vendredi 18 octobre 2013

Neurobiologie et éducation - Prof. Dr. Gerald Hüther

En présentation de cette vidéo, André Stern écrit :
Voici la toute première vidéo avec sous-titres français du neurobiologiste allemand Prof. Dr. Gerald Hüther. Une des pierre angulaire de l'écologie de l'éducation que nous sommes heureux de vous offrir.
Son message, d'une importance primordiale pour l'avenir de l'éducation, se doit d'être aussi largement diffusé dans les milieux de l'éducation francophone qu'il l'est dans les pays germanophones.



Un écho aux mots de notre enfant


J'ai été très émue en 'lisant' cette vidéo.
Sans école, sans enseignement, Olivier nous partage, depuis l'enfance, tout ce que raconte ici le professeur Hüther. 
Quelle joie - et quel soulagement - de trouver un écho à ses mots !
La confirmation scientifique de ce qu'il a observé et partagé.
Alors qu'on nous a dit tant de choses contraires, pour ne pas (avoir eu le temps de) voir, d'observer, nous disait Olivier, ce que nous avons vécu, observé, réalisé, est confirmé. 

Comme nos/les enfants le savent, comme je le ressentais depuis ma première grossesse (comme tant d'autres mamans), le Pr. Gerald Hüther l'affirme aussi, la neurobiologie le démontre. Là où André Stern dit que « l'autonomie prend pied dans l'attachement », Gerald Hüther dit que nos besoins de base sont « le lien et la croissance. »

Quelques extraits, après lesquels je poursuis avec mon témoignage.
***
« Aucun de nous ne vient au monde en consumériste, ou en égocentriste brutal et sans égards. Cet état d'esprit est donc une chose qui s'acquiert avec le temps. Et oui, cela s'installe... et la bonne nouvelle pour ceux d'entre vous qui sont éducateurs ou parents, c'est que cela se met en place bien plus tôt que nous ne le pensions jusqu'à présent. »
« Les enfants prennent exemple sur ceux qui réussissent. Donc les enfants deviennent comme nous. C'est la première bonne nouvelle ! Deuxième bonne nouvelle, les enfants viennent au monde avec une ouverture d'esprit incroyable.

Et nous voilà arrivés à un autre point : tous les enfants font, au début de leur vie, et même avant la naissance, deux expériences majeures - vous les avez tous faites aussi, qui sont totalement banales, tant qu'un enfant grandit dans le ventre d'une mère. Il éprouve la croissance d'un part, et, d'autre part, le lien. [...]

[...] et chaque enfant vient au monde avec l'espoir que dehors, il sera, d'une manière ou d'une autre, bienvenu, qu'il trouvera quelqu'un qui le prendra dans ses bras, qui lui offrira proximité et sécurité. Alors, ces enfants vont dans le vaste monde, et font des expériences, les expériences les plus importantes sont toujours celles qui ont lieu quand il est possible de combiner ces deux expériences primitives. On se souvient que ça marchait à l'époque ! Pendant au moins neuf mois, on a pu vivre en même temps le lien et la croissance. Alors on se retrouve dehors, et ce qu'on est ne convient pas tout à fait à la maman, ou au papa, ou à quelqu'un d'autre... on n'est pas accueilli tel que l'on est, des adultes se mettent à vous éduquer de partout, parce qu'ils voudraient qu'on soit comme eux, ou comme ce qu'ils auraient aimé être ou devenir. [...] »
- Prof. Dr. Gerald Hüther

***
La souffrance de l'exclusion
Cette phrase, ci-dessous, presque mot pour mot, et tout le paragraphe, m'ont poignée aux tripes; j'entendais la voix de Olivier, qui le dit depuis si longtemps.
« Les mêmes circuits neuronaux s'activent quand on nous inflige des souffrances corporelles. Autrement dit, notre cerveau réagit de la même manière lorsque nous sommes exclus d'une communauté que lorsqu'il repère un dérangement dans notre relation avec notre corps. Quand ça ne va pas dans le corps, ça fait mal. Quand ça ne va pas dans notre relation avec l'autre, ça fait mal aussi. Le même système, et dans les deux cas, ça fait mal, et il nous faut une solution, et voilà nos tout-petits déjà contraints de trouver une solution bizarre, et si les adultes ne leur montrent pas à quoi pourraient ressembler ces solutions - nous pourrons discuter un peu plus tard de ce à quoi elles pourraient ressembler - si nous ne leur montrons pas, probablement parce que nous l'ignorons nous-mêmes, à quoi pourrait ressembler une solution pour être à la fois lié et libre, et bien, alors, ils souffrent...

