jeudi 5 avril 2012

Comment on apprend à lire

Une des questions qui revient le plus souvent quand on vit le unschooling, c'est sûrement: comment on apprend à lire ?

Voici la réponse courte, par Olivier:
« Où que l'on pose notre regard, il y a toujours quelque chose d'écrit dans notre langue. Il est impossible pour quelqu'un qui vit dans un tel environnement de ne pas apprendre à lire. C'est au moment où on cesse d'y penser et de vouloir que notre enfant apprenne qu'on se rend compte qu'il sait lire. C'est à ce moment-là qu'il le laisse transparaître, qu'il le montre. »
Le unschooling, c'est choisir comme priorité notre relation avec notre enfant. Ce n'est pas une méthode d'enseignement. C'est un mode de vie.


Posons-nous des questions
Si vous vous demandez comment on peut apprendre à lire en vivant le unschooling, vivez votre questionnement. Posez-vous des questions:
  • Que signifie, pour vous, apprendre ?
  • Que signifie, pour vous, enseigner ?
  • La lecture, pour vous, est-elle dans une catégorie à part ?
Par exemple, vous pourriez comparer l'action de lire avec celle d'observer, écouter, planter, chanter, nager, etc. 
  • Si oui, alors demandez-vous pourquoi. 
  • D'où vous vient cette idée ? Ou de qui ? Ou de quand ?
  • Selon vous, apprendre peut-il être forcé ? Ou obligatoire ?
  • Apprendre à lire à tel ou tel âge peut-il être tellement « indispensable » qu'il faudrait, selon vous, l'imposer ?
  • À qui ? Pour qui ? Pourquoi*?
* Pourquoi signifie deux questions différentes: 
  • a) avec quelle motivation, questionne le "avant", la pensée sous-jacente;
  • b) pour quoi faire, questionne le "après", le but.
« On ne peut imposer quelque chose à quelqu'un, même subtilement, surtout insidieusement, sans briser la relation... et c'est là l'essentiel du unschooling. »

La lecture, une chose naturelle
Je me rappelle en juin 2000, Stéphane, avec Oli, a assisté à un atelier sur la lecture, par un monsieur Nadon (j'ai oublié son prénom), qui avait dit quelque chose comme: « Procurez à votre enfant une carte de bibliothèque. Et lisez ce qu'il aime, ce qu'il choisit. » En tout cas, c'est le résumé que m'en avait fait mon cher mari. C'était tout simple et c'était, surtout, quelque chose qu'on faisait déjà. On avait chacun une carte de bibliothèque, et on lisait toutes sortes de choses, tout naturellement, au quotidien. Nos enfants ne pouvaient pas ne pas avoir vu.


Comment ça s'est passé chez nous ? Back to the... past!
Back to the Future, deux passions en une.
Tout petit, Jérôme avait une passion pour les voitures et les plaques minéralogiques. Chaque fois qu'il en voyait une, il nous demandait ce qui était écrit dessus et mémorisait probablement, petit à petit, les lettres et chiffres qu'il pouvait aussi retrouver un peu partout autour de lui, chez nous et ailleurs. C'était amusant. Ça nous demandait parfois de l'accompagner de longs moments dans les stationnements car il voulait qu'on lui lise chaque plaque de notre voiture jusqu'à la dernière voiture avant la porte de l'endroit où on entrait et pareil au retour, de l'autre côté de l'allée, mais c'était OK pour nous. Et comme nous l'accompagnions de bon cœur à chaque fois, il acceptait facilement de n'en lire qu'une ou deux, ou même aucune parfois lorsque nous étions pressés par le temps, parce qu'il savait qu'il pouvait nous faire confiance et que la prochaine fois, on allait en lire plusieurs à nouveau. Nous nous rappellerons toujours ce soir de juillet, dans l'immense parking des Chutes Montmorency, après le spectacle des Grands Feux Loto-Québec... ! ;-)

Premières syllabes
Peu après cet épisode, c'était peut-être l'année suivante, notre petit garçon était à la station d'essence avec son papa. Après avoir fait le plein, alors que Stéphane remettait le pistolet en place, notre fils lui a demandé s'il voulait un reçu. Stéphane lui a demandé de quoi il parlait. Son fils a répondu que s'il voulait un reçu, il n'avait qu'à appuyer sur le bouton, là, devant lui. Stéphane, surpris, lui a demandé comment il savait qu'on pouvait avoir un reçu en appuyant sur ce bouton. Jérôme a répondu que c'était écrit « reçu ».

C'est comme ça que le papa a appris que son fils savait lire des mots simples. Il est rentré à la maison tout content de me raconter ça... comme si je ne le savais pas déjà ! :-) Le papa était surpris car il ne savait pas que son fils savait lire.  
(peut-être aussi surpris que Joseph Pagnol, lorsque le petit Marcel s'est mis à lire à un âge où il ne "devait" pas savoir... et alors Augustine, la maman, a caché les livres car c'était dangereux de lire à cet âge, disait-elle, ça allait lui donner mal à la tête...)

