samedi 25 février 2012

En chemin, j'ai rencontré...

sentier de neige (J'OSE la vie !)
Au réveil ce matin j'ai à nouveau une folle envie et un grand besoin de me reconnecter à "moi", à la nature. Je suis partie marcher en forêt. Après de longues minutes à marcher sur la rue (minutes que je trouve parfois interminables car je revois ce bout de rue qui se terminait ici, avant... Ces riches maisons neuves là où avant je tenais la main d'un petit garçon dans le sentier boisé, et ce «nouveau développement» là, sur la gauche, ont éteint le grand pré où il n'y a pas si longtemps encore, nos fils couraient dans les herbes hautes, observaient les papillons, alors que moi, j'y cueillais un bouquet de fleurs des champs pour la fête des pères. Car ce sentier boisé où nous accueillaient les amas de roches - souvenir des limites entre les champs de culture du siècle dernier - ouvrait, après la clairière ensoleillée, une porte vers le bonheur pour deux jeunes garçons enjoués... et leurs parents. La Joie, avec un grand J ! Celle de la forêt québécoise où arbustes et arbres s'entremêlent, où feuillus et conifères s'entendent à merveille, où les sentiers de terre et de roche forment une harmonie comme seule la vie sait le faire quand l'homme qui pense ne s'en mêle pas. Un raccourci pour aller – joyeusement - déjeuner chez grand-maman le jeudi matin, tel un passage secret entre notre petite maison en rangée pareille à toutes les autres, et celle des grand-parents, plus grande, où le bouleau blanc nous accueille déjà, où le pin majestueux et le lilas odorant sourient de nous voir jouer au ballon dans la cour, et où le jeudi matin, ça sent bon les crêpes et le sirop d'érable !

Pause – Stef vient me dire que Jé l'a dépassé! Ils se mettent dos à dos, je constate. Au moins un centimètre de plus, oui. Ils vérifient avec le gallon, c'est bien vrai. Un large sourire s'épanouit sur le visage de notre «petit», grand jeune homme maintenant.
«Vous avez jamais fait ça, vous, 1m73 à 14 ans!» qu'il me lance en rigolant ! «Pis, vous le ferez jamais!» Éclat de rire, câlin. «Qui aurait pensé que je dépasserais ma famille à quatorze ans?!»

sculpture sur neige: King Dedede s'en vient !
(J'OSE la vie ! - 2012)


Après ce moment de douce mélancolie, j'y suis. Là, sous mes yeux, la féérie de Narnia s'étend et m'ouvre les bras. Oh! ce n'est pas la première fois, je vais souvent marcher dans la forêt. On y va toutes les semaines en famille aussi, parfois même plusieurs fois par semaine, mais ce matin, alors que cette douce neige printanière tombe sans arrêt depuis hier soir, je sens la magie des lieux plus puissante, la quiétude plus … enveloppante. Je ne peux que poser mes pas au rythme de la méditation qui y vit. Quelques pas, tout doucement, je dévore le paysage, chaque branche chargée de neige. Le bosquet de thuyas – comme je les aime ! - je m'y arrête un moment pour un câlin (oui, je suis une tree hugger). Nous connectons. Le rythme de mes pensées s'atténue. De nouvelles pensées, légères, invitantes, font leur place. Je me demande chaque fois si c'est l'arbre qui me parle, ou si ce sont mes idées à moi qui ont tout à coup plus d'espace, et un moment pour venir faire un tour dehors. L'arbre déroule le tapis rouge pour les accueillir... comme des invitées de marque !

Et d'un coup, la connexion se termine. Sans heurt, sans presse, juste comme ça, parce que c'est terminé. Je reprends le sentier de neige. Lentement. Toujours avec ce rythme méditatif qui s'impose dans la plus grande paix. (Y'a que la nature pour s'imposer dans la paix, hein !) Partout, je lève les yeux. J'adore regarder sous les branches; quand j'ai l'appareil photo, je m'assied ou m'allonge sous les arbres pour en faire des photos. Ce matin, le dessous des branches est lumineux. Je déguste. Au bord de la rivière, une majestueuse épinette. Sur le côté, un espace blanc, avec juste assez d'espace et de pente pour m'étendre. Chose pensée, chose faite. Un peu froid ce lit de neige. Je suis surprise, par le froid habituel oui, mais surtout par la largeur des branches surchargées de toute cette eau floconneuse et brillante. Une toute petite branche de moins d'un demi-centimètre de diamètre porte jusqu'à 12, voire 15 cm de neige de hauteur. Sur la gauche, vue d'en dessous, la neige lui ajoute 4 fois sa largeur. Sur la droite, un frison de dentelle. Au-dessus, sur les côtés, partout entre les branches de feuillus, entre les aiguilles des conifères, la neige se tient, là, dans les espaces, dans le vide ! (Je décris comme je l'ai vu, espérant me souvenir des détails pour les dessiner quand je serais de retour.)

