samedi 10 décembre 2011

Histoire d'enfants - La paix, par Christiane Singer


Cette histoire vraie m'a émue aux larmes la première fois que je l'ai lue, il y a quelques années, déjà. Elle me parle de paix. Pas de celle qu'on se souhaite au Jour de l'An ou qu'on mentionne dans l'air ou dans nos prières parfois pour ensuite l'oublier vite fait. Pas de la paix dans le monde qu'on veut tous mais pour laquelle on ne fait rien ou pas grand chose... car on ne voit pas du tout ce qu'on pourrait faire. 


La paix dont parle Christiane Singer dans cette Histoire d'enfants est celle qui nous habite, au plus profond du cœur, de l'âme, ou de l'esprit, dès notre naissance. C'est cette paix, cet amour qui nous inonde et nous nourrit. Parce que c'est notre essence même. Je me souvenais d'elle mais je l'avais perdue, égarée, ou peut-être plutôt cachée ? Pour qu'elle ne soit plus abîmée ?


L'instruction obligatoire tente de remplacer cette essence par une leçon de grammaire, l'enseignement d'une compétence mathématique, un devoir de géographie, une démonstration d'expérience scientifique, un cours d'éducation physique. Par la fréquentation imposée et assidue de dizaines d'autres enfants du même âge et de centaines d'autres nés dans la même décennie, tous sans parents au quotidien. En manque d'attachement et d'affection parentales, ces pairs se livrent souvent bien des luttes. Comment ne pas compétitionner quand il faut démontrer sa valeur - ou en avoir plus que l'autre - si on veut recevoir un petit peu de reconnaissance?

L'école, l'éducation, porte ce fardeau de tendre à nous effacer de nous-mêmes, car ceux qui la soutiennent essaient de se convaincre que c'est bien faire, convaincus du vide (ou de l'inutile) que l'humain porte en lui. Ce « trou » existerait afin d'être rempli - fatalement - par des connaissances qui sont essentielles à tous, nous répète-t-on. Pourtant, la seule utilité qu'on peut voir dans ce remplissage forcé est de combler les exigences de ce qu'on considère la "vie" humaine: se nourrir, s'abriter... et attendre la fin ? L'école est le praticien qui effectue la transfusion: elle nous retire notre essence « de paix » pour la remplacer par une scolarisation obligatoire que l'on nomme « éducation » afin de rendre difficile, voire impossible, un refus.

