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vendredi 6 août 2021

Michèle et Arno Stern : une vie d'évidences - Interview exlusive

Dans cet entretien croisé, inédit et illustré d’images jamais publiées, Michèle et Arno Stern parlent du passé, du présent et de l’avenir de leur œuvre. Il s’agit de la première interview publique accordée par Michèle Stern. L’entretien a été réalisé, à leur demande, le 1er juillet 2021 à leur domicile, dans le Poitou (France). ©️IRSE Arno Stern, août 2021 www.arnostern.com www.irsearnostern.org 

Et la petite contribution J'OSE la vie : celle d'avoir présenté le Dr. Michel Odent à Arno Stern, et cette photo prise alors qu'ils discutaient, tous les deux (de Frédéric Leboyer, entre autres), le samedi soir, au milieu du premier congrès Écologie de l'enfance, en 2014, à Montréal: un événement international nouveau et inédit, que nous avons organisé, toute notre famille, en collaboration avec André Stern, et avec le soutien de Charlotte Cauchies et de quelques amies bénévoles. <3

lundi 18 décembre 2017

Tout naît de notre accueil à l'enfant (petit ou grand)

Ce matin, facebook me rappelait une des mes publications de 2012.

Après cette journée de cuisine traditionnelle de nos beignes en famille, j'en ai fait une brève traduction, que j'ai choisi d'accompagner d'une photo que j'ai prise à Montréal en mai 2013. J'ai plus tard appris que cette sculpture est de l'artiste Léa Vivot, et qu'elle s'appelle... Mother and child.

J'OSE la vie ! - journaljose.blogspot.com


Comme vous savez, tout mon travail, toute ma vie - c'est la même chose - de maman, de blogueuse à J'OSE la vie!, d'autrice, de photographe, de citoyenne engagée, de responsable et d'idéatrice du congrès Écologie de l'enfance, tout, absolument tout, naît de cette certitude inscrite dans mon instinct depuis que je suis devenue maman (ou depuis toujours ?) que tout ce que chacun.e vit à chaque instant naît de l'accueil reçu à chaque instant. Et la science ne fait que continuer de nous le démontrer.


Si vous ne suivez pas notre page facebook, je dépose ici quelques liens et extraits d'articles sur le sujet que j'y ai partagés récemment :

Allaitement, un homme en parle - par James Akré, sociologue de formation et promoteur de l'allaitement
L'allaitement ne nous rend pas plus intelligents ; c'est plutôt le non-allaitement qui nous empêche d'atteindre notre potentiel d'intelligence. Les bébés humains ne réaliseront jamais leur potentiel génétique en ingérant du fast-food pédiatrique - je parle là des laits industriels (29) - fabriqué à partir du lait d'une espèce qui nous est étrangère.
Il n'y a pas de bénéfices de l'allaitement, il n'y a que des degrés variés de risque, pour la santé des mères et des enfants, à ne pas allaiter. En fait, vanter les « bénéfices de l'allaitement » n'a pas plus de sens que vanter les « bénéfices de marcher debout sur deux jambes ». Tous deux sont des traits qui définissent - ni plus ni moins - ce que c'est qu'être humain.
D'ailleurs, en parlant de marcher debout, il est peu probable que prôner l'exercice physique soit vu comme une tentative d'humilier les personnes en fauteuil roulant. Pourtant, certains observateurs ne se gênent pas pour clamer que le but réel de la promotion de l'allaitement est de culpabiliser les mères qui donnent le biberon.

Yes, it's Your Parents' Fault
N'ayez crainte, malgré un titre accrocheur, l'article n'est pas moralisateur. D'ailleurs, il faut bien en parler parce que chaque fois qu'on aborde le sujet de notre attitude face à l'enfant, on semble nager en pleine épouvante - peur de la culpabilité. Personnellement, une fois l'émotion respirée, (oui, la peur est une émotion), je trouve bien au contraire que c'est responsabilisant, que ça permet de reprendre chacun.e notre autonomie. Se permettre enfin de regarder clairement les faits, et agir, n'est-ce pas un pas majeur vers ce retour à soi que nous valorisons tellement dans nos sociétés ?

