Pas
d’école pour mon enfant
PAR
Anne-Yvonne CHARPENTIER
CERTIFICAT
DE RÉDACTION
FACULTÉ
DE L’ÉDUCATION PERMANENTE
UNIVERSITÉ
DE MONTRÉAL
AVRIL
2010
L’enseignement
à domicile : pourquoi ? Comment ?
Ève,
Charles-Étienne, Jérôme, Sarah, Timothée… Un point commun les
différencie des autres enfants de leur âge : ils ne vont pas
à l’école. Atteints de maladie grave? Lourdement
handicapés ? Non. Leurs parents ont fait le choix de la
non-scolarisation comme d’autres font le choix d’une école
privée ou que d’autres encore, depuis les années 70,
optent pour les écoles alternatives. Ils seraient de 2 000 à 5 000
enfants au Québec à vivre ce mode d’éducation. Tour
d’horizon.
Le
choix de ne pas « envoyer son enfant à l’école » ne va pas sans
bouleversements dans la vie familiale. « Ce n’est pas une partie
de plaisir, rappelle Adèle Dufour, présidente de l’AQED
(Association québécoise de l’enseignement à domicile). C’est
beaucoup de sacrifices ! » Sacrifice d’un salaire tout d’abord.
Un des deux parents doit abandonner toute activité professionnelle
ou se contenter de travail à contrats, comme Claire, la maman
d’Arturo et Émilie. Sacrifice d’une bonne partie de sa vie de
couple et de sa vie personnelle également. « Les enfants sont
constamment présents, c’est un investissement de toutes les heures
! » poursuit Adèle Dufour, d’un ton mi-figue mi-raisin.
Autant
de raisons que de familles
Investissement
en temps, en énergie, diminution des revenus familiaux. Qu’est-ce
qui pousse donc ces familles à s’engager dans des chemins de
traverse, très peu balisés ? « Il y a autant de raisons que de
familles », soutient Adèle Dufour. C’est le besoin de développer
un noyau familial fort qui revient le plus souvent dans les propos
des parents rencontrés, ainsi que la transmission de valeurs.
Christine Brabant, étudiante à la maîtrise à l’Université de
Sherbrooke, s’est attachée à tracer un tableau des facteurs à la
base de ce choix éducatif en proposant un questionnaire à 203
familles pratiquant l’école à domicile. Cette étude, menée en
2004, identifie sept raisons principales, ainsi classées : le
développement d’un projet familial ; le refus du mode
d'organisation sociale et pédagogique de l'école ; l’enrichissement
personnel de l’enfant ; le souci de son développement
socio-affectif ; la transmission de valeurs religieuses, morales ou
spirituelles ; une expérience scolaire négative de l'enfant ; et
enfin, les caractéristiques particulières de l'enfant.
Contrairement
à une idée reçue, les motifs religieux n’arrivent qu’au
cinquième rang. D’ailleurs, d’après cette même étude,
seulement 28 % des familles affirment que la religion ou la
spiritualité occupe une place fondamentale dans leur vie, et 15%
disent qu'elle occupe une « certaine » place. On est loin du cliché
de la famille intégriste qui chercherait à isoler ses enfants des
mauvaises influences d’une société athée.
Ainsi,
Sonya, jeune blonde anglophone, maman de deux enfants d’âge
préscolaire, base son choix de non-scolarisation sur une critique du
système scolaire traditionnel, incapable, selon elle, de développer
la réflexion et l’esprit critique de l’enfant : « Je veux que
mes enfants apprennent à lire, mais aussi à comprendre et à
penser. » Même écho chez Claire : « L’école, ça fabrique des
moutons. Ce n’est pas facile de vivre avec des loups, mais je ne
voulais pas de moutons ! » Pour elle, cependant, la question du
transport a été l’élément déclencheur. « Quand nous avons
déménagé, mon fils est resté dans la même école, se souvient
Claire. Comme c’était loin, que nous étions stressés par la
construction de la maison, je l’ai retiré de l’école un à deux
jours par semaine. Mais il était toujours en retard les autres
jours, la directrice s’est fâchée, alors j’ai décidé de lui
faire l’école à la maison. Je l’aurais bien fait avant, mais
son père n’était pas d’accord. »
Souvent
en effet, plusieurs mobiles interviennent. Ainsi, Annie, maman de
cinq enfants, émet des griefs vis-à-vis du système scolaire
québécois, lui reprochant son niveau académique peu élevé. Mais
elle fonde également son choix sur le besoin de transmettre ses
propres valeurs à ses enfants. À ces deux raisons principales,
d’autres se greffent, très souvent citées par les familles
rencontrées : être la principale référence de ses enfants,
transmettre le goût d’apprendre, développer des relations fortes
avec ses enfants et au sein de la fratrie, prendre du temps ensemble.