Quand Christiane Singer parle de rivalité, de compétition, de maillot de corps et de baskets, d'obsession d'évincer l'autre et de gagner, je me revois petite fille qui doit se déshabiller et se changer dans la classe, vulnérable, fragile, seule parmi 25 étrangers. Je me revois enfant, forcée de participer à ces jeux de ballon, ces jeux qu'on dit d'équipe, où l'acteur principal bien connu «Compétition» jouera le rôle de «Santé-mise-en-forme» dans la pièce intitulée : «Un esprit sain dans un corps sain». Je connais bien le rôle et la pièce mais je refuse, aussi obstinément que le permet mon silence et mon effort inouï d'invisibilité, d'en être, moi aussi, une actrice. Alors, le chef de l'équipe des bleus m'attribuera le dernier rôle — par dépit et sous la contrainte de ... l'esprit d'équipe. Ma tentative d'évasion est vaine. 
***
Histoire d'enfants, par Christiane Singer
La paix ?
Les adultes standards veulent seulement qu'on la leur fiche — et, le plus tard possible, reposer en elle.
Aussi qui l'inventerait, la paix, sinon les enfants ?
Du moins aussi longtemps que les écrans mornes et lugubres n'ont pas vomi dans leurs yeux de lumière toute la hideur du monde !
Les enfants dont je vais conter l'histoire avaient — j'en mets ma main à couper — ce tison toujours avivé au fond de leurs prunelles, cet éclat de joie qui vous incendie le cœur en moins de deux quand vous n'en avez pas blindé les portes.
Pourquoi étaient-ils joyeux ?
Je crois que tous les enfants le sont jusqu'à ce que vous leur demandiez pourquoi. Objectivement, en effet, ces enfants-là n'avaient pas de « raison » d'être dans la joie: pieds nus, mal vêtus, mangeant sans doute à la sauvette dans du fer-blanc, souvent la morve au nez et les cils collés. Mais leur « raison » — en était-ce une ? — était superbe: ils étaient vivants !
Pour les nantis, à l'autre bout du monde, être vivant, c'est comme être repu, nourri, abreuvé, épouillé, vêtu, cela ne mérite pas qu'on s'y attarde. Mais pour ces enfants, cela n'allait pas de soi !
Ils n'en revenaient pas d'être vivants, de sauter, de bondir, de s'accroupir, de chanter à tue-tête, de voir au sol en plein midi onduler la chaleur comme un insaisissable serpent aux mille anneaux... d'être là, seulement là, dans la généreuse et brûlante poussière de l'Afrique, là, là, témoins de la Vie !
Oui, mon histoire se passe en Afrique. Je la dois à un merveilleux jeune homme de quatre-vingts ans: le philosophe et mystique Raimund Panikkar.
Marc, un jeune ami américain, décide d'éviter le service militaire et s'engage dans le service social pour une année. Il se retrouve moniteur de sport dans un village africain. Grâce au sport, il ne sera pas contraint de faire passer des modes de vie, des dogmes, des idéologies. Il pourra rencontrer des jeunes dans le seul plaisir du mouvement et les inviter à se dépasser dans l'effort. C'est du moins ce qu'il pense.
Il n'y a qu'une chose qu'il n'ait pas remarquée: combien ce produit d'exportation — le «sport» — transpire la rivalité et la compétition et combien sous le déguisement sympathique — maillot de corps et baskets — transparaît l'obsession d'évincer l'autre et de gagner. Gagner envers et contre tous. Contre la vie, s'il le faut. En somme: toutes les options guerrières du cynisme économique.
Pour l'instant, notre jeune Américain, encore « inclus » dans son système d'origine et frappé par là même de cécité, ne décèle rien. Le « sport » permet d'être ensemble, voilà tout, et de jouer et de vibrer et d'oublier le supplice des méninges, l'horreur qu'il y a à ingurgiter tant de réponses à tant de questions qu'on ne s'est jamais posées ! Ah oui, comparé à la souffrance de l' « école assise », le sport est clément !
Voilà notre jeune homme devant les enfants. Il croit en dénombrer plus qu'ils ne sont. Du moins, il voit beaucoup plus de paires de jambes, beaucoup plus de paires de bras que le chiffre annoncé laisse prévoir, et il entend beaucoup plus de rires qu'il ne compte de rangées de dents ! Pourtant ils sont douze à peine — du vif-argent !
La spécialité de Marc dans les écoles américaines où il fait du bon travail est de secouer l'inertie des jeunes et surtout celle de leurs derrières habitués à peser, morts et lourds, sur des sofas. Il voit bien que la situation ici est différente, mais son potentiel de ressources apprises ne la prévoit pas. Un court instant, comme une brise, l'effleure l'idée d'apprendre d'abord de ces jeunes à jouer aux osselets, aux toupies, à ces jeux qu'il observait tantôt sur la place du village. Mais tandis qu'une instance en lui, lucide et perspicace, hésite et soupçonne l'absurdité de son entreprise, comme bien souvent, c'est la part « experte » de sa personne qui s'enfle et triomphe. Il réunit donc la petite troupe autour de lui, explique les règles de la course, montre les jalons de la piste, son chronomètre incorruptible et son sifflet.
Même le podium est dressé pour le vainqueur: deux caisses superposées, flanquées de deux plus petites où prendront place par ordre d'arrivée le second et le troisième.
Les pris sont disposés sur une feuille de bananier: trois sacs de pop-corn —un très gros et deux moyens.
Voilà. Tout est en place. Les enfants sont, après maintes contorsions acrobatiques, alignés en position de départ.
L'ordre règne.
Et à l'instant où retentit le coup de siffler, les enfants bondissent en avant comme propulsés par des ressorts et détalent. Mais dans l'élan même du départ, leurs bras se sont grand ouverts et ils se sont saisi les mains !
Ils courent ensemble.
Dans un vent de poussière d'or.
Ils courent ensemble.

