mercredi 5 mai 2010

La Grande Déviation

Ce matin, je parlais avec notre voisin à nouveau (on le voit tous les jours ces temps-ci puisqu’il est dehors pendant les rénovations sur sa maison) et cela a confirmé une idée que j’ai depuis un bon bout de temps.

Les gens changent. Le monde change.
Des minorités se créent dans toutes les sphères d’activités. Des minorités qui ont des opinions différentes, des consciences différentes, des modes de vie différents.
Pourquoi ? Parce qu’ils en ont marre de ce qui est en place et qui ne les rend pas heureux et ne leur fait pas de bien, voire même qui les rend malheureux et leur fait du mal.
Il est évident que notre société - que dis-je - notre civilisation a perdu son but de rendre la vie plus belle, ou qu’elle ne l’a tout simplement jamais respecté.

Mais le phénomène n’est pas récent.
Je pense souvent à l’école-maison. Au départ, c’était juste un mot pour dire que les parents choisissaient de ne pas envoyer leurs enfants à l’école parce qu’ils réalisaient que l’école ne leur avait rien apporté, au contraire. Ils tenaient aussi à ce que leurs enfants soient plus libres et puissent interagir avec leur propre famille, leurs frères, leurs sœurs, leurs parents, grand-parents, et le monde, le monde réel, pas celui fabriqué de toutes pièces.
C’était l’époque où il n’y avait pas de programmes, d’associations ou de groupes d’école-maison.

Trop rapidement, l’école-maison est devenue une mode. Une mode dans laquelle s’embarquent de jeunes familles sans avoir la moindre idée de ce qu’elles font et de pourquoi elles le font réellement. Une mode qui les incite à rendre leurs enfants toujours « plus brillants », « plus cultivés » et « plus autonomes ». Le résultat n’est autre qu’une école, presque pareille à celle créée et gérée par l’état. La seule différence en est que cette école à la maison fait travailler les enfants encore plus, et plus longtemps, pour prouver au système qu’avec de la volonté, on peut faire encore pire qu’eux.

Est-ce le seul exemple? Non. Je pense souvent aussi à la religion chrétienne, plus précisément celle catholique.
Au départ c’était le message d’un homme, qu’il ait existé ou non, qu’il soit fils de Dieu ou non, un message qui disait de s’aimer les uns les autres, que tous étaient égaux, et que vivre en harmonie avec sa nature, son monde et soi-même est réalisable et est la meilleure chose à faire.
Qu’est-ce devenu? Des bûchers où les gens furent brûlés vivants. Des prêtres qui, sous les ambitions des rois, obligèrent les colons à se multiplier outre mesure. Du patriarcat à tout casser. Des « guerres saintes ». Et toujours contre le « péché ».

Le monde est-il fou? Fou de pouvoir? Fou d’argent? Fou tout court?

Qui a envie de partager son mode de vie différent s’il considère que toutes les fois où les minorités sont devenues des majorités, c’était pour le pire?

Le message et le but original déviés. La réelle conscience bafouée. Tout balancé du revers de la main, et redirigé dans...dans la direction qui rapporte le plus à quelqu’un.

À moins que les humains, malgré la force de leur volonté qui a fait naître leur nouveau mode de vie, aient juste tout fait sauter sans raison? Je ne crois pas non...

Et même en poussant l’exemple plus loin, combien de couples se sont vus transformés? Combien de femmes ont vu leur mari changer, devenir un vieux matérialiste intégriste rabougri, contrairement à son ouverture d’esprit et sa joie de vivre de quand il avait 20 ans? Et combien d’hommes ont vu la même chose, mais de la part de leur femme? Se sont-ils mariés parce qu’ils aimaient...la vie plate qu’ils auraient 20 ou 30 ans plus tard?

Même si la minorité et son mode de vie perdure au travers de nouvelles personnes qui ont la même conviction qu’au départ, les personnes peuvent changer... Le monde, leur travail, leur fatigue, peuvent les transformer. Ils peuvent perdre la réelle conviction et se mettre à faire n’importe quoi.
Et ils peuvent garder le nom de la conviction initiale, en déformant sa définition.

Alors, au vu de tout ça, une seule conclusion. Rien ne sert de pousser les gens, ça ne changerait rien du tout. Rien de bon du moins. Le monde souffre encore, mais quelqu’un qui n’est pas convaincu ne fera rien. Il pourrait même faire pire.
Et personne ne peut convaincre quelqu’un d’autre. Personne.
On peut se convaincre soi-même à force de lire ou d’écouter des opinions différentes. Mais on ne peut convaincre que soi-même.

O