By the end of our first year, we have stamped on our baby brains a pretty indelible template of how we think relationships work, based on how our parents or other primary caregivers treat us. From an evolutionary standpoint, this makes sense, because we need to figure out early on how to survive in our immediate environment.

“Our attachment system preferentially sees things according to what has happened in the past,” said Dr. Amir Levine, a psychiatrist at Columbia University and the co-author of the book “Attached,” which explores how attachment behaviors affect the neurochemistry of the brain. “It’s kind of like searching in Google where it fills in based on what you searched before.”
Et mon préféré (quand des chercheurs découvrent et démontrent ce que nos enfants nous ont montré, ce que nous avons vu et vécu depuis des décennies...) :
How often you hold your baby actually affects their DNA, study finds
A loving mother’s caress is more than simple comfort to an infant. Scientists have known for decades that touch is critically important for a child’s healthy development, according to an article in the journal Pediatric Child Health.
But now a new study shows that the amount a baby is touched can leave lasting, measurable effects — not just on behavior or growth, but all the way down to the molecular level of the DNA. Those changes, the scientists speculate, could have negative effects on the way the child grows and develops.

Read more here: http://www.miamiherald.com/news/nation-world/national/article186889938.html#storylink=cpy

Sur ce, je vous souhaite bonnes lecture. De mon côté, j'essaie de revenir à moi, cad de retourner à mon écriture un peu délaissée par tout le travail de la première tournée d'Ophélie Véron au Québec. Je ne vous dis pas sur quel sujet j'écris, si ce n'était pas déjà une évidence, je viendrais de le dire dans ce billet. ;-)


Et je vous dis, à bientôt j'espère, avec une ou deux bonnes recettes de beignes ... véganes évidemment ! :-)


Édith

P.S. Au cours de cette tournée avec Ophélie, on nous a demandé à quelques reprises quel était le 'lien' entre nous / notre travail respectif. Si vous vous posez aussi cette question, je vous dirige vers ce billet qui explique assez bien, je crois : La dignité des faibles

extrait :
« Lorsque nos enfants étaient petits, nous les avons respectés de plus en plus à mesure que nous sommes devenus plus attentifs à eux qu'à qui ou quoi que ce soit d'autre. Respect pour leur rythme, leurs besoins, leurs enthousiasmes, leurs choix. »

jeudi 24 octobre 2013

Défi allaitement 2013 à Québec avec Dr. Jack Newman

C'était le 14 septembre 2013, à Place Laurier, qu'avait lieu le 8è Défi Allaitement à Québec

Dr. Jack Newman
Le porte-parole de l'événement cette année était le Dr Jack Newman, un pédiatre canadien qui soutient l'allaitement depuis 1984, autant comme médecin que comme papa.

C'était la première fois que j'y assistais. Je m'y suis inscrite en tant que bénévole. Il y a plus de dix ans déjà, notre plus jeune se sevrait naturellement. 

Dès l'arrivée, on m'assignait la tâche de me balader aux côtés d'Adeline, pancartes à la main, d'abord pour annoncer l'événement aux passants - qui, à cette heure matinale, visitaient principalement le Salon Nouvelle Maman - mais aussi pour diriger les familles qui venaient s'inscrire au Défi. Parce qu'on y fait un décompte sérieux et on remet un certificat de participation à toutes les mamans participantes. Une initiative plutôt chouette, qui semble offrir une belle visibilité à l'allaitement. Après un peu plus d'une heure de randonnée en centre commercial, nous avons rejoint les mèrenfants et l'équipe au 3è étage pour y entendre les présentations par le comité d'organisation du Défi, suivi de celle de Manon Méthot, IBCLC
journaljose.blogspot.com - Photo: J'OSE la vie !
Valérie Lessard, Dr. Jack Newman, Manon Méthot - Défi Allaitement 2013 (photo: J'OSE la vie !)