Sylvie renchérit : « Un parent veut le meilleur pour ses enfants,
c’est ce qu’on essaie de leur donner. » Mère de trois enfants
âgés de 6 à 10 ans, la jeune femme a fait le choix de faire
l’école à la maison alors qu’elle était enceinte de sa fille
aînée. Elle-même a vécu des moments difficiles à l’école, en
butte aux railleries de professeurs à cause de son origine
italienne. « Je ne peux pas dire que ça n’a pas eu de poids dans
ma décision. Mon mari, cependant, était d’accord, bien que sans
problème scolaire dans sa jeunesse. »
Cette
question du choix assumé par le couple est souvent abordée. Tous
les parents le disent, le choix de ne pas scolariser ses enfants est
une décision à prendre à deux. Les conséquences sur la vie
familiale sont trop importantes pour s’engager à la légère.
Quand
c’est la vie qui dicte le programme
Mais
comment se passe l’école à la maison ? Approche structurée,
comme à l’école traditionnelle, pédagogie innovante,
déstructuration totale ? Là aussi, on rencontre autant
d’organisations que de familles. Avec une constante tout de même :
tout est prétexte à découvertes ! Les Jeux olympiques, bien sûr,
ont été l’occasion de nombreuses recherches et projets. Que
Samuel se casse le fémur, et l’anatomie humaine et la fabrication
osseuse sont abordées. La visite du Salon de l’auto donne
naissance à un guide pratique automobile. Un travail sur les ponts
entraîne Annie et sa famille sur les ponts montréalais et sur ceux
de Québec. Certes, les écoles proposent aussi des sorties
culturelles aux élèves, mais Annie se souvient, un sourire dans la
voix : « On était tellement content de sortir de l’école qu’on
ne retenait rien de ce qu’on nous montrait. Ne restait que le
plaisir d’une journée pas comme les autres. » Ici, la taille
réduite de la famille permet une meilleure préparation et une
exploitation adaptée aux intérêts de chaque enfant.
L’école
à la maison offrirait donc un plus grand espace de liberté.
Cependant, la plupart des familles rencontrées programment le
déroulement de leurs journées, souvent planifiées sur une semaine.
Le français, les mathématiques et l’anglais sont étudiés le
matin, sous forme d’apprentissage traditionnel ou avec des méthodes
plus ludiques. Les après-midis sont consacrés aux projets
transversaux, mêlant histoire, géographie, sciences, arts, cuisine.
Édith,
elle, a opté pour le unschooling (déscolarisation). « Nous nous
positionnons contre la culture dominante, nous voulons nous
rapprocher de la nature humaine. Au départ, c’est un choix de vie,
une philosophie, pas un choix de méthode éducative. » Le
unschooling ne se préoccupe pas des acquisitions normalisées ni des
évaluations, il cherche avant tout le développement personnel de
l’enfant, du futur adulte.
Quand
on lui demande quels sont les centres d’intérêt de son fils aîné
de 17 ans, la réponse fuse immédiatement : « la vie ! », puis se
précise et s’allonge : « la philo, l’agriculture biologique, la
littérature, les langues anciennes, la physique, l’astronomie,
l’histoire », et les points de suspension que l’on perçoit dans
sa voix en disent long sur l’ouverture au monde de l’adolescent.
Lui, parle avec assurance du film de 40 minutes qu’il présentera
dans la bibliothèque voisine la semaine suivante. Une comédie
d’espionnage réalisée avec des amis. Il évoque également les
jeux vidéo qu’il met en ligne sur son site Internet et la
fabrication d’une corde par torsion. Les journées de son cadet âgé
de 12 ans, se passent en discussions avec parent et frère, en
sorties à la bibliothèque, à la ludothèque et dans le boisé
voisin, en découvertes documentaires, et au piano ou avec ses amis.
Peu
de familles poussent la non-scolarisation si loin. Celles qui
choisissent l’école à la maison se tournent souvent, du moins au
début, vers les groupes de soutien. Ces groupes s’adressent aux
parents afin qu’ils puissent échanger sur leurs expériences,
partager leurs ressources éducatives… et souffler un peu. Ils
s’adressent aussi aux enfants, pour leur permettre de faire des
activités en commun et de se rencontrer.