Cette histoire vraie contient en germe d'autres histoires vraies et toutes celles qui ne le sont pas encore mais qui attendent d'éclore.
Les dieux de cendre et de sang, de mort et de fers croisés, les dieux de la compétition, de la rivalité, de la domination et de la guerre, qui peut nous obliger de les honorer ?
Partout où des mains se joignent et se rejoignent continue la plus vieille histoire de la nature et de l'humanité, la saga de la solidarité. De nouvelles mailles se nouent au filet qui nous retient de tomber dans l'abîme de l'inhumanité.
Extrait de : «Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? », Christiane Singer, Éditions Albin Michel, 2001

***
On peut se demander pourquoi les enfants d'ici n'osent pas, n'osent plus, se tenir la main et courir ensemble? Et on risque d'entendre rapidement la réponse, émanant de notre propre enfance confrontée à une scolarisation "obligatoire", séparation parent-enfant, frère-soeur, coeur-intellect. On risque d'avoir à se demander ensuite pourquoi les oreilles adultes n'entendent pas (ou plus) ce désir de paix de l'enfance qui n'en n'a jamais voulu de cette compétition ? De cette culture qui encense la non-vie ? 


Terminons sur cette image, de paix et d'harmonie, trouvée par hasard sur le web alors que je cherchais toute autre chose et que j'avais gardée au cas où... Voilà qui me remets instantanément en mode espoir et... action !

Edith

vendredi 9 décembre 2011

John Lennon et l'apprentissage sans école

John LENNON
peace & love
Biographie vérité d'une légende

par Gabriel MORAINE
(journaliste et sociologue, il vit à Paris et est spécialisé dans l'histoire et la culture rock)
Hachette 50 7926 4





Mes extraits préférés:

(p.23) Vers l'âge de 6 ans, en six mois [...] « il apprend à lire et à écrire. Le soir, assis sur les genoux de George, il pioche des mots au hasard dans le Liverpool Echo; cette activité fait naître en lui un amour de la presse et des journaux qui deviendra une addiction parmi quelques autres et une constante source d'inspiration.
John aime peindre et dessiner; […] crée et développe son propre monde imaginaire. […] est souvent récompensé pour ses dessins et peintures. À la place des « Maman, papa, le chat et moi devant la maison », John fait des caricatures de ses profs et de ses camarades, très distordus, mais instantanément reconnaissables, qui font autant rire les adultes que les enfants. Un jour, John dessin Jésus-Christ, barbu, les cheveux longs, autoportrait en avance de 20 ans. En sport, il se défend, notamment en course à pied et en natation. Pas tant dans les sports collectifs: il est incapable de suivre le ballon des yeux, car […] il (est myope) a besoin de lunettes dès l'âge de sept ans. Il ne s'habitue pas à les porter et les laisse de côté dès que possible [...]»

(p.28) En Angleterre, on a un examen dont on nous menace depuis l'âge de cinq ans et qui s'appelle le Eleven Plus [l'équivalent anglais du certificat d'études]. « Si tu n'as pas ton Eleven Plus, ta vie est foutue. » C'est le seul examen que j'aie jamais réussi parce que j'étais terrifié. (Quand l'examen a été terminé, le prof a dit qu'on pouvait faire ce qu'on voulait. Alors, j'ai peint.)

(p.29) D'emblée, John décide de ne pas souscrire au système éducatif de quelque façon que ce soit. Initialement, il fait partie du groupe de niveau A, celui des garçons prometteurs; mais il est rapidement rétrogradé dans le groupe B, puis dans le C.
[…] Et si Quarry Bank devient le théâtre de ses errements, John reste un lecteur assidu. Il continue également à dessiner et à faire des caricatures, marqué qu'il est par la découverte de deux illustrateurs […] pour le New Yorker [...].

(p. 30) Entre 1953 et 1955, il fait « l'école buissonnière[...], fume et souvent,[...] s'installe à sa place habituelle sur un tabouret du café Kardomah et dessine pendant des heures. Pour Mimi, ces activités artistiques ne sont que des distractions qui l'éloignent de son travail scolaire, et parfois, une surprise attend John à son retour à Mendips:
    • Je lui disais: « Ne jette surtout pas mes papiers. » Un jour, quand j'avais 14 ans, je suis rentré à la maison, elle avait fouillé dans mes affaires et balancé tous mes poèmes. Je lui ai dit: « Un jour, je serai célèbre, et tu regretteras ce que tu as fait. »

(p.32) 1955: il fait la connaissance de Len Garry,[...] ami d'un certain Paul McCartney. Le jour de leur rencontre, John montre à ses camarades un bout de papier: c'est le Daily Howl. De tout temps, il a dessiné, peint, écrit des poèmes et des nouvelles. Se projetant apprenti journaliste dès l'école primaire, il avait imaginé son propre magazine, Sport, Speed and Illustrated, dont chaque numéro s'achevait par la recommandation: Si celui-là vous a plu, revenez la semaine prochaine, ça sera encore mieux ! [...]