Je me remets sur pieds. Jusque là je suivais des pistes de raquettes, mais j'ai envie d'un chemin que nul pas n'aura foulé avant moi ce matin, alors je prends à gauche. J'essaie de poser délicatement mes bottes, espérant secrètement que je sois de sang amérindien, ne laisser aucune trace de mon passage. Perdu d'avance sur la neige, je sais bien, mais ça m'amuse d'essayer. Le sentier est ici plus étroit; quelques branches de sapins et un jeune thuyas alourdis par la neige ne se relèveront pas de sitôt. Je m'incline et renoue avec le plaisir de marcher à quatre pattes; je passe, tête baissée, sous leurs branches. Surtout ne pas déplacer les flocons posés là, un à un, par la vie. (Je revois Calvin. ;-) Je rejoins le sentier du bord de la rivière; j'entends des marcheurs qui approchent en sens inverse. Je n'ai pas envie de contact humain tout de suite, alors je bifurque hors sentier, sur la gauche. J'entends la dame qui raconte au monsieur: « Je ne t'ai pas encore parlé de ce qui se passe avec les évaluations ». Je pense à l'évaluation municipale, j'imagine une maison, le compte de taxes foncières...
« Ça a pas de bon sens, ça prend tellement de temps, pis y parlent tout le temps. Ben, je les comprends... mais ils parlent tellement que j'ai pas le temps de tout faire. »
Le monsieur: « Ah oui, ils parlent beaucoup des fois. »
La dame: « J'ai encore des feuilles que je fais d'habitude mais que j'ai même pas eu le temps de faire encore... ils parlent beaucoup. Pis, faut ben que je les laisse faire un peu... ils sont petits. Y'ont besoin de parler... y faut ben qu'y bougent,... y faut ben qu'y vivent! »... les voix se transforment en murmures... je ne perçois plus ce qu'ils continuent de se raconter. Tant mieux, je ne veux pas savoir.

J'arrive à l'endroit où la rivière déborde chaque printemps; là, une énorme épinette est tombée l'an dernier – ou l'année précédente? - et l'amas de racines et de terre est resté comme un immense parasol après un coup de vent, penché sur le côté, découvrant un petite mare d'eau gelé en dessous. Jé aime bien s'y arrêter parfois, et casser la glace en dessous. Aujourd'hui, c'est moi qui m'assied sous cet abri et plonge dans les racines. Mes racines ? Je laisse aller. Je vois Mathieu de la Déséducation. Peut-être aimerait-il venir tourner un peu par chez nous ? Je repense à ce film que je voulais faire. Ça viendra. Peut-être. Je vois Marilyn, et Marike. (Dans ma tête ces trois-là s'appellent les Trois M, comme mes voisins d'en face). Je me rappelle qu'elles seront à Québec en avril pour un panel sur l'éducation « libertaire ». J'ai hâte! Bien que je n'aime pas le terme 'libertaire', ça sonne bizarre, je trouve. Peu attirant. Alors qu'une vie sans école est une vie remplie de découvertes de tous les instants et d'apprentissage sans limitation. Je préfère 'unschooling'. Mais peu importe le mot, je suis contente de savoir que ces dames de cœur seront de passage près de chez moi. Une idée traverse mon esprit. Si elles en avaient le goût aussi, nous pourrions en profiter pour étirer leur séjour et offrir, ensemble, une rencontre sur le unschooling. Il y a de grands besoins de ce côté. Et peu de soutien. Beaucoup de demande, peu d'offre. La pause aux racines prend fin. 