Vous
avez dit « socialisation » ?
En
effet, la socialisation est LA question, celle qui revient comme un
leitmotiv dès qu’on aborde le phénomène des enfants non
scolarisés. Une question qui fait bien rire Adèle Dufour : « On se
plaindrait plutôt d’une sur-socialisation ! Mes enfants sont
absents de la maison deux jours sur cinq. Ils participent à diverses
activités avec d’autres enfants non-sco : journée labo de
biologie ou ateliers au musée. » Ces activités sont organisées
par les parents, en fonction de leurs compétences et de l’intérêt
des enfants.
Thierry
Pardo, étudiant au doctorat en éducation et agent de recherche à
la Chaire de recherche du Canada en éducation relative à
l’environnement de l’UQAM, connaît bien le phénomène de
l’école à la maison, ou plutôt de la non-scolarisation. C’était
en effet le sujet de son mémoire de maîtrise en éducation, soutenu
l’été dernier. Pour lui, cette question sur la socialisation, la
plus fréquente, est aussi la plus curieuse : c’est l’école,
véritable « sanctuaire » pour enfants, qui s’apparente à un
lieu hors-société. « Les enfants sont isolés du reste de la
communauté, soit pour les protéger, si on a une vision
“rousseauiste”, soit pour les préparer – les formater ? –
pour être ensuite réinjectés dans la société », affirme
l’étudiant-chercheur. Selon lui, l’école traditionnelle propose
une socialisation fictive, où toutes les différences ont été
gommées : les enfants d’une classe ont tous le même âge, les
handicapés sont absents. « C’est un milieu totalement artificiel,
s’insurge Thierry Pardo. Où l’enfant va-t-il apprendre qu’il
existe des trisomiques, des aveugles, des gens différents ? »
Carole
Cardinal, vice-présidente de l’Association chrétienne des parents
éducateurs du Québec (ACPEQ), préconise également une «
socialisation équilibrée » où les enfants se regroupent par
centre d’intérêt et non par groupe d’âge.
Des
avantages certains...
On
le voit, les familles font facilement passer la socialisation du
statut de réserve à celui d’avantage. Les enfants, qui ne sont
pas confinés toute la semaine avec des enfants du même âge, sont
plus ouverts et entrent plus facilement en relation avec des
personnes d’un autre groupe d’âge. Ainsi, les enfants d’Annie
rencontrent une fois par mois des personnes âgées pour faire du
bricolage ou pour jouer du piano. Enfants épanouis aux capacités
relationnelles indéniables, tel est le portait que brossent souvent
les parents de leur progéniture. S’y ajoutent autonomie et
complicité entre frères et sœurs.
La
socialisation transgénérationnelle n’est pas le seul avantage que
les familles voient dans ce mode d’éducation. Pour les enfants
présentant des difficultés d’apprentissage ou des signes de
dyslexie, l’école à la maison offre une solution intéressante.
En effet, les méthodes pédagogiques s’adaptent à l’enfant, et
non l’inverse. « Mon fils de 7 ans présente des difficultés
d’apprentissage, explique Annie, sur le ton de la confidence. À
l’école, il se serait découragé, il se comparerait aux autres et
perdrait toute confiance en lui. » À la maison, Jérémy peut
assimiler les notions à son rythme. Il obtient un score de plus de
80 % aux évaluations que sa maman demande, tous les ans, à une
orthopédagogue.
Parmi
les autres avantages cités, les familles non-sco revendiquent
également l’ouverture d’esprit et l’intérêt pour le monde,
une grande souplesse dans l’organisation et les horaires, l’absence
de devoirs le soir, une disponibilité accrue pour le temps passé en
famille, l’absence de stress. « Je n’impose pas le stress de la
société à mes enfants, souligne Claire, avec une fierté visible.
Au moins, ils ne sont pas sous Ritalin ! » Annie, quant à elle,
apprécie « un temps en famille, le soir, de meilleure qualité ».
Phénomène
nouveau, de plus en plus d’adolescents, scolarisés au secondaire,
demanderaient à leurs parents à étudier à la maison, alors que
tout leur parcours éducatif s’est déroulé dans une institution.