Ça faisait drôle de revoir Manon, maintenant à la Direction de la Santé Publique, cette maman qui, aux côtés de Marie-Josée, puis Joyce, offrait ces rencontres LLL où nous allions en famille. Monik St-Pierre, aussi de la DSP, a prononcé quelques mots encourageants. Demandant combien de papas et de grand-mamans y étaient, elle les a remerciés et félicités chaleureusement, confirmant que les études démontrent qu'ils sont les plus importants soutiens à l'allaitement. Ce soutien est aussi essentiel qu'inestimable. Je l'avais souligné ici.


A suivi une brève présentation par Dr Newman, qui a commencé par ces mots :
« Vous qui allaitez, vous qui soutenez l'allaitement, c'est vous qui en connaissez le plus au sujet de l'allaitement. Vous en savez plus que les médecins. Je suis médecin. Les médecins ne savent pas. Les pédiatres encore moins. »

Devant nous, il s'est rappelé ce cours en pédiatrie sur le sujet de la nutrition infantile où le prof avait dit « que le lait maternel était toujours à la bonne température et venait dans de si jolis contenants. » Se questionnant sur la réception qu'aurait aujourd'hui une telle déclaration, il a dit que c'est à peu de choses près tout ce qu'ils ont entendu au sujet de l'allaitement. Puis, il a abordé un peu ses débuts, au CHUL, juste en face. Coïncidence amusante.

Il y avait tant de mamans qui cherchaient un siège qu'on a du demander aux papas, grands frères, grandes sœurs et grand-parents de céder le leur. Ce qu'ils ont fait rapidement, bien sûr. Tout en écoutant le plus attentivement possible, j'aidais une maman à trouver un siège, et Adeline au 'parking de poussettes' créé pour l'événement. 

photo: Défi Allaitement Québec 2013
Le grand moment
Des bénévoles s'étaient partagées des sections pour le décompte. C'est le Dr. Newman qui a fait l'annonce: un nouveau record... 192 !
Un record ?
En rentrant cet après-midi là, une amie bénévole impliquée dans le milieu de l'allaitement depuis plusieurs années me disait, au téléphone, qu'il y avait eu beaucoup plus de mèrenfants lors des Défis qui avaient eu lieu à Place Fleur-de-Lys, quelques années plus tôt. Comme le confirme cet article du Québec Hebdo, en octobre 2006, où on peut lire que:

Les mamans brisent un record d’allaitement

« Le lait a coulé à flots le samedi 30 septembre dernier au centre commercial Place Fleur de Lys à Vanier alors que 432 mères ont participé au plus important «allaite-thon» tenu dans la région depuis 2000.

L’événement hors du commun, baptisé «Record Allaitement – Défi 2006», avait pour principal objectif de faire la promotion de l’allaitement maternel et de sensibiliser la population à faire preuve de tolérance à l’endroit des mères qui allaitent. L’autre objectif spectaculaire était quant à lui de battre le record du plus grand nombre de femmes allaitant simultanément au même endroit.

En 2000, lors d’une activité similaire, 237 femmes s’étaient prêtées à l’exercice. Six ans plus tard, le record a été battu sans grande difficulté alors que près du double de femmes ont répondu à l’invitation. En effet, 432 mères accompagnées de leur bébé se sont donné rendez-vous au centre commercial. »
Nous étions d'accord: ce n'était peut-être pas un record 'record', mais c'était quand même pas mal de réunir 192 mamans allaitantes au même endroit, en même temps, ne trouvez-vous pas ? 
Quand j'en ai parlé à Bénédicte qui, de son côté, organisait 'la grande tétée' chez elle, à Lorient, elle m'a semblé être agréablement surprise. Tout comme je l'avais été. Car au-delà du nombre, c'est le message et le soutien qui comptent, bien sûr.