(pp. 34-35) 1956: John entend parler d'Elvis Presley. « … quand je l'ai entendu, ça a été la fin du monde... Je suis un fan d'Elvis parce que c'est lui qui m'a permis de quitter Liverpool. Dès que je l'ai entendu et que je l'ai aimé, ça a été tout ma vie, il n'a plus rien existé d'autre. Je ne pensais plus qu'au rock'n'roll. […]
Toujours en 1956, « les déflagrations sonores en provenance des États-Unis se multiplient Chuck Berry, Little Richard, Carl Perkins, chaque artiste, chaque disque offrent à la jeunesse anglaise des perspectives inespérées.
    • De tout ce qui se passait quand j'avais 15 ans, c'était la seule chose qui arrivait à m'atteindre, explique John […]. Le rock'n'roll était réel et tout le reste était irréel.
La suite logique fut d'apprendre à jouer de la guitare. Julia lui en commande une par correspondance. Il va à un cours, mais n'y retourne plus, le prof souhaitant lui faire apprendre le solfège. Julia va donc lui apprendre à jouer de la guitare comme on joue du banjo, en grattant accords et arpèges sur les quatre cordes les plus aigües de la guitare. […] John néglige de plus en plus son travail scolaire, ce qui lui vaut quelques réprimandes de la part de Mimi.
    • La plus belle chose que Mimi ait jamais dite, c'est: « La guitare est un chouette passe-temps, John, mais ça ne te fera pas gagner ta vie », se souvient-il. Les fans américains ont fait graver ça sur de l'acier et le lui ont envoyé. Elle l'a accroché dans la maison que je lui ai achetée; elle a ce truc en face d'elle toute la journée.

(pp 40-41)
    • Je crois que j'ai un peu pété les plombs. Je partais à la dérive. Je refusais de travailler à l'école, et quand j'ai présenté mon GCE (General Certificate of Education, le brevet élémentaire de premier cycle), j'étais déjà un cas désespéré. À l'examen blanc, j'avais eu l'anglais et l'art, mais le jour de l'examen, je n'ai même pas eu l'art, se remémore John en 1965. J'ai été déçu de ne pas avoir l'art, mais j'avais laissé tomber. Tout ce qui les intéressait, c'étaient les trucs proprets. Je n'ai jamais été propret. Je mélangeais toutes les couleurs. Une des épreuves consistait à illustrer le « voyage ». J'ai dessiné un bossu couvert de verrues. Manifestement, ça ne leur a pas plu.
John n'a pas envie de redoubler, […] (mais) cet échec le prive de l'accès au lycée de la Quarry Bank et il est obligé de quitter l'école. Pour quoi faire ? Lui-même l'ignore […]:
    • Je ne savais pas vraiment ce que je voulais devenir, à part un milliardaire excentrique. Il fallait que je sois milliardaire. […] J'ai toujours cru que j'allais devenir un peintre célèbre et que je devrais peut-être épouser une vieille dame ou un homme très riche qui s'occuperait de moi pendant que je me consacrerais à mon art. Mais le rock'n'roll est arrivé et je me suis dit: « Ah ! Ah ! Nous y voilà . » Du coup, je n'ai pas eu à épouser qui que ce soit, ni même à vivre avec.

mercredi 7 décembre 2011

Petit, je voulais être boulanger, mais j'étais bon en maths

Nous partageons ici une histoire pas très différente de la mienne, de celle de plusieurs personnes autour de nous, de celle que nos enfants dénoncent tous les jours... sans être écoutés la plupart du temps.

Cette histoire est peut-être aussi la vôtre...

