre action, de votre choix, si vous connaissez d'autres moyens de faire cesser cette violence. Chacun de nous peut agir, et personne ne peut le faire pour nous.
L'humain, naturellement, aime les animaux et n'a aucune envie de les maltraiter. 
Soyons tous de grands chefs, en étant simplement humains. Assurons la protection de la dignité des faibles. Ensemble! 
Édith
et Stéphane, de tout avec nos enfants

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