Et comme il est insoutenable de souffrir tout le temps, nous avons besoin dès notre plus jeune âge - et plus tard en tant qu'adulte, à chaque fois que nous ne pouvons pas recevoir ce dont nous avons besoin, de trouver quelque chose qui nous permette de le supporter. Quand on ne reçoit pas ce dont on a besoin, on prend ce qu'on arrive à prendre. Et à chaque fois qu'on y arrive, on est un peu contenté. 

Et cela active dans le cerveau ce que les neuroscientifiques appellent le centre de gratification. À chaque fois qu'on s'enthousiasme pour quelque chose, et ce sur quoi on s'enthousiasme importe peu au cerveau, il y a ce qu'on appelle des transmetteurs neuroplastiques qui se déversent, et ces transmetteurs neuroplastiques sont comme de l'engrais pour le cerveau, mais ces neurotransmetteurs, lorsqu'on nous fait apprendre l'annuaire par cœur ou bien ... lorsqu'on reçoit les conseils de gens avisés ... ils ne sont pas déversés. Ces transmetteurs neuroplastiques ne se déversent que lorsque les centres émotionnels sont activés dans le cerveau et pour qu'ils soient activés, il faut que quelque chose vous prenne aux tripes, il faut que quelque chose vous soit particulièrement important... »
- Prof. Dr. Gerald Hüther


Chercher un espace de communication vraie
Olivier et Jérôme apprécient et cherchent toujours, partout, un espace de communication vraie avec chacun.
Comme chacun de nous, n'est-ce pas ?

Ils ont besoin de voir leur entourage, et tous les humains, partout, s'enthousiasmer toujours, pour autre chose de plus ...vivant !
Comme chacun de nous, n'est-ce pas ?

Il arrive à tous ceux qui ont grandi sans ce que le Prof. Hüther appelle 'lien et croissance', de souffrir parfois parce que ces besoins n'ont pas toujours été satisfaits.
Ces besoins pour lesquels Olivier, d'abord, puis Jérôme, ont le plus souvent refusé les substituts et osé l'exprimer. 

Forts et courageux, ils poursuivent, parfois timidement, malgré une certaine crainte d'être de nouveau incompris (on ne craindrait pas quand on ne l'a pas été) mais éternels amoureux de la vie, du vivant, ils osent la vie.
Et comme ils nous inspirent !


La problématique : tous les avis se valent. Vraiment ?
Si les mots de cette vidéo m'ont tant touchée lorsque je l'ai 'lue' la première fois, c'est aussi qu'il est arrivé des difficultés de communication avec l'entourage, avec des gens que nous aimons beaucoup ou d'autres que nous connaissions moins. Sur les listes de discussions de parents, aussi, comme vous le savez si vous en avez fréquentées.

Vous l'avez peut-être vécu, vous aussi, ce moment où nous sentons bien qu'après avoir abordé le sujet d'eux-mêmes ET demandé notre avis, certains ne veulent pas entendre / voir... parce qu'ils ont... mal...

Cette douleur, chez l'autre, nous touchait aussi.
L'ayant vécue, nous la comprenons.
Et puis, tout naturellement, l'humain est touché par le mal-être de l'autre, il veut aider, soulager... aimer.

Alors que nous tentions, peut-être maladroitement parfois mais toujours avec amour, de témoigner de ce que nous avions observé longuement, étudié, comparé avec le vécu de tant d'autres familles, certains voulaient réfuter : ce n'était 'que' notre vécu personnel; ça ne s'appliquerait pas à tous; chacun a son avis; ou encore toutes les opinions se valent... 
Les résultats étant différents - particulièrement à long terme - il serait pour le moins étrange d'affirmer que toutes les opinions, tous les choix de vie, se valent, n'est-ce pas ? Vous avez déjà entendu ce genre de choses, vous aussi ?
  • Toutes les approches/méthodes en éducation (à l'école ou en famille) seraient équivalentes;
  • Tel enfant est exceptionnel, ou doué, ou aventureux, et tel autre plutôt paresseux, moins talentueux, ou peureux;
  • On ne naît pas tous 'pareils';
  • Les difficultés rencontrées pourraient être dues aux vies antérieures;
  • Le fait d'être 'méchant', 'agressif', 'violent', est 'naturel' chez l'humain. Ou chez le garçon (sexisme, quand tu nous tiens!)
  • L'agressivité chez l'humain est semblable à celle d'autres animaux carnivores qui se battent et/ou tuent pour se nourrir.
On a même entendu, et pas qu'une fois, que ce ne serait pas ok de soulever une problématique, de regarder les choses en face, si on ne pouvait pas, du même coup, apporter la solution, 'guérir' chacun instantanément ! (Ah ! si on avait le neuralizer des MIB !) Bref.