C'est, en tout cas, ce que nous essayons de partager avec notre entourage depuis longtemps, longtemps. 

Merci à Matthieu Stelvio de l'avoir écrite et publiée.

L'article original est ici : http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-education/20111015.RUE4978/petit-je-voulais-etre-boulanger-mais-j-etais-bon-en-maths.html

***

Matthieu Stelvio

Riverain
Une miche de pain (Sander van der Wel/Flickr/CC)
Petit, je voulais être boulanger, puis facteur, puis berger. On m'a poussé à faire des études. On m'a expliqué que c'était le seul moyen de réussir ma vie, de gagner de l'argent, de m'épanouir dans un métier. J'ai enduré de longues heures, de longues années de cours. Je me suis ennuyé, ennuyé et encore ennuyé sur des dizaines, des centaines, de milliers de chaises.
Et maintenant que j'ai cinq années d'étude en poche, que je travaille - je suis ingénieur, je passe mes journées à concevoir des cuillères en plastique à moindre coût, pour environ 1700 euros par mois- je continue à m'ennuyer, et regrette profondément de n'avoir pas écouté le petit enfant qui voulait élever ses moutons en Ardèche.
Et autour de moi, lorsque je tends l'oreille, voici ce qui tombe dedans :
  • « J'ai fait cinq ans d'étude, je passe mes journées à faire des additions. Tout ce que j'ai appris ne me sert finalement à rien. »
  • « J'aurais bien fait des études littéraires ou sociales, mais on m'a martelé qu'il n'y avait pas de débouchés. Je me suis fatigué à bosser des matières ennuyeuses pendant des années en espérant que j'aurais un travail solide au bout ; et maintenant que j'ai mon diplôme, j'enchaîne les CDD à temps partiel payés au smic... »
  • « J'en ai marre de tout donner, de partir tous les matins à 7 heures et de rentrer tous les soirs à 20 heures, et de continuer à galérer pour manger des casseroles de pâtes et pour me payer un 20 m2 tout miteux »…

Des agents économiquement productifs ou des ratés

Soumise aux pressions des marchés, l'école, de plus en plus délaissée par l'Etat, tend à aspirer les enfants dans une machine scolaire infernale, pour ensuite recracher vingt ans plus tard soit des agents économiquement productifs, soit des ratés.
Ainsi, tant qu'un élève aura de bonnes notes, on lui conseillera vivement de suivre la voie royale : seconde générale, première scientifique, option mathématiques, maths sup, etc.
On ne cherchera pas à savoir ce que l'élève veut faire de sa vie. De toute façon, lui-même n'en sait rien, car bien souvent ni l'école ni la vie de tous les jours ne lui donnent les moyens de savoir ce qu'est un métier, ou tout du moins un métier différent de celui de ses parents.

Pour maintenir l'ordre : l'angoisse

En série scientifique, plein de jeunes se battent pour devenir ingénieurs, car on leur dit que c'est le seul moyen d'avoir une situation stable et confortable, mais la grande majorité ne sait même pas expliquer ce qu'est au juste un ingénieur. C'est du formatage : la France veut des ingénieurs, car statistiquement, ils font plus grimper le produit intérieur brut que les agriculteurs ou que les poètes.
On abuse de l'indécision pour les pousser dans des voies qu'ils choisissent rarement en connaissance de cause et qui engagent toute leur vie.
Pour maintenir l'ordre, pour que les élèves filent sagement dans l'entonnoir, on utilise une arme redoutable : l'angoisse. Les télés, les radios, les politiques, les profs, les parents, toute la société dans son ensemble angoisse la jeunesse :
  • « La situation est grave, nous sommes en crise ». Il faut entrer dans la « guerre économique » ;
  • « Les plus faibles sombreront dans le chômage, et finiront à la rue » ;
  • « De toute façon, il n'y a plus d'argent dans les caisses ; et on ne va pas taxer les riches, les spéculateurs et les capitaux, car sinon tout partira à l'étranger… » ;
  • « Tremblez, enfants de la cinquième puissance mondiale : si vous ne voulez pas crever de faim, travaillez, étudiez vos mathématiques, devenez ingénieurs, faites-nous des plans d'avions de chasse et de centrales nucléaires. »