Soutien
journaljose.blogspot.com
Chandail noir et brassard jaune - Photo: Défi Allaitement Québec 2013











































J'étais aussi enthousiaste d'entendre la conférence de Dr. Newman que d'aider les parents qui cherchaient leur poussette dans le 'parking'. Chandail noir - tel que demandé - et brassard jaune au bras, j'ai apprécié que ce 'titre' de bénévole de l'événement me permette d'offrir mon aide à quelques parents-enfants un peu fatigués, mais combien courageux de s'être déplacés là plutôt que d'être tranquillement restés à la maison un samedi matin. Dans un lieu public, tel que cet immense centre commercial, ce n'est pas toujours facile. Il y a un bruit incroyable, des gens qui parlent, qui marchent, tout autour. Sans compter le son du micro, des annonces, ouf ! Facile de comprendre qu'un tout-petit ait plutôt envie/besoin du sein tout chaud de maman pour être nourri, réconforté, ou des bras chaleureux de papa pour observer le monde en toute sécurité. Comme Jean Liedloff l'a dit: au lieu de revenir des courses avec l'enfant dans la poussette, il vaut mieux mettre les courses dans la poussette et porter l'enfant.

Motivations
Est-ce du courage ? De l'amour ? Qui a conduit ces mamans (et familles) à se réunir hors du foyer familial ce samedi-là ? Une chose m'a parue évidente: c'était pour être 'ensemble'. 

C'est pour se soutenir les unes les autres, POUR et AVEC leurs enfants, qu'elles font cela, les mamans. Et les papas et grand-parents aussi, bien sûr.


Notre aîné l'a observé tout au long de l'enfance: le premier besoin de l'humain n'est pas l'air, l'eau ou la nourriture, mais le lien. La famille. La 'tribu'. C'est essentiel, on ne peut vivre sans. Au point où, dans une situation qui va à l'encontre du flot de la vie, dans un environnement contre-nature, l'humain peut se soumettre, et tolérer jusqu'à l'intolérable pour ne pas être exclus. L'humain veut être reconnu comme un bon humain, un humain correct. Pourtant, lorsque la connaissance - et la reconnaissance - de notre 'groupe' en matière d'attachment parenting est suffisant, on ne ressent pas ce 'besoin'. Comme le disaient nos enfants, Jean-Pierre Lepri l'a écrit : si le besoin se fait sentir, c'est qu'il y a un manque. D'une chose, qui, pourtant, devrait être là. De même, dans cette culture un peu déconnectée de la nature humaine dans laquelle on vit, au Québec, en ce moment, la maman veut être une bonne maman, et reconnue comme telle. Elle veut suivre son instinct en allaitant son enfant et recevoir en retour, en plus du lien gratifiant et de l'amour mutuel qui en découle - qui, autrement, lui sont amplement suffisants -, le regard bienveillant de l'entourage, le soutien de sa communauté. Rien de plus légitime. Et facile à faire. Alors, accordons-le lui ! :-)

Au nombre des motivations à participer à ce Défi, je vois aussi que bien des mamans ont besoin d'une information juste, basée sur des faits. Ce qui leur tiendra ensuite lieu d'encouragement, de soutien. Pour certaines, ce sera aussi le tremplin qui leur permettra d'en poursuivre la diffusion.

journaljose.blogspot.com - Photo: Dominique Richard
Avec le Dr. Jack Newman (Photo: Dominique Richard)
Pour moi
Maman d'un premier bébé allaité un trop bref moment, et d'un second petit allaité... des années, c'était l'opportunité de revenir un peu sur mon vécu. Et de me faire bénévole pour l'allaitement, chose qui me tenait à cœur depuis longtemps. Des monitrices LLL m'avaient demandé à quelques reprises de faire la formation pour devenir marraine d'allaitement. Chaque fois je refusais, timidement, sentant que je ne pouvais offrir à d'autres le temps que je désirais vivre AVEC mes enfants. D'autres y arrivent, et c'est tant mieux. En 1998-99, je ne le sentais pas. En 2013, je l'aurai fait, le temps d'une journée, plus quelques heures pour en témoigner ici. Et puis, comme toutes celles qui le vivent, j'en témoignais chaque jour.:-)
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Extraits de la conférence de Dr. Jack Newman:
à venir dans un prochain billet.