Ce fait a été évoqué par la présidente et la vice-présidente
des deux associations québécoises (AQED et ACPEQ). Peut-être les
adolescents, confrontés à des difficultés d’apprentissage et à
des problèmes de comportement de leurs camarades, espèrent-ils
trouver une solution à ces problèmes dans le système de l’école
à la maison.
…
et certaines réserves
Alors,
l’école à la maison serait la panacée au décrochage scolaire ?
Certainement pas ! Aucun adepte de cette alternative à l’école
institutionnalisée n’avancera cette idée. « L’enseignement à
domicile n’est pas fait pour tout le monde, affirme catégoriquement
la présidente de l’AQED. Cela demande un très gros investissement
de la part des parents, que tous ne peuvent pas fournir. » Annie va
dans ce sens, en évoquant la fatigue ressentie certains soirs. Par
ailleurs, quand l’enfant grandit et, avec lui, ses attentes en
termes de connaissances, le parent doit chercher des réponses à
toutes ses questions. « L’enseignement à domicile, ce n’est pas
du tout cuit, ajoute Adèle Dufour. On manque parfois de ressources,
on n’a pas toujours des spécialistes pour nous répondre. »
Sylvie évoque une autre difficulté, celle d’être à la fois
parent et professeur.
Passées
ces réserves, un des deux problèmes principaux réside dans
l’intégration éventuelle au système scolaire. Pour ceux qui
poursuivent l’éducation à domicile jusqu’à la fin du
secondaire, l’admission au cégep se fera, au mieux, sur
présentation d’un portfolio, au pire, après des cours par
correspondance pour adultes pour valider leur niveau. Mais les
familles, pour la plupart, rejettent cette question à des temps plus
lointains, quand le cas se posera à elles. « Cela m’inquiète
plus ou moins », avoue franchement Sylvie, dont l’aîné a 10 ans.
Selon elle, le problème sera résolu d’ici quelques années, du
moins quand son enfant sera en âge d’intégrer le cégep. « De
même qu’aux États-Unis il a fallu plusieurs longues années avant
que l’enseignement à domicile soit reconnu, de même viendra un
temps, au Québec, où le passage d’un mode d’enseignement à
l’autre ne posera plus problème », espère-t-elle. L’intégration
au début ou au cours du secondaire semble, actuellement, présenter
moins de difficultés.
Le
second problème concerne les relations, souvent conflictuelles quand
elles ne sont pas absentes, avec les commissions scolaires. Beaucoup
de familles, par peur de l’incompréhension ou par refus d’un
contrôle de leur choix éducatif par la Commission, préfèrent ne
pas se manifester.
Pour
une éducation sans école
Une
fois écartée la question de la socialisation, une fois qu’on a
tenté d’établir un bilan des avantages et des réserves, l’aspect
éthique pointe le bout de son nez. « Qui a la responsabilité
d’éduquer les enfants ? » s’interroge Thierry Pardo. Qui
transmet les valeurs ? Les parents ? La société ? Celle-ci a-t-elle
un droit de regard sur les messages transmis par la famille ? On peut
penser qu’elle doit en avoir un, puisque les enfants devenus
adultes prendront une part active en son sein. Mais, si l’enfant
est scolarisé en école traditionnelle, échappe-t-il pour autant à
l’emprise parentale ? Que se passe-t-il s’il fréquente une école
privée confessionnelle ? Un enfant ne fréquentant aucune école
n’est, a priori, pas plus à risque de recevoir de « mauvaises »
valeurs qu’un enfant scolarisé. Quant à l’école, elle
transmet, elle aussi, tout un système de valeurs, qui pourrait être
remis en question – et qui l’est souvent par les parents qui
choisissent de ne pas scolariser leur enfant : mise en concurrence
des élèves, évaluation, recherche constante de la performance.
Dans
ce débat, l’étudiant-chercheur de l’UQAM attire également
l’attention sur le vocabulaire utilisé, insistant sur le fait que
l’expression « école à la maison » est inadéquate : « Les
parents qui procèdent à ce choix ne font pas l’école et ils ne
restent pas à la maison. Les mots sont des boîtes à pensées.
Attention de ne pas enfermer ce nouvel espace de liberté que
revendiquent les familles. » Selon lui, il faudrait inventer un
nouveau vocabulaire comme on a inventé un nouveau concept. Il
propose le terme d’« éco-éducation », pour prendre en compte le
fait que les familles utilisent les ressources de leur environnement
pour l’éducation des enfants. Les autres chercheurs qui ont étudié
le phénomène, que ce soit Christine Brabant ou ses références,
font tous état de la difficulté de le nommer.