Premières victimes : les enfants des classes modestes

Ce sont généralement les enfants des familles les plus modestes qui sont le plus sensibles à ce stress, à ce chantage, car leur échec ne peut que très difficilement être financièrement amorti par la famille. Et encore moins par un Etat de moins en moins soucieux des questions d'équité sociale (car ne l'oublions pas : dans un monde où l'on donne des centaines de milliards aux banques, l'équité, ça coûte trop cher).
Pour ces enfants modestes, tout tâtonnement est proscrit, il faut foncer tête baissée dans l'entonnoir. Je n'oublierai jamais ces heures d'angoisse qui précédaient les contrôles de mathématiques – coefficient 9 –, de physique – coefficient 6 –, ces heures à faire et à refaire toujours les mêmes exercices, ces heures où ma place en classe préparatoire, où tout mon avenir se jouait. Ces heures et ces années où l'école abrutit plus qu'elle n'élève.
Le lycée est, pour certains, un véritable enfer dans lequel la moindre mauvaise note est susceptible de faire chuter lourdement une moyenne ; et une mauvaise
moyenne dans une discipline clé peut, à son tour, considérablement réduire les chances d'un élève d'être pris en classe préparatoire, BTS, etc.
Avoir de bonnes notes ne suffit pas, il faut aussi être bien classé ; et la compétition commence dès le collège et s'intensifie avec les années d'études. Elle peut devenir terrible lorsqu'il s'agit des concours de médecine ou d'entrée aux grandes écoles. Bien souvent, la soif de la réussite prend le dessus sur le désir d'apprendre.

Matheux = génies, philosophes = inutiles

L'art, la philosophie et la poésie sont des disciplines pleines de sens qui peuvent orienter une vie. Le système scolaire les néglige de plus en plus. L'histoire et la géographie sont désormais en option en terminale S ; disciplines évidemment inutiles pour former, à titre d'exemple, nos futurs ingénieurs nucléaires.
Il me semble qu'assez tôt dans le cursus, les « matheux » sont assimilés à des génies, les économistes à des prophètes, les poètes à des cancres et les philosophes à des choses inutiles. Il serait vraiment triste qu'au lieu d'aider les élèves à donner du sens à leur vie, l'école se contente de les transformer en
machines à calculer.
A force de négliger les aspirations de la jeunesse, la société donne naissance à des générations en souffrance, à des adultes qui doutent de plus en plus du sens de leur travail, et il ne faut pas s'étonner qu'un jour ou l'autre, une génération se réveille subitement pour refuser un monde qu'elle n'a jamais eu l'occasion de choisir.
La force et l'énergie des révoltés, des indignés sont, pour moi et pour beaucoup, une grande espérance. (par Matthieu Stelvio - Rue89)

Vous y êtes ! - Sandra Dodd

There y'go!, par Sandra Dodd
Traduction: J'OSE la vie !


« Quand vous savez comment vous voulez être, la prochaine étape est de prendre des décisions conscientes de la même façon que lorsqu'on joue à "plus chaud - plus froid". Tous les pas ne seront pas en avant, mais si la majorité des étapes vont dans la direction que vous avez choisie, alors, vous y êtes! » ~Sandra Dodd
Voir aussi: Réchauffer 

mardi 6 décembre 2011

Que regretterez-vous ? - par Pam Sorooshian

What will you regret ?, par Pam Sorooshian 
Traduction: J'OSla vie !
J'OSE la vie ! - journaljose.blogspot.com
 « Aucun de nous n'est parfait; nous aurons tous des regrets. Mais avec mes enfants âgées de 19, 16 et 13 ans, je peux maintenant dire que je ne dirai jamais quelque chose comme: "j'aurais aimé les laisser se chicaner davantage" ou "j'aurais aimé les punir plus souvent" ou "j'aurais aimé crier davantage". Je dirai seulement que je souhaiterais avoir été plus patiente, plus attentive, plus calme et acceptante des contraintes normales qui accompagnent la vie avec de jeunes enfants.
Une interaction à la fois. Il suffit de faire de la prochaine interaction une relation de renforcement. Ne vous inquiétez pas pour celle qui viendra APRÈS, jusqu'à ce qu'elle devienne la prochaine. » ~ Pam Sorooshian (dont les filles sont maintenant âgées de 20 à 26 ans)