Une solution : rester connecté
Nous avons continué d'observer les faits, de voir que notre instinct ne nous trompait pas, qu'il nous indique que ce que nous vivons et observons - et les hypothèses que nous en tirons - était réalité, science donc, et non pas croyance: quand un enfant n'est pas heureux, ou ne veut pas apprendre ou faire ceci ou cela, ou semble 'doué' ou son contraire, le 'problème' n'est pas l'enfant. L'enfant n'est pas un problème. L'enfant n'a pas de 'problème'.

(Re)connaissant la souffrance de l'interlocuteur, et toujours emplis d'espoir, nous cherchions sans relâche une façon de dire les choses pour 'aider'. Éviter que les gens souffrent.
Je ramène au 'je', à moi.
Comment me suis-je assurée que je vis l'émotion qui me vient, sans la réprimer ou être tentée d'imaginer que cette douleur intérieure vient de l'autre ?
J'ai trouvé des choses qui aident. D'autres m'y ont aidée. Je les ai partagées, sur notre liste de discussion et ici, entre autres.
Rester connecté à l'enfant. À ce qu'il nous dit, nous montre. Rester AVEC l'enfant.
Au besoin, si l'émotion est forte, s'étendre au sol, respirer à fond, jusqu'au ventre. Regarder le plafond ou le ciel, là où ce n'est pas encombré. Ne pas résister. Ne pas réprimer l'émotion. Comme elle vient, elle va. Pas besoin de mots pour l'exprimer. L'air suffit.


Retour au début : l'accueil à l'enfant
Portée par le plus grand enthousiasme que j'aie jamais vécu - et toujours bien vivant - celui du bien-être de ces enfants que nous avons accueillis, du respect de qui ils sont, de relations heureuses avec eux et avec le monde autour, je suis, comme eux depuis leur naissance, toujours en mode 'recherche active', alerte à tout ce qui vit, se dit, se partage, sur le sujet. De la vie.

Toutes ces questionnements que nous avons, entourant l'humain, l'enfant, ses apprentissages, son bonheur, ou ce qu'on appelle dans notre culture les 'troubles' de développement, tout prend racine dans la façon dont on accueille le petit humain, dès la naissance.

Et cet accueil, il ne repose pas 'que' sur la maman et le papa n'est-ce pas ? 
Et cet accueil commence avant la naissance car il est déjà humain et vivant ce petit dans le sein de sa maman, n'est-ce pas ?

Enfin, si vous avez apprécié cette conférence, je suggère que vous la partagiez à votre tour. Afin que nous puissions tous, enfin, vivre heureux ENSEMBLE, comme le désirent nos enfants - tous les enfants, donc nous tous - depuis toujours.

Merci !

Édith

2 commentaires:

BénéBretagne a dit…

Merci pour cette vidéo ! Quelle démonstration. C'est tellement précieux que les scientifiques et pédagogues puissent mettre des mots, des explications sur nos ressentis de mamans, de parents, d'enfants. Merci pour ce partage. @u plaisir d'autres discussions, d'autres partages...

Ben a dit…

Bonjour,

Je trouve votre article très intéressant. Je suis moi aussi tombé sur cette vidéo il y a quelques temps (après vous), et elle m'a ouvert les yeux. Vous, elle vous a confirmé ce que vous pensiez déjà, mais moi elle m'a ouvert les yeux, dans le sens ou elle a mis certains mots sur des souffrances inconscientes.

J'ai été victime de l'école, ce système ou on m'a fait apprendre certaines choses, sans prendre la peine de savoir si j'en avais envie, si j'avais de l'enthousiasme pour cela. Et si jamais je ne faisais pas mes devoirs, si jamais je parlais (!) en classe, et de toute façon c'est comme ça partout, et bien c'était la sanction. Apprendre sous la contrainte, voilà ce qu'a été l'école pour moi.

Cette vidéo m'a aussi, encore une fois, confirmé que l'être humain né bon. Il devient "méchant", "agressif", comme vous l'avez écris, seulement s'il a subi de la maltraitance, et qu'il n'a pas pu exprimer librement ce qu'il ressentait, car c'était interdit.

Je trouve votre commentaire très beau, on voit l'amour que vous portez à vos enfants, et ce que le respect que les parents accordent aux enfants leur procure : la liberté (entre autres). Ils peuvent ainsi rester des être intègres et honnêtes, qui ne peuvent et ne veulent trahir ce qu'ils ressentent, et qui ne se laisseront jamais piéger par la morale, etc.

Merci pour votre partage, Benoît.

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