Édith, elle,
résout le problème en parlant de unschooling. « Il est très
difficile, dans notre société, de se déscolariser. » Refuser
toute référence à l’école, tout vocabulaire lié à l’école.
Thierry Pardo le remarque aussi : question vocabulaire, tout se
rapporte à l’école, à tel point que éducation est synonyme
d’école pour de nombreuses personnes.
Le
regard porté sur les enfants non scolarisés est-il en train de
changer ? L’ignorance, très souvent, est source de rejet ;
l’inconnu fait peur. Plusieurs familles ont expliqué que leur
choix avait surpris, intrigué, mais que le temps avait apporté
comme une évidence. Leur entourage, d’abord sceptique, a vu les
enfants grandir, évoluer, se construire. Des enfants pas moins
ouverts ni moins instruits que leurs camarades scolarisés. Après
tout, l’éducation ne vise-t-elle pas l’acquisition de
connaissances et le développement de l’esprit critique ? À ce
titre, les partisans de l’école institutionnalisée doivent, eux
aussi, faire preuve d’ouverture et s’informer, sans préjugés,
sur des choix différents des leurs.
Que dit la loi ?
Au Chapitre I, Section II (Obligation de fréquentation scolaire), 4e
point de la Loi sur l’instruction publique, l’article 15-4
concernant les dispenses stipule qu’ « Est dispensé de
l'obligation de fréquenter une école l'enfant qui : […] 4°
reçoit à la maison un enseignement et y vit une expérience
éducative qui, d'après une évaluation faite par la commission
scolaire ou à sa demande, sont équivalents à ce qui est dispensé
ou vécu à l'école. » La Loi ne contient aucune précision quant à
l’évaluation. Elle n’oblige pas les familles à une déclaration
auprès de leur Commission scolaire, et encore moins à une demande
d’autorisation.
PAR Anne-Yvonne CHARPENTIER
***
Mes
commentaires:
Je
sais qu'il y a beaucoup de travail derrière cet article écrit
intelligemment et intéressant à lire. Merci Madame Charpentier.
Comme je vous l’écrivais lorsque j’ai reçu votre texte, voici
un commentaire très très personnel : je ne suis pas d'accord avec
cette idée de sacrifices. Quelle erreur selon moi de parler ainsi de
la vraie vie. C'est faire des comparaisons avec la culture dominante
de notre société... loin d'être satisfaisante pour la très grande
majorité. Je trouve dommage de commencer ainsi un article sur le
sujet. Ce dont vous vous doutiez certainement après m’avoir
entendue en entrevue.
Peu
après, vous avez reçu les commentaires des membres du jury. Ils ont
trouvé le sujet très intéressant et bien fouillé mais ils ont
tous regretté que vous n’ayez pas trouvé une personne pour
critiquer le choix de « l’école à la maison »... Je comprends
que le jury aurait aimé avoir un avis contraire (et je me demande
pourquoi) quoique je trouve que les mots de sacrifice sont déjà une
critique. D'un autre côté, je me dis qu'il y a déjà une critique
en le fait que presque tout le monde n'est pas 'pour' ce choix de
vie, à preuve le fait qu'ils ne le choisissent pas. (Par peur, par
empêchement ou de façon circonstancielle mais ils ne le choisissent
pas. Bien sûr, je sais qu’il y a des circonstances qui font qu’on
ne choisisse pas le unschooling, parfois, ou pour un moment.) Ajouter
à cet article une critique sur « l’école maison » qui est
tellement déjà discréditée de toutes parts par le monopole de la
scolarisation obligatoire du MELS et celui de l'inconscient
collectif, bien orchestré par certains dirigeants et les médias...
pas sûre que ce soit très à propos. Les membres du jury
approuvaient probablement ce « pattern » comme je le mentionnais
aussi.
En
fin de semaine, une copine que je n’avais pas revue depuis une
dizaine d'années me disait qu’elle racontait « le courage que
j’avais de faire l’école à la maison à mes enfants ».
Sacrifices,
courage... que de grands mots, chargés d'un sens si lourd, ouf ! Je
ne vois pas du tout les choses comme ça. En fait, le courage que ça
prend c’est celui d’oser être vrai, oser faire autrement que la
culture dominante, oser être soi, oser être libre dans un monde où
trop d’humains sont devenus les esclaves de la société. Le
dictionnaire.com me dit
qu’un sacrifice
est un renoncement volontaire. Allons-y avec cette définition alors.