lundi 5 décembre 2011

Un accueil chaleureux


A warm welcome, par Deb Lewis

Traduction: J'OSE la vie !
J'OSE la vie ! - journaljose.blogspot.com
« Si vous ne pouviez pas avoir les deux à la fois, ou s'il était rare d'avoir les deux, demandez-vous ce qui serait le plus important : avoir votre fille qui aide aux travaux ménagers ou avoir une relation chaleureuse et aimante avec elle? Qu'est-ce qui sera le plus à son avantage? Les enfants qui n'ont pas une connexion d'amour avec leurs parents *vont* la chercher ailleurs. Ils peuvent la trouver avec des gens qui n'ont pas leurs meilleurs intérêts à coeur. » ~Deb Lewis

dimanche 4 décembre 2011

Notre survie pourrait bien dépendre des enfants qui ne sont pas allés à l'école

Traduction : J'OSE la vie !
« Encore une fois, j'ai entendu le terme «anarchie» employé à tort pour décrire un incident de vandalisme, violence et chaos qui aurait été perpétré par des «anarchistes». En réalité, l'anarchie peut être définie comme une société sans gouvernement populairement reconnu ou autre autorité centrale. Et cela, la plupart des gens supposent que ça entraînera automatiquement le vandalisme, la violence et le chaos.

Pourquoi pensent-ils cela? La plupart des gens ne peuvent tout simplement pas imaginer vivre sans hiérarchie, lois, dirigeants et autorités qui leur disent quoi faire et comment le faire. De la même façon, la plupart des adultes ne peuvent pas croire que les enfants sont capables de gérer leur propre vie et apprentissage sans la direction d'un adulte. Nous ne faisons simplement pas confiance, ni à nous-mêmes, ni aux autres, y compris nos propres enfants, à vivre paisiblement et de manière productive sans se faire dire quoi faire.

Nous avons été amenés à être des disciples qui font ce que nous disent une classe d'experts et de dirigeants - dans nos familles, églises, écoles et autres institutions. Comme je l'ai écrit dans Challenging Assumptions in Education, la ligne d'assemblage de l'école nous a conditionnés à penser que toute chose plus difficile que choisir quelles marques acheter doit être laissée à des «experts». Nous soigner nous-mêmes est irresponsable, construire nos propres maisons est impossible, l'apprentissage autonome n'est pas fiable, et s'organiser au sein de nos communautés est subversif.

Nous expérimentons ces jours-ci le chaos - économiquement, écologiquement et socialement. Saurons-nous jamais trouver le bon gouvernement, parti politique, ou chef qui réparera tout pour nous ? Probablement pas. En fait, nous avons peut-être simplement à prendre les choses en main, comme beaucoup de gens autour du monde l'ont fait, de différentes façons. Et beaucoup de gens trouvent que ça fait peur. Par exemple, l'utilisation par le mouvement Occuper d'outils tels que la prise de décision après consensus et l'absence de porte-parole est aussi frustrante pour de nombreux observateurs qu'elle est importante pour son existence et son message. Nous ne sommes pas habitués à une participation active et à la résolution de problèmes, et nous trouvons souvent effrayant ce qui ne nous est pas familier.

Toutefois, nous avons besoin de développer ces outils et bien d'autres afin de trouver un moyen de sortir du chaos que ma génération a créé. Et ceux qui grandissent sans école et avec leurs capacités actives de questionnement, l'estime de soi, l'autonomie, et d'autres qualités importantes intactes sont les plus aptes à le faire. » ~Wendy Priestnitz

Le monde est à elle

The world is hers
Traduction: J'OSE la vie !



Holly climbing 
(Holly est la fille de Sandra Dodd)
« Je pense que Holly prend le monde pour acquis. Et pourquoi pas? Le monde lui appartient.
Le monde n'était pas mien quand j'étais petite. Il appartenait aux adultes, et on me disait comment m'asseoir, ce qu'il faut dire, quoi manger et comment tenir ma cuillère. On me disait où jouer, avec qui, et combien de temps. Si j'étais sale ou que j'avais déchiré mes vêtements, j'étais dans le pétrin. On me disait ce qui était bon et ce qui était mauvais.
Holly tient le monde pour acquis, et j'en suis ravie. » ~Sandra Dodd