Images et mots

Merci à l'équipe du Défi Allaitement Québec 2013 qui a fourni les images de ces charmantes dyades que j'ai eu le plaisir de côtoyer ce jour-là. Pour d'autres images, visitez la page facebook de l'événement, ou cliquez ici. Radio-Canada était sur place. 
En terminant
Un soir où je travaillais à la rédaction de cet article, je suis tombée sur un extrait de ce témoignage, et j'étais d'accord avec ceci:
J’ai lu, dans un excellent article publié par la Gazette des femmes, une phrase qui m’est resté en tête: «la cause à défendre ne doit plus être celle de l’allaitement, mais celle des femmes qui allaitent». Je ne pourrais être plus d’accord. Au lieu de faire de gros yeux à celles qui en arrachent, assurons-nous d’abord comme société de leur fournir toute l’aide dont elles ont besoin. Je suis certaine que ce serait plus efficace pour faire monter le pourcentage de bébés allaités. Mais surtout, ça réduirait grandement la détresse que vivent plusieurs mères dans ces moments de leur vie où elles sont si vulnérables. On leur doit bien ça, non?
J'y ai répondu ceci, sur la page facebook de J'OSE la vie !:
« J'appelle à la reconnaissance familiale et sociale, du 'métier' (de la vie) de maman. J'appelle à la reconnaissance du besoin des mamans de notre culture aujourd'hui de renouer avec la nature humaine, notre nature de mammifère. 
J'appelle tous ceux qui les entourent, la famille d'abord, les grand-parents, les tantes, les amies, les voisines, les cousines, (au masculin aussi) à offrir aide et soutien, à assumer tout le reste: tout ce qu'une maman n'a pas le temps ou pas envie de faire, et ce pendant toutes ces années où elle allaite son enfant.
Ne vous en faites pas, elle aura bien le temps et le désir de faire bien d'autres choses, et de reprendre, ou créer, de nouvelles activités qui auront un sens pour elle et son enfant, et sa famille. Vous n'en ferez pas des 'enfants gâtées' parce que vous faites l'entretien de la maison, les repas, la lessive, les courses, ou changer les couches, je vous assure.
J'appelle à une vraie vie vivante, au 'vivre ensemble', mèrenfants, familles, tribus. Tous heureux ensemble ! comme le disent mes enfants depuis si longtemps, si longtemps. »
Édith
P.S. Pendant ce temps, Bénédicte témoignait de son quotidien de maman qui allaite son enfant, sur le blog mamanana. À publier ici bientôt, le temps de trouver une ou deux autre(s) photo(s)... et du temps. ;-)

vendredi 14 décembre 2012

Une semaine avec Awena - en images

Awena aime bien les fermetures éclair
Le cornet de glace
la pomme

le petit chaperon rouge... et bleu, avec son panier... de tomates
regarder Stéphane laver la vaisselle
charmantes mère et fille 
Mannequin, déjà
concert gratuit pour tous
papa à la flûte nous joue des airs bretons et irlandais
maman l'accompagne à la flûte traversière
Sont-tu beaux un peu hein!
Père-fils aussi n'est-ce pas?
Oh, le bébé d'Awena
Mais, que fait-elle donc ? 
Elle joue à la cachette, peut-être... 
Mais non, elle compte. 
Elle compte les jours avant de revenir nous visiter. ;-)


jeudi 9 décembre 2010

Des enfants gâtés - histoire vécue

image: J'OSE la vie - journaljose.blogspot.com

Hier, j'avais quelques achats à faire et un chapeau à retourner à la friperie. Superbe couleur, je l'adore... mais ça ne va pas mais alors pas du tout avec mon manteau. Ça "tranche" beaucoup trop, comme dit mon chum. Il a raison. J'aurais bien voulu colorer mon manteau pour que ça "fitte", comme on dit "icitte", mais ce n'est pas possible. Tant pis !