Comment saurais-je s'il sait lire ? ou ce qui se passe dans SA tête
Nous avons toujours lu avec, devant et/ou pour nos enfants depuis qu'ils sont bébés. Si j'essaie de bien saisir comment et quand ils ont appris, c'est quasi-impossible car ça se passait dans leur tête à eux. Ce dont je me rappelle bien, en revanche, c'est ce moment où ils ont lu à voix haute quelque chose devant moi. Je me souviens ce jour où j'ai trouvé notre fils, crampé de rire dans la chambre à l'étage... Je suis montée tout doucement et me suis arrêtée sur le pas de la porte: il était assis au sol, accoudé sur le matelas où il avait posé un livre emprunté à la bibliothèque. Il avait le visage tout rouge, il riait, il riait ! J'entends encore son rire contagieux.  Il a levé les yeux et m'a dit que l'histoire était drôle. Il lisait. Et oui, il lisait, seul, et je savais qu'il comprenait ce qu'il lisait puisqu'il trouvait ça drôle! Pépé, Flox et le facteur. Je n'oublierai jamais le titre et le moment.
C'est comme ça que moi, j'ai appris que notre fils savait lire.



Une carte de bibliothèque ... ou le monde ?

Bien sûr, la carte de bibliothèque a été un outil intéressant, tout comme les dépliants publicitaires, les mots sur les affiches sur la route, les cartes de souhaits, le Magna Doodle, les listes d'épicerie, internet, les jeux vidéos, en somme le monde autour d'eux, et nous en relation avec ce monde. 

La relation, la confiance, une attitude
Pour chaque questionnement que nous avons eu par rapport à l'apprentissage, nous avons toujours amélioré notre relation avec notre enfant et notre bien-être à tous lorsque nous avons suivi notre cœur, notre instinct, plutôt qu'un livre, ou une méthode. En choisissant la confiance plutôt que la méfiance et la peur aussi, même lorsque ça nous semblait difficile. Alors, nous prenions le point de vue de notre enfant plutôt que celui des adultes autour de nous. Le regard de l'enfant, son attitude, son corps tout entier, réponds à ce qu'on fait, à ce qu'on vit. Il suffit d'observer, d'être présent. Suivre une méthode pour enseigner la lecture à nos enfants nous a été non seulement inutile mais nous aurait paru tout à fait incongru et inapproprié. 

« Écoute ton cœur et ton enfant, pas tes peurs et les gens autour de toi. » 

Édith 

9 commentaires:

Fleur de Paix a dit…

Brillant !
Merci de partager ainsi votre expérience, votre confiance, votre amour. C'est tellement beau à lire !

L'équipe du Journal JOSE a dit…

Merci à toi ! C'est bon à vivre aussi, comme tu le sais. ;-)
Édith

babouloule a dit…

Que c'est bon de vous lire je ne me lasse pas! Merci de nous faire patager votre vie, votre aventure .

L'équipe du Journal JOSE a dit…

Ça fait plaisir ! Merci pour ton mot !
JOSE

virginie2mars a dit…

Chez nous c'est le célèbre plombier moustachu de chez Nintendo et plus largement les jeux vidéos qui motivent mon fils de 5,5 ans dans son apprentissage de la lecture et de l'écriture. Il fait ça tout seul, en essayant, recopiant, comparant, son travail est intense, passionné.
Et moi je regarde et je me dis que c'est quand même formidable la vie !

L'équipe du Journal JOSE a dit…

Bonjour Virginie ! Ça ressemble à ce que faisait nos enfants mais bien sûr chacun a sa façon toute personnelle de faire, ce qui fascinant, comme tu en fais la remarque. Soyez heureux ! Plus il y a de joie, plus il y a d'apprentissage !
Édith

L'équipe du Journal JOSE a dit…

Ah oui, peut-être as-tu déjà remarqué mais si non, tu peux cliquer sur le libellé Nintendo ou Mario Bros pour voir nos réalisations ou lire nos partages sur le sujet.
Édith

Anonyme a dit…

...même lorsque c'était difficile... C'est un grand réconfort pour moi ce soir de vous lire, chère Dame. Notre paisible vie de campagne s'essouffle avec l'arrivée de l'hiver et un fils qui le redoute tant. Et notre famille souffre d'être si seul à vivre ainsi dans notre belle région sauvage. Je reviendrai vous lire encore, Merci...

L'équipe du Journal JOSE a dit…

Cher/chère anonyme,

Merci pour votre mot.
Contente que vous trouviez réconfort ici, c'est aussi pour cela que nous écrivons. :-)

Édith

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