dimanche 27 janvier 2013

Votre p'tit chien, madame

Samedi dernier, on est allés glisser dans la montagne, Jérôme, Stéphane, un copain de Jérôme, un copain du copain, et moi. On s'est bien amusés sur la pente recouverte de nouvelle neige. Le temps était doux, des conditions idéales!

Voici une aventure qui m'est arrivée cet après-midi-là et que j'ai envie de partager ici, vous comprendrez pourquoi. 

la petite chienne ressemblait à ce Schnauzer
Nous avons tous fait une première descente. Puis, à ma seconde descente, à vive allure, je vois une famille sur ma gauche: deux adultes, quatre enfants. Et une petite chienne toute blanche qui se rue vers moi en aboyant. Je ne peux m'arrêter à cette allure, je crie «attention», elle passe sur ma droite, me mords au bras, je sens le mordillement sur ma manche mais elle finit par lâcher prise. Tout se passe très vite, j'ai juste le temps de penser «ouf, ses dents n'ont pas traversé l'épaisseur de mon manteau»... que je l'entends aboyer en me suivant dans sa course folle. Je me demande comment elle fait d'ailleurs, ça va vraiment très très vite. Bien décidée, ou plutôt paniquée, elle aboie en courant puis elle saute sur ma gauche, et m'attrape le mollet. Ouch! Enfin, elle a du s'arrêter, je ne l'entends plus, je file toujours, je sens la morsure, mais je n'ai pas le temps de penser, je dois regarder où je vais m'arrêter. 

Passablement surprise par cette mésaventure - les chiens que nous rencontrons par ici sont calmes d'habitude - je me demande s'il est possible qu'elle ait vraiment réussi à me mordre à travers l'épaisseur de mon pantalon d'habit de neige plus celle du pantalon de velours côtelé que je porte dessous. 

notre pente à glisser, dans la montagne
Je remonte la pente, la mère de la famille s'empresse de me dire qu'ils ont remis la chienne en laisse. Elle s'excuse. Une petite fille n'en finit plus de demander si je vais bien et de s'excuser. Elle est toute énervée, la pauvre, on voit qu'elle se sent coupable. Je tente de la rassurer. Je raconte aux adultes que leur chienne m'a mordue deux fois, mais que la première n'a pas traversé ma manche. Je dis qu'elle semble avoir très peur des gens qui descendent, peut-être de la vitesse. J'ajoute dis peut-être il serait une idée de la garder tout près d'eux, dans leurs bras au besoin, pour la rassurer. La dame se lève, me tourne le dos et s'en va marcher un peu plus haut, après avoir pointé sa petite fille en disant que c'est elle qui ne l'a pas attachée. ... Je sens l'émotion, là. Le papa ne dit rien. La maman doit se sentir coupable, elle remet ça à l'enfant. Je suis perplexe. Je connais ce genre de situations, j'en ai déjà vues comme tout le monde. Quand le parent se sent coupable, il ne prend plus ses responsabilités. (Je sais, ça m'est arrivé parfois.) Nous en avons souvent parlé sur notre liste de discussion: quand vient l'émotion, on peut la vivre* plutôt que de la réprimer comme on nous a toujours montré à le faire (ah! l'éducation!). Une fois vécue, l'émotion n'est plus, et alors on peut regarder la réalité en face, les faits, et assumer nos responsabilités, parentales en l’occurrence, ici. Le sentiment de culpabilité n'est plus. 

Retournons à la montagne: je n'ai pas envie que quelqu'un se sente coupable, ni enfant, ni adulte. Je ne veux pas que des adultes fassent peser sur une enfant le poids de la responsabilité de l'acte de la petite chienne. L'enfant me suit sur quelques pas, s'excuse encore et encore. Je lui dis que je sais que ce n'est pas sa faute, que la petite chienne a sûrement eu très peur, que les chiens ne mordent pas pour 'rien'. Je préférerais parler avec les parents mais la mère en a assez pour le moment, à ce que je vois. Le père reste coi. Chacun sa façon de vivre l'émotion. Je sais, je comprends.

Je rejoins les gars en haut de la pente et je raconte. Je prends le temps de vérifier ma jambe, j'ai une bonne morsure, effectivement. On voit bien les traces de toutes les petites dents, en forme de sourire sur ma jambe, une bonne ecchymose aussi. Ça chauffe. Je regarde plus bas sur la pente, la dame a rejoint sa famille. La morsure est plus importante que je ne le croyais, quoique pas bien grave quand même hein. Je sens comme une brûlure, je ne connais pas ces gens, je ne connais pas l'état de santé de leur chienne, alors je retourne les voir, leur montrer la morsure aussi. Par prudence, et parce que je veux voir si l'enfant se sent toujours coupable, et aider à désamorcer la situation si c'est le cas. 