Donc, j'arrive à la friperie. J'entre. J'entends un bébé qui pleure. Un petit bébé, c'est évident. Il pleure, et pleure, et pleure. Chaque fois, ça me fait si mal d'entendre un bébé pleurer et de sentir son désarroi car un bébé qui pleure, c'est un humain qui a un besoin et qui l'exprime de la seule façon qu'il peut le faire. C'est un appel à l'aide, en général un appel à sa maman pour le lait, la chaleur, le soin, le réconfort du sein maternel.

Donc, ce bébé pleure et je vois trois adultes qui suivent le cart sur lequel est déposé le bébé dans son siège auto. Trois adultes. Le père d'abord, puis la mère qui souffre en silence - ça se sent, vous le savez si vous avez déjà vécu un tel instant - et un autre homme, peut-être le frère du père, ils se ressemblent. Le bébé pleure toujours. De plus en plus fort. Le père se met dans la file pour la caisse, suivi des deux autres. Je suis juste devant et il y a déjà trois dames avant nous. Bébé pleure, bébé pleure, il s'époumone et on sent la tension monter dans tout le magasin.

La caissière, les clientes devant moi, toutes baissent les yeux, regardent ailleurs, comme chaque fois que j'ai vu ce genre de situation se produire. On baisse les yeux, on détourne le regard, on fait semblant de ne pas savoir qu'un être humain est en détresse, qu'un bébé totalement dépendant de l'aide d'un adulte est en pleine crise, on ne regarde pas les parents pour que surtout, ils ne se sentent pas mal à l'aise, car on croit que notre regard - ou pire peut-être un mot de notre part - va les précipiter dans la culpabilité ou la honte. Comme si ça pouvait être notre faute que les parents d'un enfant malheureux décident de ne rien faire. On a bien appris, tout enfant qu'on a été un jour, qu'on ne doit pas mettre mal à l'aise les pôvres parents d'un bébé qui pleure ou d'un enfant en crise, hein ! Ça ne se fait pas. Surtout pas en public. Surtout toujours protéger les adultes, les "couvrir" et faire semblant que l'enfant va bien, que c'est "mignon" un bébé qui pleure, un enfant en larmes. On peut faire un sourire entendu mais se taire. Ou encore lancer une blague sur le petit humain, se couvrir entre adultes et laisser tomber les enfants. Tant pis pour ces petits qui ne sont pas encore des humains, après tout... ouille, quelle horreur !

Pourtant, pourtant, quand un bébé va mal, les parents vont mal, tout le monde le sent et tout le monde va mal. Ce n'est que l'éducation qui fait que les parents ne bougent pas et ce n'est pas la faute des gens autour s'il se sentent mal à l'aise de leur inaction. Voyons donc !

En tout cas, moi, dans une telle situation - et j'en ai vécu souvent, vous aussi peut-être ? - je me sens mal. Très mal. Je me sens coupable de ne rien faire, de ne pas agir, de ne pas porter assistance à une personne en détresse.  Particulièrement quand il s'agit d'un tout petit être entièrement dépendant des adultes qui l'entourent et qui ne voient pas à ses besoins. Ses besoins à lui, pas leurs besoins à eux. Eux, ils sont adultes, qu'ils se comportent comme tel.

Et le bébé pleure, et pleure... et moi, je cherche le courage et la sagesse. Je cherche en moi et je me sens combien seule. Mais cet enfant aussi et en plus, il est petit et dépendant, alors il me faut agir. Vite ! Je cherche le courage d'affronter la situation, de dire quelque chose aux parents pour qu'ils se décident à prendre soin de cet enfant qu'ils ont mis dans ce monde. Et la sagesse de trouver les bons mots, ceux qui vont les inciter à faire quelque chose d'intelligent (heartsmart), ceux qui vont éviter de les provoquer. Je sais par expérience que parfois, les adultes face à leur bêtise deviennent plus bêtes encore. Il ne faudrait pas que le père se mette en colère, lui qui en ce moment, parle au bébé qui pleure si fort depuis si longtemps en lui disant "ben non voyons, ça va, pas besoin de pleurer, c'est d'même, faut attendre, c'est chacun son tour, calme-toi", d'un air nonchalant et sans même toucher son enfant. Il semble le dire pour le public, pas pour son enfant. Aucun contact. Aucun sentiment. Aucun sentiment qui puisse se voir, se sentir, en tout cas. Et si ça ne se voit pas et ne se sent pas un sentiment d'amour pour son enfant, alors c'est qu'il n'y en a pas... ou alors peut-être un timide sentiment bien pauvre et sous-alimenté.  Et le pauvre petit pleure si fort que c'en est déchirant et que je tente de trouver vite, vite, un peu de courage. Et voici ce qui s'est dit:

  • "Vous n'avez pas peur qu'il s'étouffe ?" que je dis tout doucement, pour tâter le terrain.
  • "Ben non, voyons, elle pleure, c'est normal, vous en faites pas, je connais ça les bébés, j'ai trois enfants, moi" me répond-il en avançant le bébé pour que je vois son visage.
  • "Moi aussi, je suis mère. Elle pleure très fort, elle commence à se pâmer, c'est dangereux qu'elle s'étouffe. Pourquoi vous ne la prenez pas dans vos bras ?" que j'ose...
  • "Ben non, vous savez ce que ça fait si on les prend dans nos bras."
  • "euh...." que je sourcille tout en répondant à la caissière en même temps pour le remboursement du chapeau rouge.
  • "Ben, ça fait des enfants gâtés !" clame-t-il haut et fort.
Là, je bouille, je vais sauter les plombs si j'entends encore quelqu'un dire ce genre de stupidité. (si j'en ai le courage... ce que je suis poule mouillée parfois) Non mais, dans quelle société on vit si on croit encore en 2010 que les enfants ça se gâtent si on en prend soin ? C'est pire que n'importe quoi, c'est de l'incitation à la violence ce genre de phrases débiles.
  • "Mais non, les enfants ne deviennent pas gâtés si on en prend soin", dis-je le plus calmement possible.
  • "euh..." de la part du père cette fois.
  • "Non, ce qui gâte les enfants, c'est de ne pas en prendre soin, c'est comme avec les fruits. Les fruits gâtés sont ceux qu'on a laissés de côté, ceux dont on ne s'est pas occupés...et ils pourrissent" dis-je en répétant comme un perroquet cette phrase apprise aux rencontres de la LLL, il y a déjà si longtemps. Fiouf! (pourquoi je lui ai pas parlé de cette études qui dit que les bébés dorlotés font des adultes plus heureux, moins stressés..., pourquoi je ne trouve pas les mots quand il y a urgence...)
  • "ouain, vous avez raison" fait le père en demandant à la caissière si elle a interac.
Comme cette dernière répond qu'ici, on ne prend que l'argent comptant, il regarde l'autre homme qui les accompagne et ce dernier décide qu'ils vont revenir après être passés au guichet. Et enfin, ENFIN, le père de trois enfants se décide à détacher le siège du cart et soulève cette petite qui a tout au plus un mois de vie pour sortir du magasin... et immédiatement, la petite arrête de pleurer. Elle n'en demandait pas trop, n'est-ce-pas ? Pauvre enfant ! Un dur moment pour l'humanité qui s'achève. Enfin, j'espère.

Pendant tout ce temps, je me suis aussi intéressée au mutisme et au visage pourpre de la mère qui semblait souffrir autant que son bébé dans le plus grand silence, dans l'oubli, elle aussi. Pourtant, elle est adulte maintenant, elle est mère maintenant, elle a un enfant. Alors, il lui faut trouver le courage, la force de parler, de s'affirmer, de prendre soin de son enfant, quoi! Des adultes, ça? Sûrement pas. Des enfants blessés, immobilisés. Des enfants blessés pendant leur propre enfance, meurtris par le manque de soins eux aussi. Leur corps a vieilli, rien d'autre n'a maturé. Des enfants laissés pour compte comme des fruits au fond d'un panier. Des enfants gâtés...
Édith