Je marche près de l'eau. La neige tombe toujours. Le décor n'en finit pas de s'habiller tel un prince blanc (ou une princesse, comme vous voulez). On se croirait dans un conte de fées. J'arrête pour respirer à fond, écouter l'eau de la rivière danser sur les roches. Quel son magique, n'est-ce-pas ? Qui captive tous les humains. Une théorie intéressante tente d'expliquer cette attraction de l'humain pour l'eau. Mais pour le moment, j'avance encore un peu, je me rends à la pente à glisser, comme on l'appelle. J'écoute l'eau, je respire, je ferme les yeux. J'entends des voix venant du chemin vers l'ouest. Deux marcheurs. Je ferme les yeux. Je respire. Je choisis de rentrer. J'ai assez de matière pour mon blog du samedi... et pour nourrir mes projets de vie.
Mes pas me portent joyeusement sur le sentier du retour. Un chien s'élance vers moi en souriant. Je les salue, lui et le monsieur qu'il accompagne. Quelle bonheur pour les chiens que ces sentiers dans la forêt où, d'habitude, les gens osent leur permettre d'être vivants, de courir, revenir, sentir, boire à la rivière, courir encore. Et saluer tous les passants. Adorable !
Je me sens si légère, je cours un moment. C'est si bon de courir. Quand j'ai eu cette vilaine fracture au pied, il y a deux ans, ça m'a tellement manqué. Je voyais mes fils s'élancer avec joie. Je les regardais en espérant pouvoir à nouveau le faire, moi aussi. Je ne marche pas encore aussi longuement qu'auparavant, mais je peux marcher. Et je peux courir à nouveau. Avec de bonnes chaussures, cependant.
Je revois les petits et les papas qui tantôt jouaient avec une rondelle et des bâtons de hockey. J'y ai entendu plus tôt un père demander à son fils de 3 ou 4 ans pourquoi il ne voulait pas jouer, tout en tentant tant bien que mal de mettre un bâton dans les mains d'un tout-petit d'à peine deux ans (on les reconnaît facilement à leurs grand yeux doux, au dessus d'un petit bouton de nez et deux joues bien rebondies, dans ce petit cercle que forme leur petit visage enfoui au creux de capuchons bien rembourrés). Le plus petit n'est plus là, mais ils sont deux à grimper la colline de neige amassée par les déneigeurs, sous le regard d'un papa et d'une maman cette fois.
Fini ce post. Bonne  journée !
Je sors de Narnia, mais je garde précieusement en moi la féérie et la paix qu'elle m'apporte. Je rentre à la maison. Et je négocie avec Jé de changer de bureau de travail, pour mon dos. Il accepte de bon cœur. Il est en ligne avec des copains, l'une en Alberta, l'autre au Texas. Je remarque qu'ils se lèvent tôt. Ce à quoi Jé me réponds qu'ils se lèvent en même temps que lui. C'est bien vrai. Bien que vivant sur des fuseaux horaires différents, ils se sont créer leur propre fuseau horaire, celui de leur réseau de jeu, et d'amitié.♥

Édith

4 commentaires:

Swinka a dit…

Comme je vous envie!!! Comme j'aimerais pouvoir connaître ce bonheur, goûter cette magie seule et si fréquemment!! il y a encore à peine quelques années nous vivions juste à côté d'une très jolie petite forêt.. Problème: je suis terrorisée par les chiens et donc par l'idée d'en croiser. 2 fois j'ai voulu surmonter ma peur, 2 fois j'ai croisé des chiens qui, sentant ma peur, sont de suite devenus agressifs... la 2ème fois c'était d'ailleurs un chien errant, j'ai été tellement pétrifiée de terreur que j'ai eu l'impression de me liquéfier sur place... Depuis, (et c'était il y a presque 5 ans) impossible de remettre les pieds dans la forêt sans une bardée de personne avec moi.. :-( La magie n'est pas du tout la même... Que ça me manque!! Que je vous envie le fait que vous trouviez "adorable" un chien qui vous saute dessus!!!
En tout cas merci pour cette magnifique ballade, je vous y ai suivi, j'y étais!!! :-)
Je continue à vous suivre sur ce blog....
Bonne journée!!! :-D

L'équipe du Journal JOSE a dit…

Merci Swinka, d'avoir écrit et partagé ce que tu vis. Tu as eu une mauvaise aventure avec un chien ? La peur peut venir d'un événement du passé qui a laissé un trace. Quand je t'ai lu, je me suis reconnue à chaque mot; j'ai vécu la même chose, et le chien errant aussi... ! ;-) Je pars justement marcher en forêt avec famille et amis cette fois. Mais, je reviendrai te lire et te répondre plus amplement.
Edith

Swinka a dit…

Malheureusement oui, j'ai été 5 fois agressée et/ou mordu par des chiens! La 1ère fois je ne m'en souviens pas, je n'avais que 2 ans, puis 4, puis 7.. etc.. C'est un cerce vicieux, maintenant j'ai tellement peur des chiens que je rends agressif même le plus doux des chiens! :-(( J'en arrive à me demander si, à ce stade, c'est surmontable! je vis en France, donc nos forêts ne sont pas du tout aussi sauvage que les vôtres, mais je ne vis pas si loin de Fontainebleau et sa célèbre forêt, je pourrais vraiment me régaler et y passer des moments féérique avec mes enfants si je ne me transformais pas en animal traqué dès que j'avais un pied dans la forêt...

L'équipe du Journal JOSE a dit…

Me revoilà ! Ça fait une répétition d'agressions, ce que tu racontes. C'est une engagement important d'adopter un chien, et les responsabilités sont semblables, à mon avis, à celle des parents: nourrir le coeur et le corps, être présent, accompagner, protéger... Est-ce que les "parents adoptifs" des chiens que tu as croisés, et tes parents étaient présents ? Je ne sais pas mais il semble y avoir eu un manque flagrant de protection.
Pour guérir (surmonter les peurs ancrées par les traumatismes), il y a l'emdr.
J'ai vécu avec certains traumatismes et ça a mis un frein et altéré bien des moments de bien-être.
Et Fontainebleau, tu me fais rêver là !!! Moi qui RÊVE d'aller en France !

Édith

Enregistrer un commentaire

Les commentaires sont bienvenus.
(Note: tout commentaire irrespectueux sera supprimé.)