Je cherche une approche en douceur, des mots qui vont d'emblée rassurer sur mes intentions. Je sais bien qu'on se sent mal quand on se sent coupable. C'est l'éducation qui nous a fait ça. Je connais bien. On se fait accuser, on se sent 'coupable' et alors, on s'éteint, on s'écrase, on fuit, ou ... on cherche un autre coupable. Je vois la dame durcir son visage en me voyant approcher. Stéphane est avec moi, il m'accompagne par sympathie et comme témoin, au besoin. 

Je dis à la dame de ne pas avoir peur, que je ne mords pas, moi. L'humour aide, généralement. Je souris. Elle ne sourit pas. Bon. Je répète de ne pas s'inquiéter, je n'accuse personne. Je veux juste parler un moment et prendre leurs coordonnées au cas où. Je montre ma jambe. La dame est surprise, autant que je l'ai été. L'homme qui l'accompagne me regarde tout au long de la conversation. Il ne parle pas, il écoute. Je dis qu'il semble que la chienne ait très peur dans cette situation; elle tremble encore, ses petites oreilles pointues tremblent. La dame dit qu'elle ne comprend pas, qu'elle n'a jamais fait ça, que c'est la première fois. Je la crois sur parole. Je dis qu'elle n'est pas bien, qu'il ne faut pas disputer mais plutôt la rassurer, en prendre grand soin. Et peut-être même, si c'est possible, de penser à la confier à quelqu'un de confiance la prochaine fois qu'ils viennent glisser. La dame se détend un peu, me dit que c'est peut-être parce qu'elle est en chaleur qu'elle agit comme ça. Elle dit que même à la maison, ces jours-ci, elle n'est pas comme d'habitude. Elle est moins enjouée, entre autres. Oui, bien sûr, que je réponds. Si elle est en chaleur, un cocktail d'hormones (je pense à Michel Odent) l'amènent à un comportement d'une mammifère prête à accueillir une vie, je suppose. Elle pourrait avoir agi par instinct de protection. De toute façon, je répète que j'aime les animaux et je pense les connaître suffisamment pour savoir qu'elle ne m'a pas mordu par malice. La chienne me regarde de ses grands yeux, je lui fais une caresse. Je lui souris. La dame me donne ses coordonnées, que je note dans ma tête. Je dis que je crois que tout ira bien. Et si ça peut la rassurer, je téléphonerai dans quelques jours. 
(Je ne l'ai pas fait, finalement, au cas où ça ne fasse que raviver ce souvenir que, peut-être, elle préfère oublier. La sensation de brûlure aura duré 4 jours, le 5è jour, une démangeaison m'indique que la guérison achève.)

Je rejoins les gars. 
Le copain de Jérôme me raconte que la petite chienne a aussi essayé de le mordre lors de sa descente précédente, quelques minutes avant moi. Il dit qu'il a vu la 'grande' fille de la famille passer sur la chienne avec son traîneau en glissant, devant lui. Du coup, probablement plutôt secouée, elle s'est mise à aboyer et a tenté de le mordre, lui, qui était le suivant sur la piste.

Voilà! On comprend de mieux en mieux, là. Pauvre petite. En tout cas, une chose est sûre, je suis plutôt contente que ce soit moi que la chienne ait mordue. Je pense que j'aurais été beaucoup plus mal à l'aise si elle avait mordu un des jeunes...

Et ça nous a donné un sujet de conversation pour une bonne partie de l'après-midi. Les garçons en parlaient, donnaient leur avis, cherchant comment les gens de cette famille pourraient agir avec leur chienne, respecter ses besoins. Ils étaient tous surpris qu'un adulte tente de se démettre de sa responsabilité sur une enfant. Une petite fille ne peut pas adopter un animal toute seule. Elle ne peut pas prendre les décisions ni les assumer toute seule.

Plus tard, on a repris la conversation avec Jérôme qui ressentait encore un certain malaise. Il n'aime pas du tout savoir qu'un chien puisse mordre ainsi. C'est vrai que ce n'est pas rassurant à prime abord. Alors, on a revu les événements, les faits, tenté d'expliquer ce comportement. Un chien ne réfléchit pas, il agit par instinct et son instinct ne le trompe pas. S'il mord, c'est que ça ne va pas.  S'il se protège ou protège quelqu'un d'autre, c'est qu'il flaire un danger. C'est naturel. C'est dans sa nature. Et alors, aux gens - aux adultes - qui adoptent un animal d'en prendre grand soin et de ne pas le mettre dans une situation difficile. Comme avec un enfant. On y voit une analogie avec l'attachment parenting. Sur le chemin du retour, le petit Charles, lui, a fait une autre analogie (peut-être parce que ses parents sont divorcés?): «adopter un animal, c'est un peu comme se marier, c'est un engagement à vie», a-t-il déclaré.
  
En fin de soirée, la brûlure est moins intense, l'enflure a diminuée, reste les traces des petites dents - de la mâchoire du bas je pense -  et l'ecchymose, le sang qui est resté sous la peau. 

Quand Stéphane est rentré de souper avec un copain, il a pris des nouvelles. Et tout à coup, j'ai entendu une chanson dans ma tête. Avant qu'il ne s'endorme, je lui ai fait entendre les premières paroles. Que voici:

Edith 

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