Oui.
Nous avons renoncé. Volontairement. Mais renoncer à quoi ? Nous
avons renoncé à faire partie de la majorité. Ce qui demande déjà
une bonne dose de confiance en soi - pour moi, c'était surtout en
mon enfant - et une certaine persévérance, il est vrai, car après
ce changement de vie, on nous demandera éternellement pourquoi... ou
comment. Nous avons renoncé à cheminer sur la route tracée des :
naissance, biberon, garderie, école, diplôme, emploi, $, auto,
maison, mariage... enter, copier-coller. Pas facile non plus
parce que, du coup, on se retrouve minoritaire, et pour certains, ce
seul fait est associé à être suspect de quelque chose de nébuleux
sur laquelle personne n’arrive à mettre un nom mais on le sent
bien parfois, hein ? Nous avons renoncé à la facilité de ne parler
que de la pluie et du beau temps – mais surtout du mauvais – avec
nos voisins. Nous avons peut-être renoncé à la carrière et à
l’avancement, ou à avoir un plus gros salaire, une plus grande
maison, ou une piscine, deux autos, restos, et à l’obligation de
garder son job même s’il ne nous convient pas parce qu’il faut
continuer de payer tout ça maintenant qu’on l’a. Nous avons
renoncé à ce rythme de vie qui n’en est pas une, renoncé au
cercle vicieux, à la vitesse, au rendement, à la productivité, à
continuer de servir «l’économie» de notre pays.
«
Vite, avant de retrouver l’usage de notre cerveau »,
Nous
avons renoncé volontairement, oui. Fort heureusement ! Pour nous en
tout cas. Quand j’ai demandé à notre fils son avis sur le
sacrifice, le renoncement volontaire, qu’impliquerait notre mode de
vie, il a répondu tout-de-go :
«
On renonce éventuellement à l’écran 72 pouces qui déforme
l’image de Bernard Derome à la télévision et qui lui mets des
poux dans les cheveux où il n’y en a pas.
On
renonce à la quiétude que nous apporte le fait de ne pas être
avec ses enfants. On renonce au plaisir de travailler avec
des collègues auxquels on peut se plaindre de nos enfants.
Je
pourrais dire qu’on renonce à avoir trois voitures dans l’entrée
mais ça ne fonctionnerait pas parce qu’on en a déjà eu trois...
! ;-)
Il
se peut qu’on ait à renoncer à la roulotte 15 places...
Il
se peut qu’on ait à renoncer à une mauvaise alimentation
puisqu’on n’aura pas nécessairement l’argent pour payer le
dentiste à tout bout de champ. »

Une
chance que je lui ai posé la question, comme ça je peux ajouter un
peu d’humour à mon commentaire un peu trop sérieux. Je continue
quand même sur ma lancée. Parce que j’ai besoin de l’écrire.
Mais, surtout, ne me lisez pas si vous n’aimez pas. Je resterai
votre amie quand même, promis ! Je reviens au courage mentionné par
ma copine et plusieurs autres.
Le
courage, ça en prend juste parce qu’il y a (encore) des gens pour
penser que ça en prend pour vivre. Pour vivre à temps plein. Pour
vivre à temps plein avec nos enfants. Et ça nous en prendra aussi
longtemps que les parents ne prendront pas l’engagement réel qui
vient de facto avec un enfant. Quand les adultes décideront
d’accueillir (oui, je sais, on dit « faire » d’habitude) un
enfant même s’il faut s’en occuper, les accompagner sur le
chemin de la vie, sur le chemin de leur vie, pendant plus de cinq
ans. Alors, on aura fait un grand pas et on ne parlera peut-être
plus de courage. On ne parlera plus de courage, mais d’amour. On ne
parlera plus de sacrifices non plus. Car ce ne sont pas des
sacrifices que nous faisons. Ce sont des choix de vie. Des choix
éclairés. Des choix réellement consentis.
Par
amour,
l’amour
de la vie,
l’amour
de la liberté,
l’amour
de nos enfants
et,
d’abord et avant tout,
l’amour
de nous-mêmes,
suffisamment
pour prendre soin de nous,
suffisamment
pour choisir la vie plutôt que la prison dorée, plutôt que la
peur.
Vive
la vie !
Edith